Lost my job, found an occupation

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« Se reposer ou être libre »

In Un an en..., Un pavé dans la "Meuse" on 28/12/2012 at 16:03

97f0f9b01ae711e2bf34123138105ced_7Tout a commencé en mars comme un coup de tonnerre. J’ai quitté mon poste de journaliste à La Meuse, sans trop savoir où j’allais. « Comme jeune journaliste, j’ai dû bien vite faire le deuil de ce que j’avais appris à l’école, le deuil de la déontologie, et celui de mes propres valeurs, sans aucune retenue. Dès qu’il y avait un fait divers, chacun de mes articles donnaient lieu à un déballage sur la vie des gens, sans jamais m’interroger sur les conséquences qui pouvaient être très souvent dramatiques pour ces gens “ordinaires”. »

Alors, il a fallu repartir de zéro, relancer la machine, panser ses illusions de journaliste. Puis, il y eut ce blog avec ces « pavés dans La Meuse », un écho sur ma courte expérience chez Sudpresse, puis surtout un terrain à exploiter pour aller à la rencontre du réel, pour repenser modestement le journalisme, loin des rédactions moribondes. Vint enfin une nouvelle aventure, celle d’Apache.be avec la possibilité de développer un pure player belge, bilingue et indépendant avec d’autres journalistes comme Sylvain Malcorps, Damien Spleeters, Tom Cochez, Peter Casteels ou Bram Souffreau.

D’Hénin-Beaumont à Athènes

IMGP3268En mai, ce furent les élections présidentielles françaises. A Hénin-Beaumont aussi où Marine Le Pen est arrivée au premier tour avec 35,48% dans son fief électoral. Alors, entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, on votait surtout parce qu’il le fallait bien, et ce n’est pas un hasard si dans cette ville du Pas-de-Calais de 22.000 habitants, où la présidente du FN est inscrite, le nombre de votes blancs et nuls a été multiplié par six au deuxième tour.

En juin, la Grèce retournait aux urnes. Un scrutin aux allures de référendum : pour ou contre l’euro. Un résultat attendu avec anxiété dans toute l’Europe et ailleurs, car les résultats pourraient déstabiliser la zone euro. Pourtant, loin de cette tension, loin des enjeux financiers ou politiques, au cœur même de la capitale européenne, de nombreux Grecs arrivent chez nous chaque jour à Bruxelles pour trouver un emploi et commencer une nouvelle vie. Tous ont décidé de quitter leur pays, faute d’avenir. Ils s’appellent Janis, Constantina ou Pénélope. Ils ont entre 20 et 50 ans. Ce sont les visages « invisibles » de cette crise grecque qui se vit de Bruxelles à Athène.

IMGP3727Athènes justement où avec un taux de chômage historique, les jeunes sont les premières victimes de la crise. Un jeune sur deux n’a pas d’emploi. Cette explosion du chômage a commencé en 2010 avec la crise de la dette et les mesures d’austérité imposées au pays. Depuis, la situation n’a cessé de s’aggraver en raison de la récession qui frappe actuellement la Grèce. Le pays est à bout de souffle, et la jeunesse sans espoir. De plus en plus, beaucoup de jeunes Grecs entre 20 et 35 ans, décident de quitter le pays pour trouver un emploi à l’étranger. C’est le cas de Michail, Kostas ou Maria.

Autre reflet de cette crise, mais cette fois, c’est en Belgique : le suicide chez les agriculteurs. Un sujet tabou. Tellement tabou qu’il n’y aucun chiffre, aucune statistique pour évaluer ce phénomène préoccupant. Car si on ignore combien d’agriculteurs se suicident chaque année, il est établi que c’est une population à risque. Le suicide, c’est sans conteste le symptôme d’une profession en mal d’avenir.

La tentation de l’impossible

Autre profession en mal d’avenir, celle de journaliste. Il y a quelques semaines déjà, on apprenait que la direction du groupe Rossel prévoyait un plan d’économies de 3 millions d’euros pour 2013, dont la moitié s’appliquant à la masse salariale.

Ces transformations soulèvent effectivement une question essentielle pour l’avenir du journalisme. On mesure aisément les défis et les enjeux auxquels sont confrontés les journalistes en Belgique francophone, à la fois acteurs et otages des changements au sein d’un champ en pleine mutation, tant au niveau de la transformation de leur identité, de leur fonction sociale que du point de vue de leurs trajectoires professionnelles. Alors que faire ?

imgp2631.jpgDevenir porte-parole ? « C’est vrai que la profession de journaliste est une profession très lourde en terme de disponibilité et financièrement peu rentable. En Belgique, avec la crise que rencontre la presse écrite notamment, on sait bien que les salaires ne sont pas très élevés », explique Marc Lits, professeur à l’UCL.

« Ce que je constate, c’est qu’il y a une grande difficulté d’être journaliste aujourd’hui. De plus en plus, les rédactions sont des rédactions « low cost ». Je suis surpris de la paupérisation et de la grande précarité du métier où les journalistes sont amenés à faire, pour des raisons alimentaires, le petit buzz, le petit coup médiatique, le petit truc amusant qui tue totalement l’information et le journalisme », ajoute Frédéric Cauderlier, ancien journaliste de RTL, devenu porte-parole du MR.

Mais il y a aussi d’autres voies possibles comme le passage par le récit et la narration. « Les textes diminuent parce qu’on a décrété que les gens n’aimaient pas lire, et puis surtout, on a coupé les budgets, ce qui fait qu’on n’est plus capable de faire de longs articles, c’est vraiment le reflet de la crise du journalisme, c’est moins cher de faire de l’opinion et de la chronique. Pourtant, il y a un vrai besoin d’aller sur le terrain », souligne la journaliste française Florence Aubenas.

Michel Butel(c) France Culture

Michel Butel
(c) France Culture

« Vous savez, lancer un journal aujourd’hui, cela ne doit plus consister à donner des nouvelles comme c’est le cas dans la presse traditionnelle. Il faut aller vers la divagation car je suis convaincu que le journalisme doit explorer le monde intime. Ce qui me déçoit, dans tous les articles qu’on peut trouver, c’est qu’il n’y a jamais aucun lien avec la vie personnelle. Pour le moment, l’actualité ne nous parle pas, c’est ce qui explique que les journaux sont en voie de disparition parce qu’il n’y a plus d’histoire. En cela, il faut une presse politique dans le sens plein du terme comme au temps de l’âge d’or du journalisme, celui des Hugo et des Vallès. C’est la seule façon pour retrouver cet esprit civique, celui d’une presse citoyenne. Aujourd’hui, c’est de moins en moins imaginable de trouver un journal qui remplit ce rôle, et cela va demander du temps pour redonner du sens au journalisme », poursuit Michel Butel, le rédacteur en chef de L’Impossible.

België Bart

En Belgique, jamais aura-t-on autant sans doute parlé de Bart De Wever qu’en 2012. Le président de la N-VA est devenu aujourd’hui incontournable. S’il n’est pas le premier politique flamand à remettre en question l’avenir de la Belgique, rarement l’un d’eux aura autant bénéficié d’une telle image négative en Belgique francophone, mêlant peur, incompréhension et total rejet. « On assiste du côté francophone à un repli communautaire avec un Bart De Wever représenté comme un leader d’extrême-droite, un peu à la Le Pen. Et puis il y a cet autre aspect qu’est la victimisation des francophones, victimes de l’ogre De Wever », expliquait Nicolas Baygert à Apache.be au lendemain des élections communales d’octobre 2012.

phpThumb_generated_thumbnailjpgAu moment où Bart De Wever appelait les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refaisait elle aussi surface. « Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. Et à d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admettait Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp.

Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune. Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique: « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Alors, comme l’a écrit Thucydide, il faut choisir :  « se reposer ou être libre. »

Wallonie-Bruxelles : Plan B, vous avez dit Plan B ?

In Un an en... on 23/11/2012 at 06:34

Si en Flandre, on se prépare (déjà) pour le confédéralisme, en Wallonie et à Bruxelles, on évoque une autre voie possible, celle d’un Plan B réunissant les deux régions dans une fédération. Scénario réaliste ou coup de bluff des partis francophones face aux exigences nationalistes flamandes ? L’idée n’est pas neuve pour les francophones, elle revient un peu comme les jeux olympiques d’hiver. Un article à lire en intégralité sur le site Apache.be

Au moment où Bart De Wever appelle les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refait surface. Il y a quelques semaines, les présidents des partis francophones se sont réunis « secrètement » au siège du PS pour définir la meilleure façon d’accueillir les nouvelles compétences vers les entités francophones, en réunissant la Commission Wallonie-Bruxelles, un « machin » qui avait rendu un rapport en 2008 pour essayer de tracer les lignes d’un avenir francophone en Belgique.

