Lost my job, found an occupation

Posts Tagged ‘RTL’

Frédéric Cauderlier : « On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours. »

In Un pavé dans la "Meuse" on 03/12/2012 at 06:14
Frédéric Cauderlier

Frédéric Cauderlier

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache et Michel Henrion, c’est au tour de Frédéric Cauderlier, actuel directeur de la communication au MR.

Pendant douze ans, Frédéric Cauderlier a été journaliste à RTL-TVI et animateur de l’émission « Sans langue de bois », une émission qui passe au crible l’actualité politique. En mars 2011, peu de temps après l’arrivée de Charles Michel à la tête du MR, il est devenu le porte-parole du président de parti. Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

« On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours »

« Je n’avais jamais imaginé que je serais un jour porte-parole dans un parti politique. C’est vrai que je me posais depuis deux, trois ans des questions par rapport à mon métier à RTL. J’estimais que je tournais en rond et que les perspectives d’avenir ne me semblaient pas exceptionnelles. L’autre aspect, j’ai toujours été passionné par deux choses, le journalisme et la communication politique. Quand j’étais à RTL, j’étais journaliste politique. Sur la fin, j’ai recentré mon activité journalistique sur l’analyse de la communication politique avec l’émission « Sans langue de bois ». Finalement, le fait de devenir porte-parole est une suite logique dans mon parcours, avec cette curiosité de voir l’autre aspect des choses dans un parti politique. Puis le reste, c’est le hasard. Charles Michel est devenu président du MR, il m’a contacté, on en a énormément discuté. Il faut l’admettre, ce n’est pas un passage évident car après cela, on va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours, même si je n’ai pas de carte de parti. Mon métier, c’est d’être spécialiste de la communication du MR, sans être pour autant un mandataire politique. »

« Je ne sais pas si j’aurais pu rejoindre un autre parti »

« Quand on est porte-parole, on doit être en accointance avec le parti politique qu’on représente. Cela ne m’empêche pas de ne pas être d’accord avec toutes les décisions du MR. Quand j’étais journaliste, on m’a souvent proposé de rejoindre des cabinets ministériels, mais cela ne me disait pas. Devenir porte-parole d’un président de parti, cela me motivait davantage, c’était lié aux défis du moment pour le MR et à la personne de Charles Michel. En 2007, le MR était le premier parti francophone, puis il s’est retrouvé en grande difficulté. Puis, il y avait la volonté de Charles Michel de réorienter le MR. Il y a deux ans d’ici, c’était un parti qui n’avait pas une bonne image, c’était un parti décrié tant dans l’opinion publique que dans les médias. Donc les défis étaient important pour moi et je ne souhaitais pas m’installer dans un fauteuil de porte-parole. Je ne suis pas sûr que je serais parti de la rédaction de RTL pour aller dans un parti qui, sans rien faire, fait des scores extraordinaires. »

« L’agenda est sans cesse bousculé »

« Le monde politique est un monde qui vit avec ses codes et on a beau comme journaliste le côtoyer en permanence, je pense que tant qu’on n’est pas dedans, on ne peut pas avoir une vue exhaustive de la vie politique. Comme journaliste, je pensais que tout était millimétré, tout était orchestré dans la communication politique. Mais ce n’est pas vrai ! Il se passe des choses qu’un porte-parole ne soupçonne pas quand on se lève le matin. La grande difficulté, c’est qu’on est confronté comme porte-parole à de la communication de crise parce que les journalistes nous appellent rarement pour vous annoncer une bonne nouvelle, c’est plutôt quand il y a des polémiques où il faut réagir dans la seconde. Par exemple, je n’aurais jamais imaginé une seconde le divorce du MR avec le FDF, et même Charles Michel n’aurait pas pu l’imaginer. Pendant des semaines, on a été dans de la communication de crise. Donc l’agenda est sans cesse bousculé, tout évolue si vite, 24 heures, c’est énorme, on travaille plus dans une forme d’improvisation. »

