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Wallonie-Bruxelles : Plan B, vous avez dit Plan B ?

In Un an en... on 23/11/2012 at 06:34

Si en Flandre, on se prépare (déjà) pour le confédéralisme, en Wallonie et à Bruxelles, on évoque une autre voie possible, celle d’un Plan B réunissant les deux régions dans une fédération. Scénario réaliste ou coup de bluff des partis francophones face aux exigences nationalistes flamandes ? L’idée n’est pas neuve pour les francophones, elle revient un peu comme les jeux olympiques d’hiver. Un article à lire en intégralité sur le site Apache.be

Au moment où Bart De Wever appelle les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refait surface. Il y a quelques semaines, les présidents des partis francophones se sont réunis « secrètement » au siège du PS pour définir la meilleure façon d’accueillir les nouvelles compétences vers les entités francophones, en réunissant la Commission Wallonie-Bruxelles, un « machin » qui avait rendu un rapport en 2008 pour essayer de tracer les lignes d’un avenir francophone en Belgique.

En apparence, il s’agissait donc de mener à bien la 6e réforme de l’État, mais on ne doute pas une seconde que les présidents de parti auront aussi évoqué la question du confédéralisme que Bart De Wever veut négocier après sa victoire aux élections communales du 14 octobre dernier. Et pourquoi pas après tout l’idée d’un Plan B ? Après tout, bien avant les élections, en septembre dernier, Charles Piqué appelait sur la RTBF à « ne pas oublier le Plan B pour la Belgique » : « Le plan B ne nous a jamais quittés. Comment voulez-vous que du côté francophone on oublie la nécessité de penser, sans plaisir et enthousiasme, à un plan B alors que les Flamands les plus influents annoncent eux carrément un plan B ? », affirmait-t-il.

Toujours selon le ministre-président bruxellois, l’ensemble du milieu politique francophone ne pensait pas assez à ce Plan B. « Peut-être que certains ont encore l’illusion aujourd’hui de sauver le pays. » Au même moment, dans Le Soir cette fois, Benoît Lutgen, le président du cdH évoquait au sujet d’un Plan B que les francophones devaient « se préparer sans attendre ».

Mais même s’il existe, même si les politiques l’évoquent dans les médias, le Plan B reste encore un projet bien discret. Chez les universitaires, on préfère d’ailleurs rester prudents et ne pas trop évoquer la question. « Dire que le plan B existe et que les francophones le préparent, ce serait faire le jeu de Bart De Wever », avoue un observateur.

« Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. À d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admet Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp. « C’est depuis septembre 2010 qu’on évoque du côté francophone la possibilité d’un Plan B au moment où Elio Di Rupo demande au roi d’être déchargé de sa tâche de préformateur. On est alors dans un moment de crispation et de blocage au niveau des négociations institutionnelles parce que les partis flamands, CD&V en tête, demandent de discuter de la loi de financement. C’est dans ce cadre que des francophones ont parlé du Plan B avec une certaine consistance, avec les apparences de la détermination. Je dis des francophones parce que toutes les déclarations venaient alors du PS, les autres partis étant restés prudents voire muets à ce sujet. Cela a duré un petit moment puis les négociation ont repris. Mais ce n’était pas une simple sortie isolée du PS. »

Car pour Vincent de Coorebyter, un autre élément a également pesé dans la balance du Plan B : la décision de rebaptiser en la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Cela fait partie d’un même contexte politique. Il est évident que parler d’une Fédération Wallonie-Bruxelles entrait en convergence le Plan B, même si, officiellement, il s’agissait de régler les rapports entre les institutions régionales et communautaires. On voit très bien en quoi ce changement de nom est une perspective symbolique en vue d’une éventuelle fin du pays, avec une Belgique résiduelle composée de la Wallonie et de Bruxelles. Le message étant : nous ne laisserons pas partir la Flandre avec Bruxelles. »

De son côté, Giuseppe Pagano, économiste à l’UMons, explique qu’il n’y a pas encore eu côté francophone une étude complète sur le Plan B en cas de scission du pays.

« Le Plan B est un scénario peu probable à court terme, même si la N-VA a la majorité absolue en Flandre en 2014. Il faudra quand même négocier, et vu le temps que cela a pris pour la 6e réforme de l’État qui va beaucoup moins loin que le confédéralisme ou la scission du pays, on imagine aisément le temps qu’il faudrait pour une scission complète du pays avec au centre des négociations la question de la dette publique et de Bruxelles. »

Actuellement, Giuseppe Pagano est l’un des experts à la tête du plan Horizon 2022, un plan lancé en Wallonie en septembre dernier, mais qui est loin de faire l’unanimité au Sud du pays.