En apparence, il s’agissait donc de mener à bien la 6e réforme de l’État, mais on ne doute pas une seconde que les présidents de parti auront aussi évoqué la question du confédéralisme que Bart De Wever veut négocier après sa victoire aux élections communales du 14 octobre dernier. Et pourquoi pas après tout l’idée d’un Plan B ? Après tout, bien avant les élections, en septembre dernier, Charles Piqué appelait sur la RTBF à « ne pas oublier le Plan B pour la Belgique » : « Le plan B ne nous a jamais quittés. Comment voulez-vous que du côté francophone on oublie la nécessité de penser, sans plaisir et enthousiasme, à un plan B alors que les Flamands les plus influents annoncent eux carrément un plan B ? », affirmait-t-il.

Toujours selon le ministre-président bruxellois, l’ensemble du milieu politique francophone ne pensait pas assez à ce Plan B. « Peut-être que certains ont encore l’illusion aujourd’hui de sauver le pays. » Au même moment, dans Le Soir cette fois, Benoît Lutgen, le président du cdH évoquait au sujet d’un Plan B que les francophones devaient « se préparer sans attendre ».

Mais même s’il existe, même si les politiques l’évoquent dans les médias, le Plan B reste encore un projet bien discret. Chez les universitaires, on préfère d’ailleurs rester prudents et ne pas trop évoquer la question. « Dire que le plan B existe et que les francophones le préparent, ce serait faire le jeu de Bart De Wever », avoue un observateur.

« Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. À d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admet Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp. « C’est depuis septembre 2010 qu’on évoque du côté francophone la possibilité d’un Plan B au moment où Elio Di Rupo demande au roi d’être déchargé de sa tâche de préformateur. On est alors dans un moment de crispation et de blocage au niveau des négociations institutionnelles parce que les partis flamands, CD&V en tête, demandent de discuter de la loi de financement. C’est dans ce cadre que des francophones ont parlé du Plan B avec une certaine consistance, avec les apparences de la détermination. Je dis des francophones parce que toutes les déclarations venaient alors du PS, les autres partis étant restés prudents voire muets à ce sujet. Cela a duré un petit moment puis les négociation ont repris. Mais ce n’était pas une simple sortie isolée du PS. »

Car pour Vincent de Coorebyter, un autre élément a également pesé dans la balance du Plan B : la décision de rebaptiser en la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Cela fait partie d’un même contexte politique. Il est évident que parler d’une Fédération Wallonie-Bruxelles entrait en convergence le Plan B, même si, officiellement, il s’agissait de régler les rapports entre les institutions régionales et communautaires. On voit très bien en quoi ce changement de nom est une perspective symbolique en vue d’une éventuelle fin du pays, avec une Belgique résiduelle composée de la Wallonie et de Bruxelles. Le message étant : nous ne laisserons pas partir la Flandre avec Bruxelles. »

De son côté, Giuseppe Pagano, économiste à l’UMons, explique qu’il n’y a pas encore eu côté francophone une étude complète sur le Plan B en cas de scission du pays.

« Le Plan B est un scénario peu probable à court terme, même si la N-VA a la majorité absolue en Flandre en 2014. Il faudra quand même négocier, et vu le temps que cela a pris pour la 6e réforme de l’État qui va beaucoup moins loin que le confédéralisme ou la scission du pays, on imagine aisément le temps qu’il faudrait pour une scission complète du pays avec au centre des négociations la question de la dette publique et de Bruxelles. »

Actuellement, Giuseppe Pagano est l’un des experts à la tête du plan Horizon 2022, un plan lancé en Wallonie en septembre dernier, mais qui est loin de faire l’unanimité au Sud du pays.

« L’idée de ce plan, ce n’est pas du tout de préparer un Plan B. Il s’agit de voir comment la région peut intégrer les nouvelles compétences prévues dans la 6e réforme de l’État, et avec ces nouveaux leviers, comment on peut réduire l’écart économique entre la Wallonie et la Flandre. »

Reste qu’en cas de scission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si la Belgique éclate, la Wallonie ne pourrait faire cavalier seul. Sans transfert financier de la Flandre, la Wallonie perdrait 6 milliards d’euros, soit le budget wallon actuel. Avec Bruxelles, une scission du pays serait moins difficile pour le sud du pays.

A côté de ces données chiffrées, il y a une autre réalité. Plus qu’un simple transfert financier de 6 milliards d’euros, un Plan B serait une « perte pour toutes les régions du pays ». C’est ce qu’affirme Robert Deschamps, économiste au Cerpe à Namur. En 2007, il a étudié le coût d’une scission du pays comme une « hypothèse plausible ».

« Flandre, Wallonie et Bruxelles, les trois régions vont toutes perdre si l’on négocie une scission du pays. Si chacun pense que la négociation sera à son avantage, ce ne sera évidemment pas le cas. Le coût d’une scission du pays entraînerait une perte du bien-être économique et une baisse de l’emploi pour les trois régions. »

A l’époque, et bien avant son apparition en mai 2011, Robert Deschamps prônait la création d’une Fédération Wallonie-Bruxelles qui « réduirait la perte du bien-être économique que la scission leur imposerait ». Il ajoute aussi que le confédéralisme aboutirait d’une manière ou d’une autre à la scission du pays.

« Autrement dit, on scinde toutes les compétences qu’un partenaire au moins (la Flandre, en général) veut scinder. Au vu des compétences scindées dans les propositions confédéralistes connues, on aboutirait rapidement à la scission du pays : les dépenses de sécurité sociale, les soins de santé, le chômage, la fiscalité, la SNCB, la négociation salariale, le droit du travail, la justice. »

Avec la victoire de la N-VA aux dernières élections communales et la proposition de Bart De Wever de négocier un modèle confédéral, ne risque-t-on pas de devoir mettre la 6e réforme de l’État en veilleuse ? « En aucun cas », souligne Benoît Bayenet, économiste et expert en finances publiques, qui a suivi les négociations institutionnelles pour le PS.

« Ce qui est perturbant dans le débat actuellement, c’est que la 6e réforme de l’État n’est pas encore écrite, ni votée, qu’on n’a pas encore mesurer l’impact de ces transferts de compétences sur les politiques régionales qu’on prépare déjà une nouvelle réforme, nettement plus difficile et plus longue à négocier, celle du confédéralisme, sans trop savoir ce qu’on y met dedans. Cette 6e réforme donne un pouvoir considérable aux régions et aux communautés du pays. Désormais, les entités fédérées auront des leviers budgétaires bien plus importants que ceux de l’État fédéral. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on n’a pas encore épuisé les cinq résolutions du parlement flamand et qu’une 7e réforme de l’État est incontournable, mais cela peut tout à fait se faire dans un cadre fédéral. »

Quant au Plan B, même s’il est difficilement imaginable à court terme, il faut effectivement pouvoir réfléchir à ce Plan B francophone :

« on ne doit pas avoir peur d’examiner du côté francophone la possibilité de pouvoir assumer des compétences qui donneraient de nouveaux leviers politiques et économiques pour assurer le développement de la Wallonie et de Bruxelles. Il faut oser débattre et examiner cette question », ajoute encore Benoît Bayenet.

En attendant, et avant 2014 au moins, le Plan B restera, un peu comme le confédéralisme, à l’état de questions, tant pour les spécialistes que pour les citoyens.

Belgique, le mal du pays

In La France vue d'en haut, Un an en... on 12/10/2012 at 07:30
"Singulière Belgique", sous la direction d'Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

« Singulière Belgique », sous la direction d’Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

Avec « Singulière Belgique » (Fayard), Astrid von Busekist, spécialiste du nationalisme et de la politique des langues, offre le portrait d’un pays qui a tendance à l' »anomie », tant il demeure divisé politiquement, culturellement et linguistiquement. Pour ce livre, cette professeur de science politique à Sciences Po s’est entourée des meilleurs spécialistes belges, wallons, flamands et bruxellois.