RTL = MR, RTBF = PS ?
« Cette image collée à la chaîne privée m’a toujours énervé. Paul Magnette (PS) a joué sur cette image en parlant de MRTL. Cela a plu à l’univers médiatico-politique qui aime bien cracher sur cette chaîne. Je suis persuadé que le public ne fait cette association entre le MR et RTL. En dix ans de métier à RTL, l’indépendance a toujours été totale, et le seul parti avec lequel j’ai eu des difficultés comme journaliste politique, ce n’était pas le MR. Puis d’autres journalistes de la chaîne sont partis travailler pour les autres partis, Ecolo, PS ou cdH, car l’un dans l’autre, dans chaque rédaction, il y a une connivence naturelle entre les journalistes et les politiques. On peut dire la même de la RTBF. Le raisonnement que je tiens pour mon ancien employeur, je le tiens aussi pour le service public : ce n’est pas la chaîne du PS. D’ailleurs, si on regarde la grille éditoriale des journaux, le JT le plus regardé par les électeurs socialistes, c’est celui de RTL parce que c’est une chaîne populaire, qui joue un peu sur les peurs, tandis que le JT de la RTBF, plus intellectuel, plus scolarisant, c’est au fond plus l’électorat du MR. Selon moi, ce qui peut expliquer une collusion entre les médias et les politiques, c’est quand un porte-parole retourne dans sa rédaction et redevient du jour au lendemain journaliste politique au bout de trois ou six mois comme si de rien n’était. »

A l’heure du buzz et des rédactions « low cost »

« Je crois que c’est important qu’un porte-parole soit un ancien journaliste car il comprend mieux qu’un autre les besoins des journalistes. D’un autre côté, le journaliste ne comprend pas les difficultés du communicateur, en réclamant une réaction dans les quinze secondes. Ce n’est pas toujours faisable, pas parce qu’on n’a pas d’idée, mais viennent se poser des questions de disponibilité, et puis, avant de prendre une position ou de réagir, il est sain d’attendre. Car ce que je constate, il y a une grande difficulté d’être journaliste aujourd’hui. De plus en plus, les rédactions sont des rédactions « low cost ». Je suis surpris de la paupérisation et de la grande précarité du métier où les journalistes sont amenés à faire, pour des raisons alimentaires, le petit buzz, le petit coup médiatique, le petit truc amusant qui tue totalement l’information et le journalisme. Cette attitude-là est risquée car on va en revenir à une forme de communication très institutionnalisée, très quadrillée. Ensuite, du côté du monde politique, cela entraîne une grande méfiance puisque les journalistes sont à la recherche de petit mot. Il est devenu dangereux de faire du off, de l’humour, de laisser la caméra tourner en permanence. C’est un phénomène qui m’inquiète vraiment. »

Michel Henrion : « le risque absolu pour un porte-parole, c’est de devenir militant »

In Un pavé dans la "Meuse" on 26/11/2012 at 07:00

Michel Henrion

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache, c’est au tour de Michel Henrion, journaliste, blogueur et spécialiste des médias, il a surtout été le porte-parole de président du PS, Guy Spitaels, à l’époque où on le surnommait « Dieu ». Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

Michel Henrion, c’est l’un des spécialistes de la communication politique les plus suivis en Wallonie et à Bruxelles : cinquième au ‘‘Top 100 des influenceurs » du Vif-L’Express en février 2012, premier au « Top Ten des journalistes francophones belges » dans ce même classement. Chaque semaine, sur les réseaux sociaux, à la télé ou à la radio, il intervient pour analyser les faits et gestes, faire et défaire les réputations du cirque médiatico-politique de notre pays. C’est que l’homme fréquente depuis longtemps les coulisses de la vie politique belge, des couloirs du Parlement au trottoir de la rue de la Loi. D’abord comme journaliste au Pourquoi Pas ?, puis surtout, pendant huit ans, comme porte-parole de Guy Spitaels, président du PS entre 1981 et 1992, avec lequel il a mené sept campagnes électorales. Rencontre pour Apache.be avec ce « spin doctor » de la politique belge.

Le risque ? « Devenir militant »

« Quand je suis devenu attaché de presse de Guy Spitaels, j’étais journaliste. Je connaissais l’homme, j’avais eu l’occasion de le rencontrer et de l’interviewer. Pour moi, il ne s’agissait en aucun cas de devenir militant ou candidat à une élection, je ne l’ai jamais envisagé. Comme journaliste, on peut avoir des affinités politiques. C’est ce qui conduit d’ailleurs à devenir porte-parole, mais le pire, et c’est qu’il faut éviter à tout prix, c’est de devenir militant. C’est le drame absolu pour un journaliste. Au contraire, on doit garder ses réflexes de journaliste et ne jamais mentir à ses anciens confrères, pour leur raconter des histoires et faire des effets d’annonce dans les journaux, au risque de perdre très vite toute crédibilité. »

