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Frédéric Cauderlier : « On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours. »

In Un pavé dans la "Meuse" on 03/12/2012 at 06:14
Frédéric Cauderlier

Frédéric Cauderlier

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache et Michel Henrion, c’est au tour de Frédéric Cauderlier, actuel directeur de la communication au MR.

Pendant douze ans, Frédéric Cauderlier a été journaliste à RTL-TVI et animateur de l’émission « Sans langue de bois », une émission qui passe au crible l’actualité politique. En mars 2011, peu de temps après l’arrivée de Charles Michel à la tête du MR, il est devenu le porte-parole du président de parti. Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

« On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours »

« Je n’avais jamais imaginé que je serais un jour porte-parole dans un parti politique. C’est vrai que je me posais depuis deux, trois ans des questions par rapport à mon métier à RTL. J’estimais que je tournais en rond et que les perspectives d’avenir ne me semblaient pas exceptionnelles. L’autre aspect, j’ai toujours été passionné par deux choses, le journalisme et la communication politique. Quand j’étais à RTL, j’étais journaliste politique. Sur la fin, j’ai recentré mon activité journalistique sur l’analyse de la communication politique avec l’émission « Sans langue de bois ». Finalement, le fait de devenir porte-parole est une suite logique dans mon parcours, avec cette curiosité de voir l’autre aspect des choses dans un parti politique. Puis le reste, c’est le hasard. Charles Michel est devenu président du MR, il m’a contacté, on en a énormément discuté. Il faut l’admettre, ce n’est pas un passage évident car après cela, on va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours, même si je n’ai pas de carte de parti. Mon métier, c’est d’être spécialiste de la communication du MR, sans être pour autant un mandataire politique. »

« Je ne sais pas si j’aurais pu rejoindre un autre parti »

« Quand on est porte-parole, on doit être en accointance avec le parti politique qu’on représente. Cela ne m’empêche pas de ne pas être d’accord avec toutes les décisions du MR. Quand j’étais journaliste, on m’a souvent proposé de rejoindre des cabinets ministériels, mais cela ne me disait pas. Devenir porte-parole d’un président de parti, cela me motivait davantage, c’était lié aux défis du moment pour le MR et à la personne de Charles Michel. En 2007, le MR était le premier parti francophone, puis il s’est retrouvé en grande difficulté. Puis, il y avait la volonté de Charles Michel de réorienter le MR. Il y a deux ans d’ici, c’était un parti qui n’avait pas une bonne image, c’était un parti décrié tant dans l’opinion publique que dans les médias. Donc les défis étaient important pour moi et je ne souhaitais pas m’installer dans un fauteuil de porte-parole. Je ne suis pas sûr que je serais parti de la rédaction de RTL pour aller dans un parti qui, sans rien faire, fait des scores extraordinaires. »

« L’agenda est sans cesse bousculé »

« Le monde politique est un monde qui vit avec ses codes et on a beau comme journaliste le côtoyer en permanence, je pense que tant qu’on n’est pas dedans, on ne peut pas avoir une vue exhaustive de la vie politique. Comme journaliste, je pensais que tout était millimétré, tout était orchestré dans la communication politique. Mais ce n’est pas vrai ! Il se passe des choses qu’un porte-parole ne soupçonne pas quand on se lève le matin. La grande difficulté, c’est qu’on est confronté comme porte-parole à de la communication de crise parce que les journalistes nous appellent rarement pour vous annoncer une bonne nouvelle, c’est plutôt quand il y a des polémiques où il faut réagir dans la seconde. Par exemple, je n’aurais jamais imaginé une seconde le divorce du MR avec le FDF, et même Charles Michel n’aurait pas pu l’imaginer. Pendant des semaines, on a été dans de la communication de crise. Donc l’agenda est sans cesse bousculé, tout évolue si vite, 24 heures, c’est énorme, on travaille plus dans une forme d’improvisation. »