Dans quelques jours, la Belgique retournera aux urnes pour les élections communales. En Flandre, l’enjeu est de taille : quel sera le score du parti de Bart De Wever, la N-VA ? Le leader nationaliste voit dans ce scrutin un référendum contre la politique fédérale du premier ministre socialiste et francophone, Elio Di Rupo. Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune.

Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique, et le livre « Singulière Belgique » (Fayard) publié sous la direction d’Astrid von Busekist remplit pleinement son rôle en interrogeant le problème « multinational » en Belgique : « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Un millefeuille de contre-pouvoir

Autour de quatre axes (politique, institutionnel, social et culturel), ce livre met la démocratie belge à l’épreuve de son architecture constitutionnelle et des forces centrifuges qui traversent l’État fédéral face aux entités fédérées, les régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et les communautés (française, flamande, allemande), avec un législateur qui complique parfois davantage les choses qu’il ne les facilite. Au final, au fur et à mesure des différentes réformes de l’État, la Belgique ressemble à « un millefeuille de compétences tellement enchevêtré que tout pouvoir contient son propre contre-pouvoir ».

En Belgique, le système fédéral est d’une complexité sans nom, avec au niveau fédéré, deux collectivités politiques distinctes, et pas forcément compatibles : la communauté et la région.

« Celles-ci se superposent sans pour autant se recouvrir exactement. En réalité, la Belgique pratique un double fédéralisme, territorial et personnel […] le fédéralisme belge combine ses deux perspectives. Il opte, en principe, en faveur d’un fédéralisme territorial pour les questions régionales (tels l’aménagement du territoire ou le logement) et communautaires (tel l’enseignement ou la culture). »

L’enchevêtrement des régions et communautés est donc « à la source d’une complexité lourde à gérer et d’un manque d’efficience de plusieurs politiques publiques ». À tel point qu’une partition de l’État semble difficile à concevoir. Pourtant, c’est dans les institutions que la Belgique a tenté de trouver une réponse aux demandes d’autonomie des régions et des communautés : « elle a autant précipité le divorce qu’offert les garanties d’un mariage durable entre ses différentes composantes. »

Un fédéralisme de « dissociation »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque dans les médias l’existence d’un plan B en vue de la séparation du pays et que les questions sur l’avenir de l’État fédéral occupent une part importante du débat public, le tableau de la Belgique est de plus en plus contrasté, si ce n’est inquiétant : si, d’un côté, la Belgique est un membre très actif de l’Union européenne, réclamant une Europe réellement fédérale, si le pays est fort d’une politique sociale efficace, la Belgique est aussi, et de plus en plus, un pays divisé et compartimenté linguistiquement, culturellement, politiquement avec des partis propres à chacune des communautés. Aussi, les élus francophones ou flamands ne sont-ils jamais obligés de s’expliquer devant l’autre groupe linguistique, et du point de vue de la communication, « la Belgique n’existe plus ».

Tout cela installe de part et d’autre de la « frontière linguistique » une méconnaissance des réalités de l’ensemble du pays, et jusqu’ici, depuis plus de quarante ans de réforme institutionnelle, on n’a pas vu des mécanismes efficaces de forces centripètes face à ce « fédéralisme de dissociation » :

« toutes les mutations vont dans le même sens, transformant un État unitaire en État fédéral, confiant toujours davantage de compétences et d’autonomie à ses entités fédérées, elles-mêmes démultipliées et dont l’autonomie repose entre autres sur le fait qu’elles agissent dans des territoires linguistiquement distincts. Aucune réforme institutionnelle n’a vu des compétences revenir des entités fédérées vers le pouvoir fédéral. »

Depuis la fédéralisation du pays, lancée au début des années 1970, les flamands et les francophones sont entrés dans une logique institutionnelle bipolaire, dissociative et asymétrique, chacune des communautés et des régions du pays se regardant à chaque réforme de l’État comme un obstacle à plus d’autonomie politique, sociale et économique. Le fédéralisme est à la fois la cause et la conséquence des clivages communautaires qui conduisent à l’effacement de l’État belge. Un phénomène d’autant plus accru que le différentiel de prospérité entre la Flandre et la Wallonie n’a pas cessé de croître, « au point qu’aujourd’hui le nord du pays doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre quand les régions bruxelloise et wallonne connaissent des taux de chômage très préoccupants. »

Vers le confédéralisme ?

Une architecture institutionnelle qui pousse les plus pessimistes à dire que nul espoir d’avenir n’est permis car depuis 2007, la vie politique du pays est largement dominée par les revendications contradictoires des deux principales communautés. Avec du côté flamand, une volonté de faire de la Belgique une « confédération », « une accentuation de la tendance centrifuge, conciliable avec la conservation d’un État unique, mais si celui-ci se réduirait à une coquille largement vidée et de sa substance. »

En l’absence d’un espace public commun,le livre interroge la conscience collective des Belges, construite autour d’un double clivage : au clivage linguistique entre francophones et flamands se superpose le clivage idéologique entre un centre de gravité des forces politiques flamandes se situant nettement plus à droite que celui des forces politiques francophones. Une conscience collective qui s’évalue aussi dans le rôle que joue la Belgique dans l’Europe, ce petit pays d’à peine dix millions d’habitants devenu en quelques décennies une fédération multinationale, avec Bruxelles pour capitale. Face à la fédéralisation de l’État belge, la construction européenne est pour la Belgique aussi bien une histoire d’amour qu’un mariage de raison « puisque le terrain européen permet de canaliser les querelles domestiques ».

Par ailleurs, la crise que rencontre cette « unité par défaut » qu’est la Belgique s’ancre bien au cœur des tensions traversées actuellement par l’Union européenne, sans doute parce que ce pays est « un formidable analyseur de l’inconscient historique de l’Europe » à travers « un système institutionnel difficile à lire, une compétition entre États-nations, une légitimité démocratique contestée ; les Belges sont à l’image des Européens ; la Belgique réunit toutes les difficultés de penser et de stabiliser l’Europe. »

D’où dans cet ouvrage, la présentation d’une démocratie belge qui doit repenser ses fondements car son avenir n’est pas assuré : « aujourd’hui, la Belgique oscille entre le projet d’une démocratie multiculturelle et une lente évolution vers une petite enclave balkanisée au cœur de l’Europe. »

INVITE : Astrid von Busekist – RTBF Vidéo.

Namur, la capitale de la Wallonie sans le PS ?

In Un an en... on 11/10/2012 at 06:30

Namur, c’est la capitale de la Wallonie, la troisième ville de la région après Charleroi et Liège. Namur, c’est aussi la seule des grandes villes wallonnes où le PS est dans l’opposition après trente années passées au pouvoir. Alors comment la majorité actuelle (cdH-Ecolo-MR) a-t-elle fait pour diriger la capitale de la Wallonie sans les socialistes ?

Depuis 2006, et après trente ans de pouvoir à Namur, le PS a été rejeté dans l’opposition, suite à l’affaire SOTEGEC où il est reproché à plusieurs membres du collège communal de l’ancienne majorité la prise d’intérêt dans l’attribution de plusieurs marchés publics. Une affaire qui a changé totalement le visage de la ville au profit d’une majorité peu fréquente en Wallonie, composée du cdH, d’Écolo et du MR.

Pourtant, et si l’on en croit les derniers sondages, le PS reste toujours le premier parti à Namur et il le sera sans doute encore en 2012, même si le cdH fera tout pour conserver le mayorat de la capitale wallonne. Durant cette législature, les tensions ont été nombreuses entre la majorité et le PS. D’ailleurs, pour les trois partis de la majorité actuelle, Namur est passée à côté de nombreux subsides auprès de la Région wallonne parce que la PS n’était pas au pouvoir dans la capitale.

Selon Maxime Prévot (cdH), bourgmestre de Namur depuis mars 2012, en remplacement de Jacques Étienne, les difficultés ont été fréquentes.