Savoir garder ses distances

« Comme porte-parole, il faut savoir garder une distance, une liberté d’action, jouer un jeu personnel par rapport à son ministre ou son président de parti car les cabinets sont un monde clos où l’on ne retrouve que des militants, vénérant leur ministre. Cette distance du porte-parole est essentielle pour pouvoir informer les autres journalistes. C’est la seule façon d’être considéré et de nouer des relations intéressantes avec un homme politique. Car entre les politiques et les journalistes, les normes sont différentes et le monde politique est un monde très arriéré par rapport à la communication. J’ai donné des documents à des journalistes, et si Guy Spitaels l’avait su, il en aurait été horrifié et ne me l’aurait pas permis. Après tout, on ne vend pas un produit alimentaire, on propose de l’information. »

L’envers du décor ? « On n’est plus dupe de rien »

« Quand un journaliste arrive dans un cabinet politique ou quand il devient porte-parole, il découvre l’envers d’un décor qu’il pouvait à peine soupçonner. Pour moi, c’est la meilleure des formations pour les journalistes parce qu’ils méconnaissent les luttes de pouvoir au sein d’un gouvernement, d’un cabinet ou d’un parti, où l’on compte ses pires ennemis, ou encore la pression des lobbys. Après cela, un journaliste n’est plus dupe de rien. Quand j’étais porte-parole, le directeur d’un groupe de presse et son directeur de rédaction sont venus me trouver pour demander des subsides pour ouvrir une imprimerie, en me disant que les colonnes dans ses journaux étaient ouvertes pour toute interview avec Guy Spitaels. Je peux comprendre l’argument économique du directeur du groupe de presse, mais pas celle du directeur de la rédaction qui ne disait rien. Moi, comme journaliste, j’étais ahuri, je n’en revenais pas. Mais c’est le genre de chose que l’on ne sait découvrir que quand on est porte-parole. Avant cette expérience, j’étais d’une grande naïveté. »

Devenir porte-parole, souvent une nécessité financière pour les journalistes

« Depuis les années 80, on n’imagine plus un politique sans un attaché de presse ou un conseiller en communication. Du coup, le milieu journalistique, c’est le milieu dans lequel les politiques vont puiser puisque les tâches d’un journaliste ou d’un porte-parole sont très proches : il s’agit de communiquer à des électeurs ou à l’opinion publique. Sans compter que le métier de journaliste est dévalorisé depuis longtemps : les salaires sont bas, beaucoup de journalistes ont du mal à nouer les deux bouts, les rédactions réduisent les coûts. C’est un métier où il est difficile d’en vivre, et si on n’a pas tout ce qu’il faut pour s’installer dans cette profession, le métier de porte-parole apparaît pour beaucoup comme une solution. »

Michel Henrion sur sa passion des médias (RTL.be)

Un pavé dans « La Meuse » (ép.13) : RTL, c’est VOO – les journalistes peuvent-ils tout dire sur leurs annonceurs ?

In Un pavé dans la "Meuse" on 02/08/2012 at 18:05

ImageLes journalistes peuvent-ils enquêter ou critiquer un de leurs annonceurs comme Tecteo ? C’est la question qui s’est posée à RTL, le 14 avril dernier. En cause, un reportage sur des perquisitions chez le bourgmestre de Grâce-Hollogne, Maurice Mottard qui fournissait des conseils à l’intercommunale wallonne Tecteo, dirigée par Stéphane Moreau. Un reportage d’à peine trente secondes qui a déplu à la direction de l’information et qui a suscité la polémique au sein de la rédaction de la chaîne privée. Car l’intercommunale wallonne, outre de s’occuper de gaz, d’électricité ou de télé-distribution, est aussi le deuxième annonceur dans les médias francophones (télé, radio, presse…) avec près de 20 millions d’euros investis en 2010 en publicité. (A lire en intégralité sur Apache.be)

Il aura fallu seulement trente secondes d’images et de commentaires dans le journal de RTL pour qu’un débat éclate au sein de la rédaction de la première chaîne belge francophone, entre direction et rédaction. En cause, un « off » (commentaire d’images) sur des perquisitions dans le cadre du dossier VOO-Tecteo chez le bourgmestre socialiste de Grâce-Hollogne. L’enquête avait démarré en juillet 2008, à la suite d’une lettre de dénonciation, selon laquelle Stéphane Moreau, directeur général de Tecteo, pratiquerait une confusion d’intérêts au bénéfice de proches ou de membres du PS.