« L’idée de ce plan, ce n’est pas du tout de préparer un Plan B. Il s’agit de voir comment la région peut intégrer les nouvelles compétences prévues dans la 6e réforme de l’État, et avec ces nouveaux leviers, comment on peut réduire l’écart économique entre la Wallonie et la Flandre. »

Reste qu’en cas de scission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si la Belgique éclate, la Wallonie ne pourrait faire cavalier seul. Sans transfert financier de la Flandre, la Wallonie perdrait 6 milliards d’euros, soit le budget wallon actuel. Avec Bruxelles, une scission du pays serait moins difficile pour le sud du pays.

A côté de ces données chiffrées, il y a une autre réalité. Plus qu’un simple transfert financier de 6 milliards d’euros, un Plan B serait une « perte pour toutes les régions du pays ». C’est ce qu’affirme Robert Deschamps, économiste au Cerpe à Namur. En 2007, il a étudié le coût d’une scission du pays comme une « hypothèse plausible ».

« Flandre, Wallonie et Bruxelles, les trois régions vont toutes perdre si l’on négocie une scission du pays. Si chacun pense que la négociation sera à son avantage, ce ne sera évidemment pas le cas. Le coût d’une scission du pays entraînerait une perte du bien-être économique et une baisse de l’emploi pour les trois régions. »

A l’époque, et bien avant son apparition en mai 2011, Robert Deschamps prônait la création d’une Fédération Wallonie-Bruxelles qui « réduirait la perte du bien-être économique que la scission leur imposerait ». Il ajoute aussi que le confédéralisme aboutirait d’une manière ou d’une autre à la scission du pays.

« Autrement dit, on scinde toutes les compétences qu’un partenaire au moins (la Flandre, en général) veut scinder. Au vu des compétences scindées dans les propositions confédéralistes connues, on aboutirait rapidement à la scission du pays : les dépenses de sécurité sociale, les soins de santé, le chômage, la fiscalité, la SNCB, la négociation salariale, le droit du travail, la justice. »

Avec la victoire de la N-VA aux dernières élections communales et la proposition de Bart De Wever de négocier un modèle confédéral, ne risque-t-on pas de devoir mettre la 6e réforme de l’État en veilleuse ? « En aucun cas », souligne Benoît Bayenet, économiste et expert en finances publiques, qui a suivi les négociations institutionnelles pour le PS.

« Ce qui est perturbant dans le débat actuellement, c’est que la 6e réforme de l’État n’est pas encore écrite, ni votée, qu’on n’a pas encore mesurer l’impact de ces transferts de compétences sur les politiques régionales qu’on prépare déjà une nouvelle réforme, nettement plus difficile et plus longue à négocier, celle du confédéralisme, sans trop savoir ce qu’on y met dedans. Cette 6e réforme donne un pouvoir considérable aux régions et aux communautés du pays. Désormais, les entités fédérées auront des leviers budgétaires bien plus importants que ceux de l’État fédéral. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on n’a pas encore épuisé les cinq résolutions du parlement flamand et qu’une 7e réforme de l’État est incontournable, mais cela peut tout à fait se faire dans un cadre fédéral. »

Quant au Plan B, même s’il est difficilement imaginable à court terme, il faut effectivement pouvoir réfléchir à ce Plan B francophone :

« on ne doit pas avoir peur d’examiner du côté francophone la possibilité de pouvoir assumer des compétences qui donneraient de nouveaux leviers politiques et économiques pour assurer le développement de la Wallonie et de Bruxelles. Il faut oser débattre et examiner cette question », ajoute encore Benoît Bayenet.

En attendant, et avant 2014 au moins, le Plan B restera, un peu comme le confédéralisme, à l’état de questions, tant pour les spécialistes que pour les citoyens.

Belgique, le mal du pays

In La France vue d'en haut, Un an en... on 12/10/2012 at 07:30
"Singulière Belgique", sous la direction d'Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

« Singulière Belgique », sous la direction d’Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

Avec « Singulière Belgique » (Fayard), Astrid von Busekist, spécialiste du nationalisme et de la politique des langues, offre le portrait d’un pays qui a tendance à l' »anomie », tant il demeure divisé politiquement, culturellement et linguistiquement. Pour ce livre, cette professeur de science politique à Sciences Po s’est entourée des meilleurs spécialistes belges, wallons, flamands et bruxellois.