RTL = MR, RTBF = PS ?
« Cette image collée à la chaîne privée m’a toujours énervé. Paul Magnette (PS) a joué sur cette image en parlant de MRTL. Cela a plu à l’univers médiatico-politique qui aime bien cracher sur cette chaîne. Je suis persuadé que le public ne fait cette association entre le MR et RTL. En dix ans de métier à RTL, l’indépendance a toujours été totale, et le seul parti avec lequel j’ai eu des difficultés comme journaliste politique, ce n’était pas le MR. Puis d’autres journalistes de la chaîne sont partis travailler pour les autres partis, Ecolo, PS ou cdH, car l’un dans l’autre, dans chaque rédaction, il y a une connivence naturelle entre les journalistes et les politiques. On peut dire la même de la RTBF. Le raisonnement que je tiens pour mon ancien employeur, je le tiens aussi pour le service public : ce n’est pas la chaîne du PS. D’ailleurs, si on regarde la grille éditoriale des journaux, le JT le plus regardé par les électeurs socialistes, c’est celui de RTL parce que c’est une chaîne populaire, qui joue un peu sur les peurs, tandis que le JT de la RTBF, plus intellectuel, plus scolarisant, c’est au fond plus l’électorat du MR. Selon moi, ce qui peut expliquer une collusion entre les médias et les politiques, c’est quand un porte-parole retourne dans sa rédaction et redevient du jour au lendemain journaliste politique au bout de trois ou six mois comme si de rien n’était. »

A l’heure du buzz et des rédactions « low cost »

« Je crois que c’est important qu’un porte-parole soit un ancien journaliste car il comprend mieux qu’un autre les besoins des journalistes. D’un autre côté, le journaliste ne comprend pas les difficultés du communicateur, en réclamant une réaction dans les quinze secondes. Ce n’est pas toujours faisable, pas parce qu’on n’a pas d’idée, mais viennent se poser des questions de disponibilité, et puis, avant de prendre une position ou de réagir, il est sain d’attendre. Car ce que je constate, il y a une grande difficulté d’être journaliste aujourd’hui. De plus en plus, les rédactions sont des rédactions « low cost ». Je suis surpris de la paupérisation et de la grande précarité du métier où les journalistes sont amenés à faire, pour des raisons alimentaires, le petit buzz, le petit coup médiatique, le petit truc amusant qui tue totalement l’information et le journalisme. Cette attitude-là est risquée car on va en revenir à une forme de communication très institutionnalisée, très quadrillée. Ensuite, du côté du monde politique, cela entraîne une grande méfiance puisque les journalistes sont à la recherche de petit mot. Il est devenu dangereux de faire du off, de l’humour, de laisser la caméra tourner en permanence. C’est un phénomène qui m’inquiète vraiment. »

Michel Henrion : « le risque absolu pour un porte-parole, c’est de devenir militant »

In Un pavé dans la "Meuse" on 26/11/2012 at 07:00

Michel Henrion

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache, c’est au tour de Michel Henrion, journaliste, blogueur et spécialiste des médias, il a surtout été le porte-parole de président du PS, Guy Spitaels, à l’époque où on le surnommait « Dieu ». Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

Michel Henrion, c’est l’un des spécialistes de la communication politique les plus suivis en Wallonie et à Bruxelles : cinquième au ‘‘Top 100 des influenceurs » du Vif-L’Express en février 2012, premier au « Top Ten des journalistes francophones belges » dans ce même classement. Chaque semaine, sur les réseaux sociaux, à la télé ou à la radio, il intervient pour analyser les faits et gestes, faire et défaire les réputations du cirque médiatico-politique de notre pays. C’est que l’homme fréquente depuis longtemps les coulisses de la vie politique belge, des couloirs du Parlement au trottoir de la rue de la Loi. D’abord comme journaliste au Pourquoi Pas ?, puis surtout, pendant huit ans, comme porte-parole de Guy Spitaels, président du PS entre 1981 et 1992, avec lequel il a mené sept campagnes électorales. Rencontre pour Apache.be avec ce « spin doctor » de la politique belge.