« Un reportage inopportun »

Pour la rédaction de la chaîne privée, dans la mesure où il s’agissait d’un suivi de dossier, que d’autres sujets avaient déjà été diffusés par le passé sur RTL, un « off » est rédigé pour le journal de la chaîne, sur base d’images d’archives, mentionnant les informations confirmées par le parquet de Liège. Un reportage qui sera pourtant jugé « inopportun » par le directeur de la rédaction de RTL, Laurent Haulotte, mécontent du traitement de ce sujet. Un conflit qui a conduit la Société des journalistes (SDJ) a publié un communiqué en interne «  avec, au cœur des craintes, une question : les liens existant entre Tecteo/ Voo/ Stéphane Moreau et RTL entravent-ils le traitement de l’info par notre rédaction ? », souligne le communiqué.

Toujours dans ce communiqué de la SDJ, on apprend qu’ « il y a eu un problème de compréhension autour de cet événement au sein de la rédaction. Stéphane Rosenblatt et Laurent Haulotte assurent qu’il s’agissait simplement d’un problème éditorial, sur une information précise : ce sujet méritait-il véritablement un OFF, alors qu’il ne s’agissait que d’une étape de plus dans l’enquête, sans réel intérêt éditorial ? Un devoir d’enquête anodin ? » Ce ne serait donc pas un problème de partenariat ou d’enjeux commerciaux, mais bien une question de pertinence éditoriale, conclut la SDJ.

« Redoubler de vigilance »

Pour Laurent Haulotte, directeur de la rédaction à RTL, il n’y a eu en aucun cas de « polémique », ni de « pression », mais seulement un « débat au sein de la rédaction, une réflexion éditoriale sur le traitement d’un sujet en particulier. » Plus étonnant, sur le site de RTL.be, on ne retrouve aucune mention des autres perquisitions qui ont eu lieu le 26 mai dernier, cette fois, chez un proche de Stéphane Moreau, Jean-Marie Valkeners, conseiller communal d’Ans, commune dirigée par le patron de Tecteo. D’autant plus étrange que sur d’autres sites d’info (rtbf.be, sudpresse.be ou dhnet.be), on trouve des articles à ce sujet.

Pourquoi donc ce silence ? Le directeur de la rédaction de la chaîne privée se justifie : « au sujet de Tecteo, on couvre tous les sujets, et ce fut le cas, ces dernières semaines, quand il y a eu des grèves du personnel, nous étions là. Ce sera le cas, s’il y a des rebondissements dans l’affaire Tecteo. Il n’y aucune pression à ce sujet-là. Mais à propos du sujet sur les perquisitions, on s’est demandé dans n’importe quelle affaire, en aurait-t-on parlé ? C’était un vague devoir d’enquête à propos duquel on n’a rien appris de neuf. C’est pour cela que la question de la diffusion de cette information s’est posée. Je crois qu’il faut redoubler de vigilance sur des sujets délicats comme ceux-là, et il faut veiller à nos responsabilités quand on donne des informations. Il nous faut être irréprochable, être prudent quand on donne une information. C’est dans l’intérêt du public, et c’est comme cela que l’on préserve notre indépendance. »

 Laurent Haulotte (RTL) : « c’était un vague devoir d’enquête à propos duquel on n’a rien appris de neuf. C’est pour cela que la question de la diffusion de cette information s’est posée. Je crois qu’il faut redoubler de vigilance sur des sujets délicats comme ceux-là, et il faut veiller à nos responsabilités quand on donne des informations. »

Reste que cette polémique pose la question de l’indépendance des journalistes face aux annonceurs comme Tecteo qui était en 2010 le deuxième annonceur dans les médias francophones avec près de 20 millions d’euros investis dans la publicité. Peut-on vraiment tout dire, tout écrire sur ceux qui vous financent, et continuer à croire que la publicité n’a aucune incidence sur le fonctionnement d’une chaîne de télévision, de radio ou d’un quotidien. Peut-on vraiment croire à l’indépendance des journalistes quand chaque matin, les patrons de chaîne scrutent en premier lieu les chiffres de l’audimat ?