Dans quelques jours, la Belgique retournera aux urnes pour les élections communales. En Flandre, l’enjeu est de taille : quel sera le score du parti de Bart De Wever, la N-VA ? Le leader nationaliste voit dans ce scrutin un référendum contre la politique fédérale du premier ministre socialiste et francophone, Elio Di Rupo. Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune.

Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique, et le livre « Singulière Belgique » (Fayard) publié sous la direction d’Astrid von Busekist remplit pleinement son rôle en interrogeant le problème « multinational » en Belgique : « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Un millefeuille de contre-pouvoir

Autour de quatre axes (politique, institutionnel, social et culturel), ce livre met la démocratie belge à l’épreuve de son architecture constitutionnelle et des forces centrifuges qui traversent l’État fédéral face aux entités fédérées, les régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et les communautés (française, flamande, allemande), avec un législateur qui complique parfois davantage les choses qu’il ne les facilite. Au final, au fur et à mesure des différentes réformes de l’État, la Belgique ressemble à « un millefeuille de compétences tellement enchevêtré que tout pouvoir contient son propre contre-pouvoir ».

En Belgique, le système fédéral est d’une complexité sans nom, avec au niveau fédéré, deux collectivités politiques distinctes, et pas forcément compatibles : la communauté et la région.

« Celles-ci se superposent sans pour autant se recouvrir exactement. En réalité, la Belgique pratique un double fédéralisme, territorial et personnel […] le fédéralisme belge combine ses deux perspectives. Il opte, en principe, en faveur d’un fédéralisme territorial pour les questions régionales (tels l’aménagement du territoire ou le logement) et communautaires (tel l’enseignement ou la culture). »

L’enchevêtrement des régions et communautés est donc « à la source d’une complexité lourde à gérer et d’un manque d’efficience de plusieurs politiques publiques ». À tel point qu’une partition de l’État semble difficile à concevoir. Pourtant, c’est dans les institutions que la Belgique a tenté de trouver une réponse aux demandes d’autonomie des régions et des communautés : « elle a autant précipité le divorce qu’offert les garanties d’un mariage durable entre ses différentes composantes. »

Un fédéralisme de « dissociation »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque dans les médias l’existence d’un plan B en vue de la séparation du pays et que les questions sur l’avenir de l’État fédéral occupent une part importante du débat public, le tableau de la Belgique est de plus en plus contrasté, si ce n’est inquiétant : si, d’un côté, la Belgique est un membre très actif de l’Union européenne, réclamant une Europe réellement fédérale, si le pays est fort d’une politique sociale efficace, la Belgique est aussi, et de plus en plus, un pays divisé et compartimenté linguistiquement, culturellement, politiquement avec des partis propres à chacune des communautés. Aussi, les élus francophones ou flamands ne sont-ils jamais obligés de s’expliquer devant l’autre groupe linguistique, et du point de vue de la communication, « la Belgique n’existe plus ».

Tout cela installe de part et d’autre de la « frontière linguistique » une méconnaissance des réalités de l’ensemble du pays, et jusqu’ici, depuis plus de quarante ans de réforme institutionnelle, on n’a pas vu des mécanismes efficaces de forces centripètes face à ce « fédéralisme de dissociation » :

« toutes les mutations vont dans le même sens, transformant un État unitaire en État fédéral, confiant toujours davantage de compétences et d’autonomie à ses entités fédérées, elles-mêmes démultipliées et dont l’autonomie repose entre autres sur le fait qu’elles agissent dans des territoires linguistiquement distincts. Aucune réforme institutionnelle n’a vu des compétences revenir des entités fédérées vers le pouvoir fédéral. »

Depuis la fédéralisation du pays, lancée au début des années 1970, les flamands et les francophones sont entrés dans une logique institutionnelle bipolaire, dissociative et asymétrique, chacune des communautés et des régions du pays se regardant à chaque réforme de l’État comme un obstacle à plus d’autonomie politique, sociale et économique. Le fédéralisme est à la fois la cause et la conséquence des clivages communautaires qui conduisent à l’effacement de l’État belge. Un phénomène d’autant plus accru que le différentiel de prospérité entre la Flandre et la Wallonie n’a pas cessé de croître, « au point qu’aujourd’hui le nord du pays doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre quand les régions bruxelloise et wallonne connaissent des taux de chômage très préoccupants. »

Vers le confédéralisme ?