Le risque ? « Devenir militant »

« Quand je suis devenu attaché de presse de Guy Spitaels, j’étais journaliste. Je connaissais l’homme, j’avais eu l’occasion de le rencontrer et de l’interviewer. Pour moi, il ne s’agissait en aucun cas de devenir militant ou candidat à une élection, je ne l’ai jamais envisagé. Comme journaliste, on peut avoir des affinités politiques. C’est ce qui conduit d’ailleurs à devenir porte-parole, mais le pire, et c’est qu’il faut éviter à tout prix, c’est de devenir militant. C’est le drame absolu pour un journaliste. Au contraire, on doit garder ses réflexes de journaliste et ne jamais mentir à ses anciens confrères, pour leur raconter des histoires et faire des effets d’annonce dans les journaux, au risque de perdre très vite toute crédibilité. »

Savoir garder ses distances

« Comme porte-parole, il faut savoir garder une distance, une liberté d’action, jouer un jeu personnel par rapport à son ministre ou son président de parti car les cabinets sont un monde clos où l’on ne retrouve que des militants, vénérant leur ministre. Cette distance du porte-parole est essentielle pour pouvoir informer les autres journalistes. C’est la seule façon d’être considéré et de nouer des relations intéressantes avec un homme politique. Car entre les politiques et les journalistes, les normes sont différentes et le monde politique est un monde très arriéré par rapport à la communication. J’ai donné des documents à des journalistes, et si Guy Spitaels l’avait su, il en aurait été horrifié et ne me l’aurait pas permis. Après tout, on ne vend pas un produit alimentaire, on propose de l’information. »

L’envers du décor ? « On n’est plus dupe de rien »

« Quand un journaliste arrive dans un cabinet politique ou quand il devient porte-parole, il découvre l’envers d’un décor qu’il pouvait à peine soupçonner. Pour moi, c’est la meilleure des formations pour les journalistes parce qu’ils méconnaissent les luttes de pouvoir au sein d’un gouvernement, d’un cabinet ou d’un parti, où l’on compte ses pires ennemis, ou encore la pression des lobbys. Après cela, un journaliste n’est plus dupe de rien. Quand j’étais porte-parole, le directeur d’un groupe de presse et son directeur de rédaction sont venus me trouver pour demander des subsides pour ouvrir une imprimerie, en me disant que les colonnes dans ses journaux étaient ouvertes pour toute interview avec Guy Spitaels. Je peux comprendre l’argument économique du directeur du groupe de presse, mais pas celle du directeur de la rédaction qui ne disait rien. Moi, comme journaliste, j’étais ahuri, je n’en revenais pas. Mais c’est le genre de chose que l’on ne sait découvrir que quand on est porte-parole. Avant cette expérience, j’étais d’une grande naïveté. »

Devenir porte-parole, souvent une nécessité financière pour les journalistes

« Depuis les années 80, on n’imagine plus un politique sans un attaché de presse ou un conseiller en communication. Du coup, le milieu journalistique, c’est le milieu dans lequel les politiques vont puiser puisque les tâches d’un journaliste ou d’un porte-parole sont très proches : il s’agit de communiquer à des électeurs ou à l’opinion publique. Sans compter que le métier de journaliste est dévalorisé depuis longtemps : les salaires sont bas, beaucoup de journalistes ont du mal à nouer les deux bouts, les rédactions réduisent les coûts. C’est un métier où il est difficile d’en vivre, et si on n’a pas tout ce qu’il faut pour s’installer dans cette profession, le métier de porte-parole apparaît pour beaucoup comme une solution. »

Michel Henrion sur sa passion des médias (RTL.be)

Wallonie-Bruxelles : Plan B, vous avez dit Plan B ?

In Un an en... on 23/11/2012 at 06:34

Si en Flandre, on se prépare (déjà) pour le confédéralisme, en Wallonie et à Bruxelles, on évoque une autre voie possible, celle d’un Plan B réunissant les deux régions dans une fédération. Scénario réaliste ou coup de bluff des partis francophones face aux exigences nationalistes flamandes ? L’idée n’est pas neuve pour les francophones, elle revient un peu comme les jeux olympiques d’hiver. Un article à lire en intégralité sur le site Apache.be

Au moment où Bart De Wever appelle les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refait surface. Il y a quelques semaines, les présidents des partis francophones se sont réunis « secrètement » au siège du PS pour définir la meilleure façon d’accueillir les nouvelles compétences vers les entités francophones, en réunissant la Commission Wallonie-Bruxelles, un « machin » qui avait rendu un rapport en 2008 pour essayer de tracer les lignes d’un avenir francophone en Belgique.