« Une barrière nette entre la rédaction et les annonceurs »

Pour Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, c’est simple, « la rédaction n’accepte aucune pression. Il y a une barrière nette entre notre ligne éditoriale et les annonceurs. » D’ailleurs, au sujet des perquisitions du 25 mai dernier dans le cadre du dossier Tecteo, il y a eu des sujets dans les journaux de la RTBF. « Cela n’empêche pas pour d’autres sujets, notamment quand on fait dde l’investigation, que les annonceurs ne nous permettent pas d’avoir accès à certaines informations. Cela arrive pour des émissions comme Questions à la une ou On n’est pas des pigeons où l’on traite de sujets de consommation.»

Mais qu’en pense la régie publicitaire de la RTBF, la RMB ? Et comment gère-t-elle les réactions des annonceurs face à certains sujets ? « Des annonceurs mécontents, cela arrive très souvent, explique Pierre Vanderbeck, directeur de la stratégie. Tout simplement, parce qu’ils sont très sensibles à leur image dans les médias. Quand il y a des problèmes, on répercute le problème, pas au journaliste, mais à la direction de la chaîne. On peut suggérer d’écouter la version de l’annonceur, voire de prendre contact avec la direction. En aucun cas, en tant que régie, cela ne va jamais nous arriver de faire de la censure sur les contenus. Il y a à la RTBF, une autonomie nette entre la régie et la chaîne, ce qui n’est pas le cas, par exemple à RTL. »

« On peut entendre parfois beaucoup de bêtises »

Malgré cela, et même s’il n’y a pas de censure, Pierre Vanderbeck reconnaît qu’il y a certaines émissions, certains reportages qui ne facilitent pas le travail de la RMB. « Quand un annonceur se fait incendier dans une émission d’information, cela ne nous arrange pas. Mais ce qui est gênant aussi, c’est que par faute de temps, les journalistes présentes des informations déformées sur un annonceur ou un produit, sans les avoir recoupées. C’est assez irritant quand un journaliste confond des chiffres ou quand il aborde un aspect technique sans s’y connaître. On peut entendre parfois beaucoup de bêtises », avoue lui-même le directeur de la stratégie de la RMB.

Pierre Vanderbeck (RMB) : « Des annonceurs mécontents, cela arrive très souvent. Tout simplement, parce qu’ils sont très sensibles à leur image dans les médias.»

« Pas de pression directe, mais de l’autocensure »

Des rédactions totalement indépendantes, pas de censure de la part des régies publicitaires, pas de pression de la part des annonceurs. Serions-nous dans le meilleur des mondes ? Pour François Heinderickx, professeur à l’ULB et spécialiste des médias, il faut relativiser ce tableau présenté par les médias. « Les pressions ont toujours existé, et l’indépendance des journalistes est périodiquement malmenée face au jeu d’influence où les intérêts politiques et économiques sont significatifs comme cela peut être le cas avec Tecteo, explique-t-il. Les cas de pression directe des annonceurs sont assez rares. Il y a eu dans les années 90, un cas à RTL avec L’Oréal qui, suite à un reportage, avait supprimé une campagne de pub. On peut parler de cas isolé. Par contre, ce qui est plus courant, c’est l’autocensure, même si aucune rédaction ne l’avouera pour préserver leur indépendance. De temps en temps,les journalistes se font taper sur les doigts, on leur dit sur telle affaire, allez-y mollo, soyez prudents, faites attention. C’est comme cela que sur certains dossiers, ils hésitent à aller plus loin. »

 « Une réelle porosité »

Du côté de l’AJP (association des journalistes professionnels), Jean-François Dumont, son secrétaire-général adjoint, n’a pas le souvenir de plaintes de journalistes se plaignant d’une pression d’un annonceur. « Par contre, au conseil de déontologie (CDJ), on traite régulièrement de cas où les journalistes sont amenés volontairement ou pas à faire de la publicité, insiste Jean-François Dumont. Le discours qui est de dire que les rédactions sont totalement indépendantes des annonceurs ne correspond pas à la réalité. Il y a une réelle porosité entre les deux mondes. »

En 26 ans de métier, comme journaliste à La Libre Belgique et au Vif L’Express, Jean-François Dumont a été confronté déjà à quelques cas de pression, jamais directe, mais plus insidieuse. « On peut avoir des messages du département commercial qui nous signale que tel contrat publicitaire est en négociation avec un annonceur, et on nous dit d’être prudent ce que l’on pourrait écrire sur celui-ci car il y a un enjeu financier à la clé. Il y aussi les cas de ces suppléments thématiques sur tel ou tel produit, tel ou tel phénomène qui ne répond à aucune logique rédactionnelle, mais à une logique purement publicitaire. Avec l’effet pervers que certains journaux le présentent comme un supplément de la rédaction alors qu’il s’agit d’une pompe à annonces. »