Une architecture institutionnelle qui pousse les plus pessimistes à dire que nul espoir d’avenir n’est permis car depuis 2007, la vie politique du pays est largement dominée par les revendications contradictoires des deux principales communautés. Avec du côté flamand, une volonté de faire de la Belgique une « confédération », « une accentuation de la tendance centrifuge, conciliable avec la conservation d’un État unique, mais si celui-ci se réduirait à une coquille largement vidée et de sa substance. »

En l’absence d’un espace public commun,le livre interroge la conscience collective des Belges, construite autour d’un double clivage : au clivage linguistique entre francophones et flamands se superpose le clivage idéologique entre un centre de gravité des forces politiques flamandes se situant nettement plus à droite que celui des forces politiques francophones. Une conscience collective qui s’évalue aussi dans le rôle que joue la Belgique dans l’Europe, ce petit pays d’à peine dix millions d’habitants devenu en quelques décennies une fédération multinationale, avec Bruxelles pour capitale. Face à la fédéralisation de l’État belge, la construction européenne est pour la Belgique aussi bien une histoire d’amour qu’un mariage de raison « puisque le terrain européen permet de canaliser les querelles domestiques ».

Par ailleurs, la crise que rencontre cette « unité par défaut » qu’est la Belgique s’ancre bien au cœur des tensions traversées actuellement par l’Union européenne, sans doute parce que ce pays est « un formidable analyseur de l’inconscient historique de l’Europe » à travers « un système institutionnel difficile à lire, une compétition entre États-nations, une légitimité démocratique contestée ; les Belges sont à l’image des Européens ; la Belgique réunit toutes les difficultés de penser et de stabiliser l’Europe. »

D’où dans cet ouvrage, la présentation d’une démocratie belge qui doit repenser ses fondements car son avenir n’est pas assuré : « aujourd’hui, la Belgique oscille entre le projet d’une démocratie multiculturelle et une lente évolution vers une petite enclave balkanisée au cœur de l’Europe. »

INVITE : Astrid von Busekist – RTBF Vidéo.

Namur, la capitale de la Wallonie sans le PS ?

In Un an en... on 11/10/2012 at 06:30

Namur, c’est la capitale de la Wallonie, la troisième ville de la région après Charleroi et Liège. Namur, c’est aussi la seule des grandes villes wallonnes où le PS est dans l’opposition après trente années passées au pouvoir. Alors comment la majorité actuelle (cdH-Ecolo-MR) a-t-elle fait pour diriger la capitale de la Wallonie sans les socialistes ?

Depuis 2006, et après trente ans de pouvoir à Namur, le PS a été rejeté dans l’opposition, suite à l’affaire SOTEGEC où il est reproché à plusieurs membres du collège communal de l’ancienne majorité la prise d’intérêt dans l’attribution de plusieurs marchés publics. Une affaire qui a changé totalement le visage de la ville au profit d’une majorité peu fréquente en Wallonie, composée du cdH, d’Écolo et du MR.

Pourtant, et si l’on en croit les derniers sondages, le PS reste toujours le premier parti à Namur et il le sera sans doute encore en 2012, même si le cdH fera tout pour conserver le mayorat de la capitale wallonne. Durant cette législature, les tensions ont été nombreuses entre la majorité et le PS. D’ailleurs, pour les trois partis de la majorité actuelle, Namur est passée à côté de nombreux subsides auprès de la Région wallonne parce que la PS n’était pas au pouvoir dans la capitale.

Selon Maxime Prévot (cdH), bourgmestre de Namur depuis mars 2012, en remplacement de Jacques Étienne, les difficultés ont été fréquentes.

« Il y a des moments où l’on sent qu’on est ralenti dans la concrétisation de certains projets namurois, du fait qu’on ait osé en 2006 ce crime de lèse majesté de ne pas confier au PS un rôle quelconque dans la majorité namuroise. Par exemple, ce fut le cas au début de la législature quand Michel Daerden (PS) était ministre des sports, Frédéric Laloux, ancien échevin de la Ville, travaillait dans son cabinet. Le hasard faisait que les dossiers namurois peinaient à trouver des subsides pour le financement de halls de sport. J’ai donc dû jouer au rapport de force auprès d’André Antoine (cdH), alors ministre de l’aménagement du territoire, pour bloquer des permis d’urbanisme sur la commune d’Ans, commune que dirigeait Michel Daerden. »