En apparence, il s’agissait donc de mener à bien la 6e réforme de l’État, mais on ne doute pas une seconde que les présidents de parti auront aussi évoqué la question du confédéralisme que Bart De Wever veut négocier après sa victoire aux élections communales du 14 octobre dernier. Et pourquoi pas après tout l’idée d’un Plan B ? Après tout, bien avant les élections, en septembre dernier, Charles Piqué appelait sur la RTBF à « ne pas oublier le Plan B pour la Belgique » : « Le plan B ne nous a jamais quittés. Comment voulez-vous que du côté francophone on oublie la nécessité de penser, sans plaisir et enthousiasme, à un plan B alors que les Flamands les plus influents annoncent eux carrément un plan B ? », affirmait-t-il.

Toujours selon le ministre-président bruxellois, l’ensemble du milieu politique francophone ne pensait pas assez à ce Plan B. « Peut-être que certains ont encore l’illusion aujourd’hui de sauver le pays. » Au même moment, dans Le Soir cette fois, Benoît Lutgen, le président du cdH évoquait au sujet d’un Plan B que les francophones devaient « se préparer sans attendre ».

Mais même s’il existe, même si les politiques l’évoquent dans les médias, le Plan B reste encore un projet bien discret. Chez les universitaires, on préfère d’ailleurs rester prudents et ne pas trop évoquer la question. « Dire que le plan B existe et que les francophones le préparent, ce serait faire le jeu de Bart De Wever », avoue un observateur.

« Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. À d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admet Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp. « C’est depuis septembre 2010 qu’on évoque du côté francophone la possibilité d’un Plan B au moment où Elio Di Rupo demande au roi d’être déchargé de sa tâche de préformateur. On est alors dans un moment de crispation et de blocage au niveau des négociations institutionnelles parce que les partis flamands, CD&V en tête, demandent de discuter de la loi de financement. C’est dans ce cadre que des francophones ont parlé du Plan B avec une certaine consistance, avec les apparences de la détermination. Je dis des francophones parce que toutes les déclarations venaient alors du PS, les autres partis étant restés prudents voire muets à ce sujet. Cela a duré un petit moment puis les négociation ont repris. Mais ce n’était pas une simple sortie isolée du PS. »

Car pour Vincent de Coorebyter, un autre élément a également pesé dans la balance du Plan B : la décision de rebaptiser en la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Cela fait partie d’un même contexte politique. Il est évident que parler d’une Fédération Wallonie-Bruxelles entrait en convergence le Plan B, même si, officiellement, il s’agissait de régler les rapports entre les institutions régionales et communautaires. On voit très bien en quoi ce changement de nom est une perspective symbolique en vue d’une éventuelle fin du pays, avec une Belgique résiduelle composée de la Wallonie et de Bruxelles. Le message étant : nous ne laisserons pas partir la Flandre avec Bruxelles. »

De son côté, Giuseppe Pagano, économiste à l’UMons, explique qu’il n’y a pas encore eu côté francophone une étude complète sur le Plan B en cas de scission du pays.

« Le Plan B est un scénario peu probable à court terme, même si la N-VA a la majorité absolue en Flandre en 2014. Il faudra quand même négocier, et vu le temps que cela a pris pour la 6e réforme de l’État qui va beaucoup moins loin que le confédéralisme ou la scission du pays, on imagine aisément le temps qu’il faudrait pour une scission complète du pays avec au centre des négociations la question de la dette publique et de Bruxelles. »

Actuellement, Giuseppe Pagano est l’un des experts à la tête du plan Horizon 2022, un plan lancé en Wallonie en septembre dernier, mais qui est loin de faire l’unanimité au Sud du pays.