« Il y a des moments où l’on sent qu’on est ralenti dans la concrétisation de certains projets namurois, du fait qu’on ait osé en 2006 ce crime de lèse majesté de ne pas confier au PS un rôle quelconque dans la majorité namuroise. Par exemple, ce fut le cas au début de la législature quand Michel Daerden (PS) était ministre des sports, Frédéric Laloux, ancien échevin de la Ville, travaillait dans son cabinet. Le hasard faisait que les dossiers namurois peinaient à trouver des subsides pour le financement de halls de sport. J’ai donc dû jouer au rapport de force auprès d’André Antoine (cdH), alors ministre de l’aménagement du territoire, pour bloquer des permis d’urbanisme sur la commune d’Ans, commune que dirigeait Michel Daerden. »

« Il n’y a pas que le PS en Wallonie »

Même constat pour Arnaud Gavroy (Ecolo). Selon lui, Namur a été mise à l’écart par le PS durant cette législature. « On a payé cher le fait que Namur ne soit plus socialiste. Il y a eu un mot d’ordre, surtout au début de la législature. Là où les socialistes ont pu mettre des bâtons dans les roues, ils l’ont fait. Plusieurs dossiers ont été arrêtés par le PS. On se souviendra de la demande de fonds structurels européens où aucun dossier namurois n’a été retenu. Il y avait une volonté claire de ne pas nous soutenir, je l’ai appris du PS lui-même. Mais bon, il n’y a pas que le PS en Wallonie, il y a moyen de faire des choses sans ce parti. »

À la veille des élections communales du 14 octobre prochain, le premier échevin écologiste souhaite la reconduite de la majorité actuelle. Il lance même un avertissement à ses partenaires de coalition : « Il y a un enjeu pour cette élection, c’est clairement est-ce que Namur va continuer sans le PS ou pas. Si un parti de la majorité fait une alliance avec le PS, il donne un mauvais signal à la Wallonie de dire qu’on ne sait pas gouverner une grande ville wallonne sans les socialistes. Le parti qui donnera ce signal, ce sera catastrophique parce qu’il démontrera une bonne fois pour toute que les grandes villes wallonnes ne savent pas faire sans le PS. »

Et ce parti prêt à s’associer au PS pourrait être le MR, un parti divisé entre la reconduite de la majorité actuelle et une alliance avec les socialistes comme en 2000. Mais pour Anne Barzin, tête de liste MR et échevine des finances, tout dépendra des résultats du parti libéral à Namur. « Une tripartie peut avoir des aspects plus compliqués, c’est vrai, mais une bipartite aussi, surtout quand les deux partenaires n’ont pas le même poids politique. Ce qui nous intéresse, c’est le projet qu’on pourra mener pour la ville, les attributions qu’on pourrait avoir, la capacité de peser vraiment notamment sur l’urbanisme ou la mobilité. »

2006, un accident de parcours pour le PS

Du côté de l’opposition socialiste, on réfute totalement le fait que Namur a été mise à l’écart par le PS. L’objectif du parti et de sa tête de liste, Éliane Tillieux, ministre wallonne de l’action sociale, c’est de conserver son leadership à Namur, et même de l’augmenter. Actuellement, le PS est le premier parti dans la capitale wallonne avec 15 sièges au conseil communal contre 13 pour le cdH.

« 2006 a été un accident de parcours pour le PS, et il faut arrêter de stigmatiser notre parti avec ce qui s’est passé lors de l’affaire SOTEGEC. En aucun cas, nous n’avons jamais bloqué un dossier de la Ville de Namur. Ce qu’on constate, il y a des subsides qu’ils ont ratés parce que les dossiers namurois étaient mal ficelés. Depuis qu’Éliane Tillieux est ministre, depuis 2009, la porte a toujours été ouverte, et on n’a jamais vu personne. Pour certains dossiers comme l’aménagement du quartier de la gare de Namur, elle a soutenu ce projet, même si elle ne l’approuve pas. Pendant cinq ans, le cdH a été moribond avec Jacques Étienne, le roi fainéant. Il a fallu que l’on s’approche des élections et que Maxime Prévot devienne bourgmestre pour que Namur se réveille », explique Olivier Rubay, porte-parole d’Éliane Tillieux qui n’a pas souhaité répondre elle-même à nos questions.

Tous les scénarios sont possibles

A quelques jours du scrutin, tous les scénarios sont donc possibles à Namur : le PS veut revenir au pouvoir tandis que le cdH fera tout pour conserver son mayorat dans une grande ville de Wallonie. « C’est clair que Namur est un enjeu pour le cdH. Le changement de bourgmestre au début de cette année, c’était un changement de génération, un changement de dynamique pour permettre au cdH de conserver la capitale wallonne », avoue Maxime Prévot, tête de liste humaniste et bourgmestre sortant.

Du côté des observateurs de la vie politique namuroise, journalistes comme politologues, on suivra de très près les résultats du 14 octobre prochain. Pour Jean-François Paco, chef d’édition du journal L’Avenir, la campagne électorale est restée jusqu’ici très feutrée. « Elle est même très peu agressive. Le programme du PS critique très, très peu au fond les résultats de la majorité sortante. Il faut vraiment aller dans les détails pour trouver des critiques. » Selon lui, une majorité sans le PS dans la capitale de la Wallonie est tout à fait possible.

« On sait gérer une ville comme Namur sans les socialistes. Même si au début de la législature, les relations entre la majorité actuelle et le PS ont été très tendues. C’est vrai que c’était un fait historique que Namur ne soit plus dirigée par les socialistes. Le PS a eu beaucoup de mal à l’avaler et la nouvelle majorité a suspecté certains socialistes de faire de l’obstruction systématique, un peu par vengeance, et donc de porter des difficultés pour l’octroi de subsides. Cela s’est vérifié dans le dossier des fonds structurels européens, Namur n’a rien eu alors que des villes socialistes de la Province de Namur en ont reçus. »

Un manque de leadership au PS

Pour le journaliste namurois, ces tensions ont disparu au fil des ans, notamment par le fait qu’Éliane Tillieux est devenue ministre. « Elle a joué le jeu et elle n’a pas voulu casser à la région ce qui se décidait à la Ville. Mais pendant les premières années d’opposition du PS, le parti a essayé de renforcer sa position à Namur, notamment en mettant à l’avant-plan des personnalités socialistes namuroises. Ce fut le cas de Frédéric Laloux qu’on a bombardé au fédéral. Résultat, ce fut un fiasco total. Il est resté ministre un mois et aujourd’hui, il se retrouve dernier sur la liste aux élections communales. »

Jean-Benoît Pilet, politologue à l’ULB et directeur du Cevipol, a consacré une étude sur la vie politique namuroise. Il fait le même constat que Jean-François Paco. Durant cette législature, le PS a clairement manqué de leadership à Namur. « On était dans une configuration où le PS était bousculé par les affaires. On ne peut pas dire qu’il était en mesure de faire de l’obstruction à Namur. Le parti a donc eu besoin de se construire un nouveau leadership. Le problème, c’est que les socialistes ont mis beaucoup de temps à le trouver et que le PS s’y est mis un peu tard pour qu’il y ait aujourd’hui un leadership incontestable et incontesté en la personne d’Éliane Tillieux. Au final, elle s’est imposée en devenant la seule femme ministre du gouvernement wallon, mais on ne peut pas dire qu’elle a été jusqu’ici très visible. Que se passera-t-il si un autre candidat socialiste comme Frédéric Laloux par exemple fait un meilleur score qu’Éliane Tillieux ? »

Namur, une ville laboratoire

Toujours selon le politologue, Namur est une ville laboratoire : « c’est la plus grosse ville de Wallonie où il y a autant de suspense. Pour le cdH, Namur est l’enjeu principal de ces élections. Si le cdH perd Namur, le parti se retrouvera cantonné à des zones rurales ou à des villes de taille moyenne comme Bastogne ou Mouscron. C’est aussi une ville intéressante à analyser parce qu’il y a à Namur des vraies questions idéologiques sur le type de société qu’on veut avoir en Wallonie. On a vu émerger des choses intéressantes à analyser, notamment avec l’arrivée d’Ecolo qui avait adopté des positions très différentes par rapport à ce qui se faisait avant en matière d’aménagement du territoire. »

Sur le même sujet, un entretien avec Pascal Delwit, politologue à l’ULB

 

La face cachée de la crise : « on assiste à une marginalisation de la Grèce »

In Un an en... on 10/10/2012 at 08:00
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Le journaliste Vangelis Demiris

Rencontre avec Vangelis Demiris, journaliste et auteur de « La face cachée de la crise grecque ». Il y révèle les coulisses de cette tragédie économique. (Une interview à lire en intégralité dans la revue Alter Echos)

Depuis le début de la crise, de plus en plus de jeunes quittent la Grèce pour trouver un emploi à l’étranger. Peut-on parler au sujet de ces jeunes d’une génération perdue ?