« Il n’y a pas que le PS en Wallonie »

Même constat pour Arnaud Gavroy (Ecolo). Selon lui, Namur a été mise à l’écart par le PS durant cette législature. « On a payé cher le fait que Namur ne soit plus socialiste. Il y a eu un mot d’ordre, surtout au début de la législature. Là où les socialistes ont pu mettre des bâtons dans les roues, ils l’ont fait. Plusieurs dossiers ont été arrêtés par le PS. On se souviendra de la demande de fonds structurels européens où aucun dossier namurois n’a été retenu. Il y avait une volonté claire de ne pas nous soutenir, je l’ai appris du PS lui-même. Mais bon, il n’y a pas que le PS en Wallonie, il y a moyen de faire des choses sans ce parti. »

À la veille des élections communales du 14 octobre prochain, le premier échevin écologiste souhaite la reconduite de la majorité actuelle. Il lance même un avertissement à ses partenaires de coalition : « Il y a un enjeu pour cette élection, c’est clairement est-ce que Namur va continuer sans le PS ou pas. Si un parti de la majorité fait une alliance avec le PS, il donne un mauvais signal à la Wallonie de dire qu’on ne sait pas gouverner une grande ville wallonne sans les socialistes. Le parti qui donnera ce signal, ce sera catastrophique parce qu’il démontrera une bonne fois pour toute que les grandes villes wallonnes ne savent pas faire sans le PS. »

Et ce parti prêt à s’associer au PS pourrait être le MR, un parti divisé entre la reconduite de la majorité actuelle et une alliance avec les socialistes comme en 2000. Mais pour Anne Barzin, tête de liste MR et échevine des finances, tout dépendra des résultats du parti libéral à Namur. « Une tripartie peut avoir des aspects plus compliqués, c’est vrai, mais une bipartite aussi, surtout quand les deux partenaires n’ont pas le même poids politique. Ce qui nous intéresse, c’est le projet qu’on pourra mener pour la ville, les attributions qu’on pourrait avoir, la capacité de peser vraiment notamment sur l’urbanisme ou la mobilité. »

2006, un accident de parcours pour le PS

Du côté de l’opposition socialiste, on réfute totalement le fait que Namur a été mise à l’écart par le PS. L’objectif du parti et de sa tête de liste, Éliane Tillieux, ministre wallonne de l’action sociale, c’est de conserver son leadership à Namur, et même de l’augmenter. Actuellement, le PS est le premier parti dans la capitale wallonne avec 15 sièges au conseil communal contre 13 pour le cdH.

« 2006 a été un accident de parcours pour le PS, et il faut arrêter de stigmatiser notre parti avec ce qui s’est passé lors de l’affaire SOTEGEC. En aucun cas, nous n’avons jamais bloqué un dossier de la Ville de Namur. Ce qu’on constate, il y a des subsides qu’ils ont ratés parce que les dossiers namurois étaient mal ficelés. Depuis qu’Éliane Tillieux est ministre, depuis 2009, la porte a toujours été ouverte, et on n’a jamais vu personne. Pour certains dossiers comme l’aménagement du quartier de la gare de Namur, elle a soutenu ce projet, même si elle ne l’approuve pas. Pendant cinq ans, le cdH a été moribond avec Jacques Étienne, le roi fainéant. Il a fallu que l’on s’approche des élections et que Maxime Prévot devienne bourgmestre pour que Namur se réveille », explique Olivier Rubay, porte-parole d’Éliane Tillieux qui n’a pas souhaité répondre elle-même à nos questions.

Tous les scénarios sont possibles

A quelques jours du scrutin, tous les scénarios sont donc possibles à Namur : le PS veut revenir au pouvoir tandis que le cdH fera tout pour conserver son mayorat dans une grande ville de Wallonie. « C’est clair que Namur est un enjeu pour le cdH. Le changement de bourgmestre au début de cette année, c’était un changement de génération, un changement de dynamique pour permettre au cdH de conserver la capitale wallonne », avoue Maxime Prévot, tête de liste humaniste et bourgmestre sortant.

Du côté des observateurs de la vie politique namuroise, journalistes comme politologues, on suivra de très près les résultats du 14 octobre prochain. Pour Jean-François Paco, chef d’édition du journal L’Avenir, la campagne électorale est restée jusqu’ici très feutrée. « Elle est même très peu agressive. Le programme du PS critique très, très peu au fond les résultats de la majorité sortante. Il faut vraiment aller dans les détails pour trouver des critiques. » Selon lui, une majorité sans le PS dans la capitale de la Wallonie est tout à fait possible.