« L’idée de ce plan, ce n’est pas du tout de préparer un Plan B. Il s’agit de voir comment la région peut intégrer les nouvelles compétences prévues dans la 6e réforme de l’État, et avec ces nouveaux leviers, comment on peut réduire l’écart économique entre la Wallonie et la Flandre. »

Reste qu’en cas de scission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si la Belgique éclate, la Wallonie ne pourrait faire cavalier seul. Sans transfert financier de la Flandre, la Wallonie perdrait 6 milliards d’euros, soit le budget wallon actuel. Avec Bruxelles, une scission du pays serait moins difficile pour le sud du pays.

A côté de ces données chiffrées, il y a une autre réalité. Plus qu’un simple transfert financier de 6 milliards d’euros, un Plan B serait une « perte pour toutes les régions du pays ». C’est ce qu’affirme Robert Deschamps, économiste au Cerpe à Namur. En 2007, il a étudié le coût d’une scission du pays comme une « hypothèse plausible ».

« Flandre, Wallonie et Bruxelles, les trois régions vont toutes perdre si l’on négocie une scission du pays. Si chacun pense que la négociation sera à son avantage, ce ne sera évidemment pas le cas. Le coût d’une scission du pays entraînerait une perte du bien-être économique et une baisse de l’emploi pour les trois régions. »

A l’époque, et bien avant son apparition en mai 2011, Robert Deschamps prônait la création d’une Fédération Wallonie-Bruxelles qui « réduirait la perte du bien-être économique que la scission leur imposerait ». Il ajoute aussi que le confédéralisme aboutirait d’une manière ou d’une autre à la scission du pays.

« Autrement dit, on scinde toutes les compétences qu’un partenaire au moins (la Flandre, en général) veut scinder. Au vu des compétences scindées dans les propositions confédéralistes connues, on aboutirait rapidement à la scission du pays : les dépenses de sécurité sociale, les soins de santé, le chômage, la fiscalité, la SNCB, la négociation salariale, le droit du travail, la justice. »

Avec la victoire de la N-VA aux dernières élections communales et la proposition de Bart De Wever de négocier un modèle confédéral, ne risque-t-on pas de devoir mettre la 6e réforme de l’État en veilleuse ? « En aucun cas », souligne Benoît Bayenet, économiste et expert en finances publiques, qui a suivi les négociations institutionnelles pour le PS.

« Ce qui est perturbant dans le débat actuellement, c’est que la 6e réforme de l’État n’est pas encore écrite, ni votée, qu’on n’a pas encore mesurer l’impact de ces transferts de compétences sur les politiques régionales qu’on prépare déjà une nouvelle réforme, nettement plus difficile et plus longue à négocier, celle du confédéralisme, sans trop savoir ce qu’on y met dedans. Cette 6e réforme donne un pouvoir considérable aux régions et aux communautés du pays. Désormais, les entités fédérées auront des leviers budgétaires bien plus importants que ceux de l’État fédéral. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on n’a pas encore épuisé les cinq résolutions du parlement flamand et qu’une 7e réforme de l’État est incontournable, mais cela peut tout à fait se faire dans un cadre fédéral. »

Quant au Plan B, même s’il est difficilement imaginable à court terme, il faut effectivement pouvoir réfléchir à ce Plan B francophone :

« on ne doit pas avoir peur d’examiner du côté francophone la possibilité de pouvoir assumer des compétences qui donneraient de nouveaux leviers politiques et économiques pour assurer le développement de la Wallonie et de Bruxelles. Il faut oser débattre et examiner cette question », ajoute encore Benoît Bayenet.

En attendant, et avant 2014 au moins, le Plan B restera, un peu comme le confédéralisme, à l’état de questions, tant pour les spécialistes que pour les citoyens.

Belgique, le mal du pays

In La France vue d'en haut, Un an en... on 12/10/2012 at 07:30
"Singulière Belgique", sous la direction d'Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

« Singulière Belgique », sous la direction d’Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

Avec « Singulière Belgique » (Fayard), Astrid von Busekist, spécialiste du nationalisme et de la politique des langues, offre le portrait d’un pays qui a tendance à l' »anomie », tant il demeure divisé politiquement, culturellement et linguistiquement. Pour ce livre, cette professeur de science politique à Sciences Po s’est entourée des meilleurs spécialistes belges, wallons, flamands et bruxellois.