Oui, c’est une catastrophe, une hémorragie pour l’avenir du pays de voir quitter des gens doués, qualifiés, qui ont un diplôme, qui parlent plusieurs langues. Mais ils se retrouvent sans emploi et sont désespérés face à l’avenir. C’est la raison pour laquelle ils quittent le pays. Attention, ce sont des gens qui ne vont jamais rentrer dans le pays. C’est une génération sacrifiée de jeunes gens, victimes d’un système qui a très mal marché pendant trente ans. C’est vraiment un drame car il n’y a à l’heure actuelle aucune perspective d’avenir, on est dans l’impasse.

Pour quelle raison ?

Parce que les mesures d’austérité qui ont été imposées à la Grèce ne fonctionnent pas. Les services publics sont à l’arrêt, les retraités sont désespérés, et les salaires ont diminué énormément. On se rend compte qu’on s’est trompé, mais c’est un peu tard. Cela fait cinq ans que la Grèce est en récession, et tout le monde ne parle que de croissance. Quand on voit que 54 % des jeunes sont au chômage, c’est que la recette est inappropriée. La priorité absolue pour le moment, c’est le besoin de liquidité sur le marché. Tant qu’il n’y en aura pas, rien n’ira, rien n’avancera. On ne peut pas renégocier l’entièreté du programme de ces mesures d’austérité. Par contre, on devrait l’étaler sur plusieurs années. Car pour que la dette soit viable en 2020 comme c’est prévu actuellement, il faudrait la croissance dès 2014. Mais au rythme où l’on va, c’est impossible. Je suis très inquiet de ce qui va se passer. Je crains vraiment une explosion sociale et une montée de la xénophobie. C’est très inquiétant.   

Avec cette politique d’austérité, l’Europe fait fausse route ?

Ma conviction, c’est qu’il faut de la rigueur, de la discipline budgétaire, mais il faut aussi de la solidarité, surtout à partir du moment que la Grèce et que le gouvernement sont prêts à défendre ces mesures d’austérité. Ce qu’il faut, c’est une maturité politique. On ne peut plus exploiter le désespoir des gens pour gagner les élections. Notre avenir est dans l’euro, mais il faut nous donner un peu de souffle. On est dans un cercle vicieux et les Grecs n’en peuvent plus. On a l’impression que l’Europe n’a pas joué un rôle très constructif avec tous ces chantages sur la sortie ou non de la Grèce de la zone euro, tout cela n’a pas contribué à stabiliser le pays. Qui va vouloir encore oser investir en Grèce ? Personne. Du coup, on assiste à une marginalisation de la Grèce.

Vous êtes le correspondant à Bruxelles pour la télévision publique grecque ERT et l’agence de presse ANA, j’imagine que pour vous aussi la crise a dû vous toucher…

Comme tous les Grecs, j’ai été affecté par cette crise. Je vis à Bruxelles, mais avec des salaires grecs. Ce qui fait que je gagne moins de 1.000 € par mois. Le salaire des journalistes comme celui de la population a été réduit de 50 à 60 %. On se retrouve tous à avoir plusieurs collaborations, soit à la télé, la presse écrite ou dans les agences de presse. Puis, il y a eu aussi beaucoup de journalistes licenciés et d’autres partis à la retraite, sans être remplacés. Avant la crise, on était quinze journalistes grecs à Bruxelles, aujourd’hui, nous sommes six. C’est vraiment triste.

La suite de l’entretien avec Vangelis Demiris 

A lire le livre de Vangelis Demiris, La face cachée de la crise grecque, paru aux éditions La Boîte à Pandore 

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Grèce : l’exil d’une « génération perdue »

Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

Grèce : l’exil d’une « génération perdue »

In Un an en... on 05/10/2012 at 18:37

Avec un taux de chômage historique, les jeunes en Grèce sont les premières victimes de la crise. Un jeune sur deux n’a pas d’emploi. Cette explosion du chômage a commencé en 2010 avec la crise de la dette et les mesures d’austérité imposées au pays. Depuis, la situation n’a cessé de s’aggraver en raison de la récession qui frappe actuellement la Grèce. Le pays est à bout de souffle, et la jeunesse sans espoir. De plus en plus, beaucoup de jeunes Grecs, âgés entre 20 et 35 ans, décident de quitter le pays pour trouver un emploi à l’étranger. C’est le cas de Michail, Kostas ou Maria. Nous sommes allés à leur rencontre à Athènes. (Un article à lire en intégralité dans la revue Alter Echos)

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Le quartier de Monastiraki, c’est l’un des endroits les plus fréquentés à Athènes. Sur la place, à la sortie du métro, les jeunes se donnent rendez-vous dans ce quartier très touristique. Si l’on n’y prêtait pas attention d’ailleurs, on ne pourrait pas croire que le pays est touché par la crise. Pourtant, derrière un décor de carte postale, l’austérité est bien là et le chômage touche un jeune sur deux.

C’est le cas de Michail, 24 ans. Il passe son temps avec ses amis sur cette place, le temps de discuter, de fumer une cigarette ou de penser à l’avenir. Comme de nombreux jeunes, Michail est sans emploi et vit toujours chez ses parents. Il gagne un peu d’argent, pas plus de 300 € par mois pour des cours de grec et de latin qu’il donne par-ci, par-là.

« Je ne suis pas certain de pouvoir enseigner un jour vu qu’on n’engage pas d’enseignant en Grèce pour le moment, on s’en débarrasse au contraire ». Face à toutes ces difficultés, Michail économise pour partir à l’étranger trouver un emploi. Destination : l’Angleterre. « Il n’y a plus d’espoir pour nous dans ce pays. On a beau chercher un emploi, il n’y en a plus. Quand on en a un, c’est un travail de saisonnier ou de garçon de café où l’on passe des heures au boulot pour presque rien. Il y a beaucoup d’abus aussi de la part des patrons. Puis, c’est difficile pour mes parents de m’aider comme je suis au chômage. Ils ont eu déjà beaucoup de mal pour me financer mes études, je n’ai pas envie de vivre à leur frais. Donc il faut partir, tout quitter et recommencer une nouvelle vie. Pour moi, l’Angleterre, c’est la seule perspective d’avenir qu’il me reste actuellement ». Michail est loin d’être le seul dans le cas. Depuis 2008, ils sont plus de 50 000 jeunes à avoir quitté le pays.

« La seule solution, c’est de partir »

Dans quelques semaines, Kostas, 29 ans, partira lui aussi à l’étranger. Pour lui, ce sera aux Pays-Bas où il espère évidemment trouver un emploi. Il est ingénieur agronome, et n’a rien trouvé dans son domaine depuis sa sortie de l’université il y a deux ans.

« Je ne crois pas que je trouverai un emploi un jour ici en Grèce. La seule solution, c’est de partir. On ne sait plus rester. Ce n’est pas un choix facile de laisser toute une partie de sa vie de côté, sa famille, ses amis. » Cela fait plusieurs années que Kostas se prépare pour ce départ.

« Depuis quatre ans, je suis saisonnier chaque été. Cela me permet de mettre de l’argent de côté. J’essaie aussi de dépenser le moins possible car tout a augmenté en Grèce. Par exemple, un café coûte 4,5 €, c’est hors de prix pour moi.» Kostas joue aussi dans un groupe de musique. Le soir, il fait des concerts avec des amis pour gagner un peu d’argent en faisant la tournée des cafés et des restaurants dans le quartier d’Exarchia, d’où sont parties les émeutes en décembre 2008, suite au meurtre d’un jeune par un policier.

« On est obligé de se débrouiller pour gagner un peu d’argent, quitte à passer des heures dans la rue pour gagner quelques euros. C’est aussi un moyen pour avoir un peu de nourriture dans les restaurants, sans rien payer. C’est peut-être étonnant mais avec la crise, les Grecs sont devenus plus solidaires entre-eux. »

Maria vit, elle aussi, dans ce quartier. Elle a 25 ans et vient de quitter l’École Polytechnique qui se trouve à Exarchia. Mais comme la plupart des jeunes de son âge, et malgré son diplôme universitaire, elle est sans emploi. « Pour vivre, ce sont mes parents qui m’aident car je ne reçois aucune aide. Ils ont beaucoup de courage car mes parents n’ont pas des salaires élevés. Mais dans chaque famille, c’est la même situation, plusieurs membres sont sans emploi. Il n’y a plus d’espoir, ni d’avenir pour les jeunes. On est une génération perdue. ».