« On sait gérer une ville comme Namur sans les socialistes. Même si au début de la législature, les relations entre la majorité actuelle et le PS ont été très tendues. C’est vrai que c’était un fait historique que Namur ne soit plus dirigée par les socialistes. Le PS a eu beaucoup de mal à l’avaler et la nouvelle majorité a suspecté certains socialistes de faire de l’obstruction systématique, un peu par vengeance, et donc de porter des difficultés pour l’octroi de subsides. Cela s’est vérifié dans le dossier des fonds structurels européens, Namur n’a rien eu alors que des villes socialistes de la Province de Namur en ont reçus. »

Un manque de leadership au PS

Pour le journaliste namurois, ces tensions ont disparu au fil des ans, notamment par le fait qu’Éliane Tillieux est devenue ministre. « Elle a joué le jeu et elle n’a pas voulu casser à la région ce qui se décidait à la Ville. Mais pendant les premières années d’opposition du PS, le parti a essayé de renforcer sa position à Namur, notamment en mettant à l’avant-plan des personnalités socialistes namuroises. Ce fut le cas de Frédéric Laloux qu’on a bombardé au fédéral. Résultat, ce fut un fiasco total. Il est resté ministre un mois et aujourd’hui, il se retrouve dernier sur la liste aux élections communales. »

Jean-Benoît Pilet, politologue à l’ULB et directeur du Cevipol, a consacré une étude sur la vie politique namuroise. Il fait le même constat que Jean-François Paco. Durant cette législature, le PS a clairement manqué de leadership à Namur. « On était dans une configuration où le PS était bousculé par les affaires. On ne peut pas dire qu’il était en mesure de faire de l’obstruction à Namur. Le parti a donc eu besoin de se construire un nouveau leadership. Le problème, c’est que les socialistes ont mis beaucoup de temps à le trouver et que le PS s’y est mis un peu tard pour qu’il y ait aujourd’hui un leadership incontestable et incontesté en la personne d’Éliane Tillieux. Au final, elle s’est imposée en devenant la seule femme ministre du gouvernement wallon, mais on ne peut pas dire qu’elle a été jusqu’ici très visible. Que se passera-t-il si un autre candidat socialiste comme Frédéric Laloux par exemple fait un meilleur score qu’Éliane Tillieux ? »

Namur, une ville laboratoire

Toujours selon le politologue, Namur est une ville laboratoire : « c’est la plus grosse ville de Wallonie où il y a autant de suspense. Pour le cdH, Namur est l’enjeu principal de ces élections. Si le cdH perd Namur, le parti se retrouvera cantonné à des zones rurales ou à des villes de taille moyenne comme Bastogne ou Mouscron. C’est aussi une ville intéressante à analyser parce qu’il y a à Namur des vraies questions idéologiques sur le type de société qu’on veut avoir en Wallonie. On a vu émerger des choses intéressantes à analyser, notamment avec l’arrivée d’Ecolo qui avait adopté des positions très différentes par rapport à ce qui se faisait avant en matière d’aménagement du territoire. »

Sur le même sujet, un entretien avec Pascal Delwit, politologue à l’ULB

 

Un an en Wallonie (ép.2) : Walen binnen, une histoire de famille le long de la frontière linguistique

In Un an en... on 14/04/2012 at 17:16

Joseph et Thierry Delré sont père et fils. L’un vit à Faimes en Wallonie, l’autre à Saint-Trond en Flandre. Ils travaillent dans la même entreprise flamande. Cerise sur la gâteau : ils ont épousé tous deux une Flamande. Une situation bien loin des conflits linguistiques… à deux pas de chez nous.

C’est dans un zoning perdu au milieu des arbres fruitiers à 10 km de Saint-Trond que Joseph et Thierry travaillent dans une entreprise de générateurs à Nieuwerkerken.

Voilà un an que Joseph a rejoint son fils. «Mais tout le monde m’appelle Jojo ici», lance-t-il tout simplement avec un petit accent hesbignon. Un nouvel emploi qu’il commence à 57 ans. En plus de son magasin de karting qu’il tient à Faimes, près de Waremme.

«C’est à table que Thierry m’a dit qu’on cherchait un mécanicien à Nieuwerkerken. Je me suis présenté et on m’a engagé.» Chaque jour, Joseph met 45 minutes pour rejoindre l’entreprise.