Dans quelques jours, la Belgique retournera aux urnes pour les élections communales. En Flandre, l’enjeu est de taille : quel sera le score du parti de Bart De Wever, la N-VA ? Le leader nationaliste voit dans ce scrutin un référendum contre la politique fédérale du premier ministre socialiste et francophone, Elio Di Rupo. Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune.

Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique, et le livre « Singulière Belgique » (Fayard) publié sous la direction d’Astrid von Busekist remplit pleinement son rôle en interrogeant le problème « multinational » en Belgique : « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Un millefeuille de contre-pouvoir

Autour de quatre axes (politique, institutionnel, social et culturel), ce livre met la démocratie belge à l’épreuve de son architecture constitutionnelle et des forces centrifuges qui traversent l’État fédéral face aux entités fédérées, les régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et les communautés (française, flamande, allemande), avec un législateur qui complique parfois davantage les choses qu’il ne les facilite. Au final, au fur et à mesure des différentes réformes de l’État, la Belgique ressemble à « un millefeuille de compétences tellement enchevêtré que tout pouvoir contient son propre contre-pouvoir ».

En Belgique, le système fédéral est d’une complexité sans nom, avec au niveau fédéré, deux collectivités politiques distinctes, et pas forcément compatibles : la communauté et la région.

« Celles-ci se superposent sans pour autant se recouvrir exactement. En réalité, la Belgique pratique un double fédéralisme, territorial et personnel […] le fédéralisme belge combine ses deux perspectives. Il opte, en principe, en faveur d’un fédéralisme territorial pour les questions régionales (tels l’aménagement du territoire ou le logement) et communautaires (tel l’enseignement ou la culture). »

L’enchevêtrement des régions et communautés est donc « à la source d’une complexité lourde à gérer et d’un manque d’efficience de plusieurs politiques publiques ». À tel point qu’une partition de l’État semble difficile à concevoir. Pourtant, c’est dans les institutions que la Belgique a tenté de trouver une réponse aux demandes d’autonomie des régions et des communautés : « elle a autant précipité le divorce qu’offert les garanties d’un mariage durable entre ses différentes composantes. »

Un fédéralisme de « dissociation »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque dans les médias l’existence d’un plan B en vue de la séparation du pays et que les questions sur l’avenir de l’État fédéral occupent une part importante du débat public, le tableau de la Belgique est de plus en plus contrasté, si ce n’est inquiétant : si, d’un côté, la Belgique est un membre très actif de l’Union européenne, réclamant une Europe réellement fédérale, si le pays est fort d’une politique sociale efficace, la Belgique est aussi, et de plus en plus, un pays divisé et compartimenté linguistiquement, culturellement, politiquement avec des partis propres à chacune des communautés. Aussi, les élus francophones ou flamands ne sont-ils jamais obligés de s’expliquer devant l’autre groupe linguistique, et du point de vue de la communication, « la Belgique n’existe plus ».

Tout cela installe de part et d’autre de la « frontière linguistique » une méconnaissance des réalités de l’ensemble du pays, et jusqu’ici, depuis plus de quarante ans de réforme institutionnelle, on n’a pas vu des mécanismes efficaces de forces centripètes face à ce « fédéralisme de dissociation » :

« toutes les mutations vont dans le même sens, transformant un État unitaire en État fédéral, confiant toujours davantage de compétences et d’autonomie à ses entités fédérées, elles-mêmes démultipliées et dont l’autonomie repose entre autres sur le fait qu’elles agissent dans des territoires linguistiquement distincts. Aucune réforme institutionnelle n’a vu des compétences revenir des entités fédérées vers le pouvoir fédéral. »

Depuis la fédéralisation du pays, lancée au début des années 1970, les flamands et les francophones sont entrés dans une logique institutionnelle bipolaire, dissociative et asymétrique, chacune des communautés et des régions du pays se regardant à chaque réforme de l’État comme un obstacle à plus d’autonomie politique, sociale et économique. Le fédéralisme est à la fois la cause et la conséquence des clivages communautaires qui conduisent à l’effacement de l’État belge. Un phénomène d’autant plus accru que le différentiel de prospérité entre la Flandre et la Wallonie n’a pas cessé de croître, « au point qu’aujourd’hui le nord du pays doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre quand les régions bruxelloise et wallonne connaissent des taux de chômage très préoccupants. »

Vers le confédéralisme ?