On l’aura compris, et même s’il n’y a pas de cas de pression directe des annonceurs, il est parfois difficile de parler, d’enquêter ou de critiquer réellement un de ses annonceurs, surtout quand il représente des enjeux politiques, économiques ou médiatiques. Le cas de Tecteo est symptomatique. Sans remettre en cause l’indépendance d’une rédaction, on jouera plutôt la prudence, on évitera surtout d’aller plus loin sur des sujets parfois délicats pour les journalistes qui mêlent tant d’enjeux.

Un pavé dans « La Meuse » (ép.1) : Dutroux, Le Monde et la déontologie

In Un pavé dans la "Meuse" on 16/03/2012 at 16:47

Depuis quelques semaines, je ne suis plus journaliste. Je l’ai décidé, c’est un choix personnel. Cela ne veut pas dire que je ne le serai plus, et même j’ai envie d’écrire, d’aller à la rencontre de ceux qui font l’actualité, envers et contre tout. Pour autant, ma situation de « non-journaliste » ne doit pas m’empêcher de la fermer face à ceux justement qui font l’actualité.

Pendant six mois, j’ai collaboré comme journaliste pour La Meuse Namur.J’étais employé, chose rare dans ce métier, surtout quand on sort à peine de l’université, à 24 ans, son diplôme en poche. On m’a proposé ce poste, et je l’ai accepté. J’avoue que, par paresse ou par faiblesse, je n’avais pas envie de courir de rédaction en rédaction avec mon CV sous le bras, en faisant semblant d’être le meilleur, pour obtenir quelques piges. Bref, pendant six mois et quelques articles sous le bras, j’ai été journaliste, même si je n’ai jamais vraiment pensé que je l’étais.

Puis il y a une mosquée en feu, puis il y a un accident de car, des enfants morts, un pays en deuil, et forcément, l’on a envie de parler et d’écrire. Comme je ne suis plus journaliste, je peux écrire ce que je pense vraiment, et pas ce qu’un rédacteur en chef attend de moi, ni même répondre aux attentes des lecteurs faméliques du journal dans lequel j’écrivais.

D’abord Marc Dutroux

Depuis jeudi, les polémiques s’enchaînent sur cet accident de car. D’abord, avec l’article de Jean-Pierre Stroobants dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/03/14/accident-de-car-la-belgique-de-nouveau-bouleversee-par-la-mort-d-enfants_1669000_3214.html), où le correspondant belge soulignait la similitude entre l’affaire Dutroux et l’accident de car à Sierre. Non pas dans les faits forcément, mais par la vague d’émotion provoquée par la mort de 24 enfants, un accident qui bouleverse notre pays depuis plusieurs jours. Dans sa réflexion, le journaliste indiquait que les Belges avaient une sensibilité à fleur de peau:

« Sidérée par le bilan de l’accident, la population est d’autant plus impressionnée qu’une grande majorité d’enfants figurent parmi les victimes. Après les terribles révélations, consignées dans un rapport officiel, sur les actes de pédophilie commis au sein de l’Eglise catholique durant des décennies mais, surtout, depuis l’affaire Marc Dutroux, les Belges ont une sensibilité à fleur de peau (…) Et chaque accident impliquant des enfants ravive désormais les plaies mal cicatrisées des Belges. »

Je le répète, ces deux drames n’ont rien à voir. D’un côté, la cruauté humaine à l’état pur, de l’autre, un accident de la route impossible à prévoir. Mais comme le dit bien Jean-Pierre Stroobants, chaque accident, chaque meurtre impliquant des enfants ravive les plaies mal cicatrisées des Belges. Il suffit de voir cette « communion nationale » autour de ce drame, comme le titrait Le Soir de ce matin. Au fond, nous sommes tous des parents, frères ou sœurs des enfants d’Heverlee ou de Lommel…

Mais j’ai surtout l’impression que cette polémique, c’est l’occasion de faire du clic, de la publicité, du fric en somme pour les sites d’information : mettre Dutroux et enfant mort, c’est forcément réveiller les « plaies mal  cicatrisées » des lecteurs, c’est l’occasion aussi et surtout de réveiller une presse moribonde en mal de chiffres d’affaire, et en manque d’idées.