Image«La distance, il faut faire avec. Ce n’est pas toujours évident. Mais c’est plus simple que d’aller à Bruxelles !» Joseph travaille au service après-vente. Entretien, réparation, les moteurs passent entre ses mains expertes.

Pour cause, Joseph Delré est passionné depuis sa jeunesse par les motos et les kartings. «Pendant trente ans, j’ai tenu un magasin de moto à Heers en Flandre. C’est là que j’ai rencontré ma femme, Angèle. Il y a 37 ans. On s’est connus après un bal en Flandre», se souvient-il derrière ses petites lunettes.

Pourtant, Joseph n’est pas bilingue. Il se débrouille. Et il a l’habitude. «Quand je travaillais à Heers, mes clients étaient tous flamands. On se comprenait très bien !»

Et pour son travail à Nieuwerkerken, il ne doit pas parler un mot de néerlandais. «Réparer un moteur, ça se fait de la même façon dans toutes les langues !», lance-t-il avec un sourire.

Joseph travaille avec Herman, un employé flamand. «On s’entend très bien à deux. Pour se comprendre, je parle en français, il me répond en flamand…comme à la maison avec ma femme !», plaisante-t-il encore.

De son côté, et à 24 ans à peine, Thierry Delré travaille depuis cinq ans dans l’entreprise de générateurs. «Dès que je suis sorti de l’école, j’ai trouvé tout de suite un emploi à Nieuwerkerken. Je ne sais pas si j’aurais pu trouver aussi facilement un emploi en Wallonie», admet-il.

À la différence de son père, Thierry est parfait bilingue. «J’ai étudié à Saint-Trond en technique. Et comme ma mère est néerlandophone, ça facilite les choses», ajoute-t-il avec un accent qui mélange le wallon et le flamand.

C’est à Saint-Trond que Thierry vit depuis deux ans avec Liesbeth. «J’ai rencontré ma femme au travail. Comme mon père, c’est une Flamande. Ça doit tenir de famille !» Pendant trois ans, Thierry a fait les trajets entre Faimes et Nieuwerkerken. «Ça devenait pénible à la fin. J’ai préféré aller m’installer en Flandre ! Ma rencontre avec Liesbeth a tout accéléré.»

Pour Thierry, vivre et travailler en Wallonie ou en Flandre, c’est pareil ou presque. «La seule différence que je vois, c’est que les Flamands sont plus fermés que les Wallons. Nous sommes plus chaleureux.»

Son père Joseph est plus sévère. Pour lui, et sans doute à cause de la crise politique qui a bouleversé notre pays, les différences sont de plus en plus grandes entre la Wallonie et la Flandre. «Il y a 20 ans, on avait beaucoup plus de contacts avec nos voisins flamands. Maintenant, c’est fini ! Chacun reste dans sa communauté. Surtout chez les plus jeunes où il n’y a plus aucun contact entre Wallons et Flamands. C’est dommage…»

Un an en Wallonie (ép.1) : Joseph, Candido et Jean-Luc, ou le dernier plaisir communiste

In Un an en... on 13/04/2012 at 10:46

9h38. Devant les portes du Hema de la place Saint-Lambert à Liège, une foule attend pour profiter d’un petit-déjeuner à un euro. Croissant, baguette, omelette, café, tout le monde attend son tour, à la chaîne, un peu comme à l’époque des tickets de rationnement, sauf que nous ne nous sommes pas en guerre. Je me glisse moi aussi dans la foule, j’attends mon tour avant de pouvoir prendre un plateau. Les allées du magasin ressemblent à une permanence sociale, et pour celui qui n’y a pas ses habitudes, difficile de se faire une place : des vieilles dames se racontent les histoires de la veille, d’autres se font une beauté, certaines mêmes ont un rendez-vous, d’autres encore, et c’est bien normal, ont le nez plongé dans leur assiette.

Le retour des « camarades »

Après quelques minutes, je trouve une place à côté d’un vieux monsieur. Il s’appelle Joseph, mais je ne le sais pas encore. On se dit bonjour, puis à peine ai-je eu le temps de mordre dans mon croissant qu’il me parle de la vendeuse. « Une belle rousse, hein ? Puis, elle est gentille, c’est pour cela qu’on vient. » Tous les matins, Joseph part de Fléron où il habite depuis toujours et fait 10 km pour venir déjeuner dans le centre de Liège. Est-ce pour le menu, est-ce pour les beaux yeux de la caissière? Il y a de cela sans doute car Joseph aime « les belles femmes », mais c’est surtout parce que tous les matins, Joseph retrouve des « camarades » : Candido et Jean-Luc.