Maria ne veut pas partir à l’étranger pour trouver un emploi. Dans quelques semaines, elle partira travailler dans un village à la campagne dans le nord du pays. Depuis le début de la crise, ils sont près de 1,5 million de personnes qui partent comme Maria à la campagne pour trouver un emploi et travailler la terre.

« J’ai beaucoup d’amis qui sont partis à l’étranger pour trouver un emploi, mais j’aime trop mon pays que pour le quitter. J’ai donc décidé de travailler dans l’agriculture. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour gagner un salaire. Vous savez, on prendrait tout et n’importe quoi pour travailler, même si c’est souvent pas très bien payé. » 

Dans le champ de bataille

Un haut fonctionnaire à Athènes nous explique d’ailleurs que la situation n’est pas prêt de s’améliorer en Grèce. Il dit qu’il est dans son ministère « dans le champ de bataille » car il voit aux premières loges les décisions qui vont être prises, les difficultés qui vont toucher la population dans les prochains mois, et les jeunes en particulier. Face à cela, il se dit « désemparé » parce qu’il doit suivre les ordres qui viennent de Bruxelles.

« On ne veut pas donner aux jeunes Grecs les moyens de s’en sortir. Les salaires diminuent, la consommation diminue, la production aussi. Du coup, les magasins ferment, le chômage augmente. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2011 et 2012, la Grèce a eu une diminution de son PIB de 12 %, et l’année n’est pas encore finie. La seule approche de l’Union européenne a été jusqu’ici celle du budget, on ne fait que du chiffre sans aucune perspective sociale et personne ne voit rien. C’est important de ne pas faire de déficit, évidemment, mais pour le moment, la Grèce est rentrée dans une guerre, sans voir le sang. Les victimes, ce sont les travailleurs, les jeunes, les retraités, on est en train de tous les sacrifier sur l’autel de l’austérité. Même moi, avec mon salaire, je ne m’en sors pas, alors comment font les autres ? » 

Les prochains mois vont amener un nouveau lot de mesures d’austérité en Grèce. Avec des coupes budgétaires qui ne favoriseront pas la reprise. Pour les jeunes Grecs, cette « génération perdue », le chômage fera plus que jamais partie de leur quotidien. Face à l’austérité, ils veulent tous se battre, chacun à leur manière, trouver des solutions pour leur avenir personnel et celui de leur pays, même si cela doit se faire à l’étranger, loin de leur famille et de leurs amis.

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Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

In Un an en... on 17/06/2012 at 17:10
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Photo d’Isabelle Marchal

Ce dimanche, la Grèce retourne aux urnes. Un scrutin aux allures de référendum : pour ou contre l’euro. Un résultat attendu avec anxiété dans toute l’Europe et ailleurs, car les résultats pourraient déstabiliser la zone euro. Pourtant, loin de cette tension, loin des enjeux financiers ou politiques, au cœur même de la capitale européenne, de nombreux Grecs arrivent chez nous à Bruxelles pour trouver un emploi et commencer une nouvelle vie. Tous ont décidé de quitter leur pays, faute d’avenir. Pendant plusieurs semaines, je suis allé à leur rencontre. Ils s’appellent Janis, Constantina ou Pénélope. Ils ont entre 20 et 50 ans. Ce sont les visages « invisibles » de cette crise grecque qui se vit d’Athènes à Bruxelles.

Devant les portes du petit café Kosani, on discute autour d’une bière, on fume une cigarette avant le match Grèce-Russie. On a sorti le drapeau qui flotte déjà avec des airs de victoire. Tout le monde est certain que le pays a ses chances face à la Russie. Dans le café, la télé est désespérément branchée sur une émission de variété que personne ne regarde, tout le monde attend le match. Sur les petites tables, on joue aux cartes, on boit un verre. Personne ne parle des élections de dimanche.

Pénélope est au bar. Elle attend son fils Janis, 28 ans. Il vient d’arriver en Belgique depuis quelques semaines. Pénélope, elle, a vécu en Belgique quand ses parents sont venus travailler dans les charbonnages dans les années 60. Puis, elle est retournée en Grèce, dans sa province, la province de Kosani dans le nord du pays, « où il pleut comme en Belgique ». Elle s’est mariée, elle a eu trois enfants, et c’est en 2001, après son divorce, qu’elle est revenue vivre à Bruxelles. « C’était plus simple pour trouver un emploi. Je ne pouvais rien faire là-bas », m’avoue-t-elle entre deux commandes.

Janis (28 ans) : « Impossible pour un jeune de s’en sortir ! »

ImageJanis arrive. « Comme d’habitude, il est en retard », plaisante Pénélope. Est-ce par provocation ou sens de l’humour, mais Janis porte un maillot de foot aux couleurs de l’Allemagne. On s’installe, et puis la discussion commence en anglais. Cela fait quatre ans qu’il est au chômage, qu’il ne trouve pas d’emploi et qu’il ne touche pas d’argent. « Quand on est au chômage, on touche 400 € par mois pendant un an, et puis c’est tout. C’est impossible pour un jeune de s’en sortir ! » En Grèce, Janis vivait avec son père, un ambulancier. Mais depuis la crise, son salaire a diminué de moitié. Impossible pour Janis de vivre plus longtemps à ses crochets. « Il y a deux ans, il gagnait 1.300 €, mais aujourd’hui, c’est à peine 700 €, et même s’il fait des heures supplémentaires. Comment vivre à deux personnes avec cette somme-là quand tout augmente en plus. Même chez Lidl, c’est plus cher en Grèce qu’ici à Bruxelles. »

C’est depuis le mois dernier que Janis a décidé de quitter son père et la Grèce pour venir trouver un emploi en Belgique, près de sa mère Pénélope. « Beaucoup de jeunes sont prêts à partir, à quitter le pays pour trouver du travail en Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne car il y a encore des emplois et des possibilités, même si c’est la crise. Beaucoup de mes amis aimeraient partir, mais ils n’en ont pas les moyens. Chaque jour, on pense tous à la même chose, on veut vivre une vie comme tout le monde avec un emploi, une maison, des enfants, ici ou ailleurs. Mais quand on se décide à quitter le pays, on se dit aussi que c’est provisoire, cinq, dix ans peut-être pour se faire une situation ici, et puis retourner en Grèce quand tout ira mieux. » 

Quant à son parcours, Janis n’a pas fait d’études et pendant quelques mois, à 19 ans, il a décidé de rejoindre l’armée, avant de devenir peintre. Janis parle un peu l’anglais, pas un mot de français, et jusqu’ici, il accumulé les petits boulots avant de se retrouver définitivement sans emploi. Voilà quatre ans maintenant. « Quand tu as entre 18 et 50 ans, c’est impossible de trouver un travail chez nous, que tu sois diplômé ou pas, tout le monde est dans la même merde. Puis, les banques nous mettent la pression, et la situation dégénère pas seulement en Grèce, mais aussi dans le reste de l’Europe, en Espagne, en Italie. Personne n’est épargné et les États sont impuissants. C’est comme au domino… »

Constantina (24 ans) : « L’espoir ou la mort »

ImageLa situation de Janis est loin d’être unique. A Bruxelles, ils sont des centaines de ressortissants grecs à avoir quitté leur ville, leur province, abandonné leur famille, leurs amis pour trouver un emploi en Belgique. Seul problème, c’est que la majorité des Grecs ne parlent ni français, ni néerlandais, et ont, du coup, pas mal de difficultés pour trouver un emploi chez nous. C’est ainsi qu’au centre hellénique de Bruxelles, des cours de français sont organisés chaque mercredi et vendredi pour les aider dans leur recherche d’un emploi. C’est le cas pour Constantina, Pénélope et Vassilis.