Alors le journaliste devient comme le boucher. « Il y en a un petit plus, je vous le mets quand même ? » A l’émotion légitime de ce drame, a vite suivi la surabondance d’informations, même quand il n’y avait rien à dire. Comme avec cette minute de silence, où pour nous l’annoncer les médias n’ont pas cessé de nous abreuver toute la matinée d’un bavardage inutile jusqu’à la nausée. A défaut d’informer, on a bavardé des heures et des heures : hier, après le drame, on interrogeait l’assureur pour voir combien ça valait un enfant mort, aujourd’hui, jour de deuil, c’était un prêtre pour voir comment l’on vivait la mort d’un enfant.

RTL, c’est vous…

On pouvait suivre et vivre en direct le malheur des parents et pleurer dans nos chaumières, en se disant pourquoi pas nous ? Apprendre sur Twitter que tel enfant venait de sortir du coma, tel autre pas encore, on attendra… C’est normal, on a besoin de s’identifier aux drames des autres, c’est le ressort même de toute histoire, de toute tragédie, le ressort de tout fait divers aussi. En ce domaine, les journalistes n’ont rien inventé.

Mais derrière cela, ne soyons pas dupes, c’est la course à l’audience. Le drame que vous suivez en direct, c’est comme le dernier feuilleton à la mode, et les journaux le savent et même n’hésitent à s’en féliciter comme ce fut le cas pour RTL :http://imgur.com/6mXcD

Trois jours après l’accident. Les journaliste viennent eux aussi à faire leur deuil, celui de leur déontologie. C’est une pratique courante, et ce fut le cas pour l’accident de bus à Sierre et la publication justifiée ou non des photos d’enfants. L’occasion pour la presse de caniveau de justifier ses mauvais défauts, pour la presse de qualité l’occasion de se vanter de ne pas se chauffer de ce bois-là. Or, tout le monde a les mains dans le cambouis. C’est systématique et éternel : à chaque fait divers, chaque drame, il y a toujours ce bon vieux débat avec les mêmes acteurs qui ressortent les mêmes réponses pour savoir s’il fallait ou non publier les photos, du genre : « L’intérêt public n’est pas l’intérêt du public », soulignait André Liénard, secrétaire général du CDJ, jeudi soir sur le site du Soir.be  : http://www.lesoir.be/actualite/le_fil_info/2012-03-15/accident-sierre-le-droit-a-informer-n-est-pas-illimite-903102.php

Moi-même, au cours de ma maigre expérience d’apprenti-journaliste, je me suis retrouvé à devoir trouver coûte que coûte des photos de victimes ou de coupables : là, une grand-mère violée par un jeune ado, ici, un entraîneur pédophile dans un club de foot. Je peux vous dire qu’en allant trouver ces personnes à la sortie d’une audience au tribunal, l’on n’est pas fier de leur demander une photo pour montrer aux lecteurs qu’ils sont bien coupables ou victimes, pour jouer à son tour les procureurs, pour justifier un passage dans les pages d’un journal et vendre plus que le voisin qui ne vend déjà plus grand-chose. Le souci, et à défaut de photo, c’est que nous ne manquons pas de faits divers, mais nous manquons de moyens pour les comprendre et les expliquer au public, au delà de l’émotion et des polémiques vaines.

Le journalisme à l'épreuve de la toile

Un blogue-notes sur le journalisme et le blogging

canalordinaire.wordpress.com/

CANAL ORDINAIRE. Journalistes associés. Bruxelles.

Horizons médiatiques - Edition Europe

Le journalisme dans tous ses Etats

Mediablog

Un regard critique sur les médias

Je veux être journaliste

Toi aussi, deviens un journaliste winner !

Les infos des Incorrigibles

Blog du collectif de journalistes pigistes Les Incorrigibles

Le blog de François De Smet

"La vérité est purement et simplement une question de style" (Oscar Wilde)

Le blog de Philochar

Une réflexion sur le monde, la Belgique, la Wallonie, la société et les médias

Le Blog documentaire

L'actualité du (web)documentaire

Coupe/Coupe

Vide-poche de l'actu médiatique, culturelle et des internets

Yanis Varoufakis

THOUGHTS FOR THE POST-2008 WORLD

%d blogueurs aiment cette page :