Aujourd’hui, ils sont en retard. Candido a un rendez-vous avec la femme d’un voisin, et Jean-Luc n’a pas eu son bus. Il se sent mal d’ailleurs, et ne touchera pas à son omelette. Il a arrêté de fumer et il n’en peut plus. Candido, lui, fait régime. Il m’explique qu’il doit perdre 30 kilos. Il me montre son ventre. Il m’explique qu’il ne mange plus de frites, qu’il ne touche plus à la mayonnaise, il ne mange plus que des pâtes mais « c’est dur ». On reparle de la vendeuse, de ses cheveux roux. Candido me dit que s’il avait mon âge, il n’hésiterait pas une seconde. On rigole.

Joseph, c’est l’aîné de la bande. Il a 76 ans, mais « il paraît que je fais plus jeune ». Tous les jours, il marche, il fait de la randonnée aussi, sauf quand il y a du « vélo à la télé ». Dans quelques semaines, il part en France avec des amis. On parle du dopage. Candido me dit qu’il se dope à la « Jupiler » avant de jouer aux boules avec les copains. Jean-Luc ne regarde plus le vélo à la télé depuis longtemps, et Joseph ne comprend pas qu’on en veuille autant à Lance Armstrong, « tous des jaloux ».

« Je ferai régime demain »

Il est 9h55. Il y a encore des gens qui attendent dans la file, la vendeuse n’a pas arrêté depuis que je suis arrivé. Candido se demande s’ils vont pouvoir profiter du déjeuner à un euro qui se termine à dix heures, dernière limite. « Une fois, je suis arrivé à 9h53, et il n’y avait plus rien », me lance Candido comme à un habitué. Il voit que je n’ai pas touché à ma baguette, il me demande s’il peut l’avoir. « Je ferai régime demain… »

Joseph me regarde. Je le vois, je crois qu’il veut me parler. « J’ai commencé à travailler à 14 ans, j’étais à la SNCB, j’étais chargé des dépêches pour les journaux, une autre époque. Puis, j’ai gravi les échelons, je suis devenu contrôleur, et je n’ai jamais pris un jour de congé jusqu’à ma pension. »

Il me demande ce que je fais. Je ne sais pas quoi lui répondre. Puis, je n’ai pas envie de parler de moi. Il dit qu’il m’a déjà vu quelque part, peut-être même ici au Hema. Candido est parti fumer une cigarette, Jean-Luc hésite, puis se résigne. On sort du magasin. On est à l’intérieur du centre commercial. Près d’un carrousel, il y a un attroupement. D’autres amis de Joseph, Jean-Luc et Candido. « Tous les jours, on se retrouve, on parle de tout. On ne se connaissait pas avant. »

Madonna, une « sacrée bonne femme »

Joseph me dit qu’il va voir Madonna en concert à Paris. « Elle, je l’adore, je collectionne tous les articles, les disques, j’ai toujours bien aimé cette bonne femme. 250 € pour aller la voir, un peu cher mais c’est une bonne place! «   Dans son coin, Candido ronchonne, et Jean-Luc ne dit rien. Candido dit qu’il ne paierait jamais autant pour voir Madonna, surtout quand on voit le « prix des cigarettes ». Joseph s’énerve, mais il continue à me débiter sa liste de chanteurs préférés. Après Madonna, je lui demande s’il aime Michael Jackson, on ne se sait jamais. « Oui, j’adore, mais je l’ai jamais vu en concert. Si j’avais pu, j’aurais été le voir. » Il poursuit sa liste Aznavour, Johnny…

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Joseph, Jean-Luc et Candido au centre commercial Saint-Lambert de Liège

Jean-Luc nous interrompt, il va faire des courses. On se dit « à la prochaine ». Candido est reparti fumer une cigarette, il m’en propose une, je refuse. « Pourquoi t’as arrêté? » Je bafouille, en lui disant que je n’ai jamais vraiment commencé. Il rigole. Joseph dit qu’il ne va pas tarder à retourner à Fléron, il me demande si je serai là demain. Je lui dis que je ne sais pas, mais je lui promets qu’on se reverra, c’est certain, pour parler de Madonna et des cheveux de la caissière.

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