Constantina a 24 ans. Elle est originaire de Rhodes. Elle est arrivée à Bruxelles en décembre 2010. Avant de venir en Belgique, elle travaillait dans un institut de beauté comme esthéticienne. Famille, amis, emploi, elle a tout abandonné pour trouver « une meilleure situation ». « J’avais de quoi vivre, mais pas suffisamment pour développer mon avenir professionnel. J’ai toujours voulu avoir mon salon de beauté, mais c’est impossible en Grèce. Tout stagne chez nous : l’emploi, l’économieBeaucoup de gens ferment leur commerce pour ne pas s’endetter, et comme il n’y a plus de travail, le chômage augmente. Aujourd’hui, on se retrouve avec le couteau sur la gorge et les choses s’empirent parce qu’il n’y a plus d’argent et que les taxes ne cessent d’augmenter pour la population. »

Aujourd’hui, Constantina se retrouve seule à Bruxelles et est toujours à la recherche d’un emploi. C’est son père qui l’aide financièrement. « Mais c’est difficile pour lui avec les 900 € qu’il touche par mois. Il y a un an encore, il gagnait près de 1.400 €. On craint vraiment de tout perdre, et c’est pour cela que les jeunes décident de partir, de tenter leur chance ailleurs. C’est impossible de faire sa vie en Grèce, ceux qui veulent travailler ont deux choix : soit partir, soit se faire exploiter pour un salaire de misère. »

Quant aux élections, Constantina n’en espère rien. « Tous disent vouloir sortir de la crise, mais qu’importe le parti, les sacrifices seront insupportables pour le peuple. Il ne nous reste que l’espoir ou la mort », ajoute-t-elle, un sanglot dans la voix. « Vous savez, la vie est merveilleuse en Grèce, seulement, il faut gagner sa vie, et cela, ce n’est plus possible chez nous. »

Pénélope, 36 ans, est, elle aussi, « déçue de l’évolution de la crise en Grèce». Selon elle, tout « dégénère à cause de la corruption et du clientélisme des politiciens ». Il y a quelques mois, elle a perdu son emploi de puéricultrice pour lequel elle gagnait 700 € par mois, en travaillant plus dix heures par jour. Cela fait trois mois qu’elle est à Bruxelles, elle aussi à la recherche d’un emploi. « Je prendrai n’importe quoi, ce sera quand même mieux payé qu’en Grèce. Car il n’y a plus d’espoir dans mon pays. »

A ses côtés, il y a le jeune Vassilis, 20 ans à peine. Cela fait un an et demi qu’il était au chômage depuis la fin de ses études, qu’il ne trouvait pas d’emploi comme plombier à Athènes. Voici trois mois qu’il est en Belgique. « Quand je suis parti, c’était le chaos, aujourd’hui, c’est encore pire. Dans chaque famille, les enfants partent à l’étranger à cause de la crise. Chez moi, quand ma sœur et moi, on a décidé de partir, ce fut le pire jour de notre vie, tout comme pour nos parents. Mais on n’a pas le choix, il n’y a rien pour nous. Puis pour les jeunes qui restent, il n’y aucune perspective. Ils risquent de tomber dans la criminalité, la violence, rien que pour s’en sortir. »

« Au centre, leur nombre a triplé depuis 2009 »

ImageDans la petite classe du centre hellénique, ils sont une dizaine à venir suivre les cours de français chaque semaine. C’est Nancy qui les aide à apprendre la langue, et les accompagne dans leur recherche d’un emploi. « Cela fait trois ans que je m’occupe de ressortissants grecs arrivés à Bruxelles, et depuis 2009, leur nombre a triplé au cours de français que propose le centre hellénique. Il n’y a pas de limite d’âge, cela va de 20 à 50 ans. Le problème, c’est que beaucoup ne trouve pas d’emploi par la suite en Belgique car il y a la barrière de langue, et puis ils rencontrent les mêmes problèmes que les Belges à la recherche d’un travail. Certains retournent alors en Grèce ou s’en vont ailleurs tenter leur chance comme en Allemagne ou en Angleterre. D’autres sont prêts à tout pour gagner leur vie, quitte à être exploités. C’est à nous alors de les protéger. »

Partir ? « Une aventure sans lendemain »

Dimitri Argyropoulos est président de la communauté hellénique de Belgique. Depuis deux ans, il a reçu plus de 2.000 demandes d’aide de la part de ressortissants grecs, tout juste débarqués à Bruxelles. « Tout s’est précipité au début de l’année 2010. On a vu arriver énormément de compatriotes, surtout des diplômés qui ont voulu fuir les problèmes économiques et le chômage. Tous ces jeunes qui décident de fuir le pays, ce sont des générations perdues. Aujourd’hui, la situation s’est empirée, et la Grèce est littéralement étouffée. Aujourd’hui, on ne vit plus, on survit. C’est la panique, et malgré les élections, on ne sait pas où l’on va, ni avec qui, il n’y a aucune vision à long terme, et on ne prépare pas l’avenir. Les gens votent parce qu’ils sont désespérés, pas parce qu’ils attendent une solution des partis politiques », avoue-t-il amèrement.

Dimitri reçoit encore des dizaines de mails de Grecs prêts à partir du pays pour venir trouver un emploi en Belgique. « Mais c’est souvent une aventure sans lendemain, si l’on ne parle pas le français ou le néerlandais, cela ne sert à rien de venir en Belgique, surtout si c’est pour faire un métier qui n’est pas en pénurie. Dans ces conditions-là, on leur dit qu’ils ne trouveront pas d’emploi chez nous, surtout qu’au bout de trois mois, s’ils sont sans emploi, ils doivent retourner en Grèce à la case départ. »

« La crise grecque est devenue aussi notre réalité »

C’est ainsi que chaque jour, à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, où les restaurants grecs sont légion, les patrons reçoivent la visite de ressortissants grecs à la recherche d’un emploi. « Ce sont des jeunes, entre 25 et 35 ans, souvent diplômés, qui viennent nous trouver. Mais on ne sait pas les aider, on n’a pas le temps de les former, et puis, ils ne parlent pas français. C’est vraiment une situation dramatique mais le marché du travail est aussi saturé ici, explique Maria. « Chaque jour, on a au moins une personne qui vient nous trouver. Il y a aussi des étrangers qui viennent du Pakistan et d’Afghanistan qui quittent la Grèce pour venir s’installer en Belgique », poursuit Alexandro.

Image« Avec tout ce qui passe en Grèce, il n’y a plus de travail, plus d’argent, tout le monde essaie de partir. Cela fait un an que beaucoup de Grecs ont décidé de quitter le pays et viennent en Belgique. C’est par famille entière, ajoute Constantinos. On a eu récemment un médecin qui nous demandait d’être plongeur, mais on a dû le refuser parce qu’il n’avait jamais travaillé dans la restauration. Pour beaucoup, c’est un travail provisoire en attendant de trouver mieux. Chaque jour, même pour nous qui sommes en Belgique depuis des années, la crise grecque est devenue aussi notre réalité. Tout simplement parce qu’on en parle dans les médias, mais aussi parce qu’on a notre famille là-bas, une grand-mère, un oncle, un cousin qui nous demandent de l’aide.»

Retour au café Kosani, le match Grèce-Russie va commencer dans quelques minutes. Janis en profite pour se rouler une cigarette. Je lui demande un pronostic. Il parie sur une victoire de la Grèce. « C’est quelque chose que les banquiers ne nous prendront pas au moins ! », plaisante-t-il. Ah, les banquiers, je les avais oubliés, ceux-là…

A lire aussi sur le site Apache.be :

http://www.apache.be/2012/06/19/het-gezicht-van-de-griekse-crisis-in-belgie/

http://www.apache.be/2012/06/19/janis-penelope-et-les-autres-les-visages-de-la-crise-grecque-en-belgique/

Un an en Wallonie (ép.2) : Walen binnen, une histoire de famille le long de la frontière linguistique

In Un an en... on 14/04/2012 at 17:16

Joseph et Thierry Delré sont père et fils. L’un vit à Faimes en Wallonie, l’autre à Saint-Trond en Flandre. Ils travaillent dans la même entreprise flamande. Cerise sur la gâteau : ils ont épousé tous deux une Flamande. Une situation bien loin des conflits linguistiques… à deux pas de chez nous.

C’est dans un zoning perdu au milieu des arbres fruitiers à 10 km de Saint-Trond que Joseph et Thierry travaillent dans une entreprise de générateurs à Nieuwerkerken.

Voilà un an que Joseph a rejoint son fils. «Mais tout le monde m’appelle Jojo ici», lance-t-il tout simplement avec un petit accent hesbignon. Un nouvel emploi qu’il commence à 57 ans. En plus de son magasin de karting qu’il tient à Faimes, près de Waremme.

«C’est à table que Thierry m’a dit qu’on cherchait un mécanicien à Nieuwerkerken. Je me suis présenté et on m’a engagé.» Chaque jour, Joseph met 45 minutes pour rejoindre l’entreprise.

Image«La distance, il faut faire avec. Ce n’est pas toujours évident. Mais c’est plus simple que d’aller à Bruxelles !» Joseph travaille au service après-vente. Entretien, réparation, les moteurs passent entre ses mains expertes.