Une architecture institutionnelle qui pousse les plus pessimistes à dire que nul espoir d’avenir n’est permis car depuis 2007, la vie politique du pays est largement dominée par les revendications contradictoires des deux principales communautés. Avec du côté flamand, une volonté de faire de la Belgique une « confédération », « une accentuation de la tendance centrifuge, conciliable avec la conservation d’un État unique, mais si celui-ci se réduirait à une coquille largement vidée et de sa substance. »

En l’absence d’un espace public commun,le livre interroge la conscience collective des Belges, construite autour d’un double clivage : au clivage linguistique entre francophones et flamands se superpose le clivage idéologique entre un centre de gravité des forces politiques flamandes se situant nettement plus à droite que celui des forces politiques francophones. Une conscience collective qui s’évalue aussi dans le rôle que joue la Belgique dans l’Europe, ce petit pays d’à peine dix millions d’habitants devenu en quelques décennies une fédération multinationale, avec Bruxelles pour capitale. Face à la fédéralisation de l’État belge, la construction européenne est pour la Belgique aussi bien une histoire d’amour qu’un mariage de raison « puisque le terrain européen permet de canaliser les querelles domestiques ».

Par ailleurs, la crise que rencontre cette « unité par défaut » qu’est la Belgique s’ancre bien au cœur des tensions traversées actuellement par l’Union européenne, sans doute parce que ce pays est « un formidable analyseur de l’inconscient historique de l’Europe » à travers « un système institutionnel difficile à lire, une compétition entre États-nations, une légitimité démocratique contestée ; les Belges sont à l’image des Européens ; la Belgique réunit toutes les difficultés de penser et de stabiliser l’Europe. »

D’où dans cet ouvrage, la présentation d’une démocratie belge qui doit repenser ses fondements car son avenir n’est pas assuré : « aujourd’hui, la Belgique oscille entre le projet d’une démocratie multiculturelle et une lente évolution vers une petite enclave balkanisée au cœur de l’Europe. »

INVITE : Astrid von Busekist – RTBF Vidéo.

Namur, la capitale de la Wallonie sans le PS ?

In Un an en... on 11/10/2012 at 06:30

Namur, c’est la capitale de la Wallonie, la troisième ville de la région après Charleroi et Liège. Namur, c’est aussi la seule des grandes villes wallonnes où le PS est dans l’opposition après trente années passées au pouvoir. Alors comment la majorité actuelle (cdH-Ecolo-MR) a-t-elle fait pour diriger la capitale de la Wallonie sans les socialistes ?

Depuis 2006, et après trente ans de pouvoir à Namur, le PS a été rejeté dans l’opposition, suite à l’affaire SOTEGEC où il est reproché à plusieurs membres du collège communal de l’ancienne majorité la prise d’intérêt dans l’attribution de plusieurs marchés publics. Une affaire qui a changé totalement le visage de la ville au profit d’une majorité peu fréquente en Wallonie, composée du cdH, d’Écolo et du MR.

Pourtant, et si l’on en croit les derniers sondages, le PS reste toujours le premier parti à Namur et il le sera sans doute encore en 2012, même si le cdH fera tout pour conserver le mayorat de la capitale wallonne. Durant cette législature, les tensions ont été nombreuses entre la majorité et le PS. D’ailleurs, pour les trois partis de la majorité actuelle, Namur est passée à côté de nombreux subsides auprès de la Région wallonne parce que la PS n’était pas au pouvoir dans la capitale.