Pour cause, Joseph Delré est passionné depuis sa jeunesse par les motos et les kartings. «Pendant trente ans, j’ai tenu un magasin de moto à Heers en Flandre. C’est là que j’ai rencontré ma femme, Angèle. Il y a 37 ans. On s’est connus après un bal en Flandre», se souvient-il derrière ses petites lunettes.

Pourtant, Joseph n’est pas bilingue. Il se débrouille. Et il a l’habitude. «Quand je travaillais à Heers, mes clients étaient tous flamands. On se comprenait très bien !»

Et pour son travail à Nieuwerkerken, il ne doit pas parler un mot de néerlandais. «Réparer un moteur, ça se fait de la même façon dans toutes les langues !», lance-t-il avec un sourire.

Joseph travaille avec Herman, un employé flamand. «On s’entend très bien à deux. Pour se comprendre, je parle en français, il me répond en flamand…comme à la maison avec ma femme !», plaisante-t-il encore.

De son côté, et à 24 ans à peine, Thierry Delré travaille depuis cinq ans dans l’entreprise de générateurs. «Dès que je suis sorti de l’école, j’ai trouvé tout de suite un emploi à Nieuwerkerken. Je ne sais pas si j’aurais pu trouver aussi facilement un emploi en Wallonie», admet-il.

À la différence de son père, Thierry est parfait bilingue. «J’ai étudié à Saint-Trond en technique. Et comme ma mère est néerlandophone, ça facilite les choses», ajoute-t-il avec un accent qui mélange le wallon et le flamand.

C’est à Saint-Trond que Thierry vit depuis deux ans avec Liesbeth. «J’ai rencontré ma femme au travail. Comme mon père, c’est une Flamande. Ça doit tenir de famille !» Pendant trois ans, Thierry a fait les trajets entre Faimes et Nieuwerkerken. «Ça devenait pénible à la fin. J’ai préféré aller m’installer en Flandre ! Ma rencontre avec Liesbeth a tout accéléré.»

Pour Thierry, vivre et travailler en Wallonie ou en Flandre, c’est pareil ou presque. «La seule différence que je vois, c’est que les Flamands sont plus fermés que les Wallons. Nous sommes plus chaleureux.»

Son père Joseph est plus sévère. Pour lui, et sans doute à cause de la crise politique qui a bouleversé notre pays, les différences sont de plus en plus grandes entre la Wallonie et la Flandre. «Il y a 20 ans, on avait beaucoup plus de contacts avec nos voisins flamands. Maintenant, c’est fini ! Chacun reste dans sa communauté. Surtout chez les plus jeunes où il n’y a plus aucun contact entre Wallons et Flamands. C’est dommage…»

Un an en Wallonie (ép.1) : Joseph, Candido et Jean-Luc, ou le dernier plaisir communiste

In Un an en... on 13/04/2012 at 10:46

9h38. Devant les portes du Hema de la place Saint-Lambert à Liège, une foule attend pour profiter d’un petit-déjeuner à un euro. Croissant, baguette, omelette, café, tout le monde attend son tour, à la chaîne, un peu comme à l’époque des tickets de rationnement, sauf que nous ne nous sommes pas en guerre. Je me glisse moi aussi dans la foule, j’attends mon tour avant de pouvoir prendre un plateau. Les allées du magasin ressemblent à une permanence sociale, et pour celui qui n’y a pas ses habitudes, difficile de se faire une place : des vieilles dames se racontent les histoires de la veille, d’autres se font une beauté, certaines mêmes ont un rendez-vous, d’autres encore, et c’est bien normal, ont le nez plongé dans leur assiette.

Le retour des « camarades »

Après quelques minutes, je trouve une place à côté d’un vieux monsieur. Il s’appelle Joseph, mais je ne le sais pas encore. On se dit bonjour, puis à peine ai-je eu le temps de mordre dans mon croissant qu’il me parle de la vendeuse. « Une belle rousse, hein ? Puis, elle est gentille, c’est pour cela qu’on vient. » Tous les matins, Joseph part de Fléron où il habite depuis toujours et fait 10 km pour venir déjeuner dans le centre de Liège. Est-ce pour le menu, est-ce pour les beaux yeux de la caissière? Il y a de cela sans doute car Joseph aime « les belles femmes », mais c’est surtout parce que tous les matins, Joseph retrouve des « camarades » : Candido et Jean-Luc.

Aujourd’hui, ils sont en retard. Candido a un rendez-vous avec la femme d’un voisin, et Jean-Luc n’a pas eu son bus. Il se sent mal d’ailleurs, et ne touchera pas à son omelette. Il a arrêté de fumer et il n’en peut plus. Candido, lui, fait régime. Il m’explique qu’il doit perdre 30 kilos. Il me montre son ventre. Il m’explique qu’il ne mange plus de frites, qu’il ne touche plus à la mayonnaise, il ne mange plus que des pâtes mais « c’est dur ». On reparle de la vendeuse, de ses cheveux roux. Candido me dit que s’il avait mon âge, il n’hésiterait pas une seconde. On rigole.

Joseph, c’est l’aîné de la bande. Il a 76 ans, mais « il paraît que je fais plus jeune ». Tous les jours, il marche, il fait de la randonnée aussi, sauf quand il y a du « vélo à la télé ». Dans quelques semaines, il part en France avec des amis. On parle du dopage. Candido me dit qu’il se dope à la « Jupiler » avant de jouer aux boules avec les copains. Jean-Luc ne regarde plus le vélo à la télé depuis longtemps, et Joseph ne comprend pas qu’on en veuille autant à Lance Armstrong, « tous des jaloux ».

« Je ferai régime demain »

Il est 9h55. Il y a encore des gens qui attendent dans la file, la vendeuse n’a pas arrêté depuis que je suis arrivé. Candido se demande s’ils vont pouvoir profiter du déjeuner à un euro qui se termine à dix heures, dernière limite. « Une fois, je suis arrivé à 9h53, et il n’y avait plus rien », me lance Candido comme à un habitué. Il voit que je n’ai pas touché à ma baguette, il me demande s’il peut l’avoir. « Je ferai régime demain… »

Joseph me regarde. Je le vois, je crois qu’il veut me parler. « J’ai commencé à travailler à 14 ans, j’étais à la SNCB, j’étais chargé des dépêches pour les journaux, une autre époque. Puis, j’ai gravi les échelons, je suis devenu contrôleur, et je n’ai jamais pris un jour de congé jusqu’à ma pension. »

Il me demande ce que je fais. Je ne sais pas quoi lui répondre. Puis, je n’ai pas envie de parler de moi. Il dit qu’il m’a déjà vu quelque part, peut-être même ici au Hema. Candido est parti fumer une cigarette, Jean-Luc hésite, puis se résigne. On sort du magasin. On est à l’intérieur du centre commercial. Près d’un carrousel, il y a un attroupement. D’autres amis de Joseph, Jean-Luc et Candido. « Tous les jours, on se retrouve, on parle de tout. On ne se connaissait pas avant. »

Madonna, une « sacrée bonne femme »

Joseph me dit qu’il va voir Madonna en concert à Paris. « Elle, je l’adore, je collectionne tous les articles, les disques, j’ai toujours bien aimé cette bonne femme. 250 € pour aller la voir, un peu cher mais c’est une bonne place! «   Dans son coin, Candido ronchonne, et Jean-Luc ne dit rien. Candido dit qu’il ne paierait jamais autant pour voir Madonna, surtout quand on voit le « prix des cigarettes ». Joseph s’énerve, mais il continue à me débiter sa liste de chanteurs préférés. Après Madonna, je lui demande s’il aime Michael Jackson, on ne se sait jamais. « Oui, j’adore, mais je l’ai jamais vu en concert. Si j’avais pu, j’aurais été le voir. » Il poursuit sa liste Aznavour, Johnny…

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Joseph, Jean-Luc et Candido au centre commercial Saint-Lambert de Liège

Jean-Luc nous interrompt, il va faire des courses. On se dit « à la prochaine ». Candido est reparti fumer une cigarette, il m’en propose une, je refuse. « Pourquoi t’as arrêté? » Je bafouille, en lui disant que je n’ai jamais vraiment commencé. Il rigole. Joseph dit qu’il ne va pas tarder à retourner à Fléron, il me demande si je serai là demain. Je lui dis que je ne sais pas, mais je lui promets qu’on se reverra, c’est certain, pour parler de Madonna et des cheveux de la caissière.

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