Selon Maxime Prévot (cdH), bourgmestre de Namur depuis mars 2012, en remplacement de Jacques Étienne, les difficultés ont été fréquentes.

« Il y a des moments où l’on sent qu’on est ralenti dans la concrétisation de certains projets namurois, du fait qu’on ait osé en 2006 ce crime de lèse majesté de ne pas confier au PS un rôle quelconque dans la majorité namuroise. Par exemple, ce fut le cas au début de la législature quand Michel Daerden (PS) était ministre des sports, Frédéric Laloux, ancien échevin de la Ville, travaillait dans son cabinet. Le hasard faisait que les dossiers namurois peinaient à trouver des subsides pour le financement de halls de sport. J’ai donc dû jouer au rapport de force auprès d’André Antoine (cdH), alors ministre de l’aménagement du territoire, pour bloquer des permis d’urbanisme sur la commune d’Ans, commune que dirigeait Michel Daerden. »

« Il n’y a pas que le PS en Wallonie »

Même constat pour Arnaud Gavroy (Ecolo). Selon lui, Namur a été mise à l’écart par le PS durant cette législature. « On a payé cher le fait que Namur ne soit plus socialiste. Il y a eu un mot d’ordre, surtout au début de la législature. Là où les socialistes ont pu mettre des bâtons dans les roues, ils l’ont fait. Plusieurs dossiers ont été arrêtés par le PS. On se souviendra de la demande de fonds structurels européens où aucun dossier namurois n’a été retenu. Il y avait une volonté claire de ne pas nous soutenir, je l’ai appris du PS lui-même. Mais bon, il n’y a pas que le PS en Wallonie, il y a moyen de faire des choses sans ce parti. »

À la veille des élections communales du 14 octobre prochain, le premier échevin écologiste souhaite la reconduite de la majorité actuelle. Il lance même un avertissement à ses partenaires de coalition : « Il y a un enjeu pour cette élection, c’est clairement est-ce que Namur va continuer sans le PS ou pas. Si un parti de la majorité fait une alliance avec le PS, il donne un mauvais signal à la Wallonie de dire qu’on ne sait pas gouverner une grande ville wallonne sans les socialistes. Le parti qui donnera ce signal, ce sera catastrophique parce qu’il démontrera une bonne fois pour toute que les grandes villes wallonnes ne savent pas faire sans le PS. »

Et ce parti prêt à s’associer au PS pourrait être le MR, un parti divisé entre la reconduite de la majorité actuelle et une alliance avec les socialistes comme en 2000. Mais pour Anne Barzin, tête de liste MR et échevine des finances, tout dépendra des résultats du parti libéral à Namur. « Une tripartie peut avoir des aspects plus compliqués, c’est vrai, mais une bipartite aussi, surtout quand les deux partenaires n’ont pas le même poids politique. Ce qui nous intéresse, c’est le projet qu’on pourra mener pour la ville, les attributions qu’on pourrait avoir, la capacité de peser vraiment notamment sur l’urbanisme ou la mobilité. »

2006, un accident de parcours pour le PS

Du côté de l’opposition socialiste, on réfute totalement le fait que Namur a été mise à l’écart par le PS. L’objectif du parti et de sa tête de liste, Éliane Tillieux, ministre wallonne de l’action sociale, c’est de conserver son leadership à Namur, et même de l’augmenter. Actuellement, le PS est le premier parti dans la capitale wallonne avec 15 sièges au conseil communal contre 13 pour le cdH.

« 2006 a été un accident de parcours pour le PS, et il faut arrêter de stigmatiser notre parti avec ce qui s’est passé lors de l’affaire SOTEGEC. En aucun cas, nous n’avons jamais bloqué un dossier de la Ville de Namur. Ce qu’on constate, il y a des subsides qu’ils ont ratés parce que les dossiers namurois étaient mal ficelés. Depuis qu’Éliane Tillieux est ministre, depuis 2009, la porte a toujours été ouverte, et on n’a jamais vu personne. Pour certains dossiers comme l’aménagement du quartier de la gare de Namur, elle a soutenu ce projet, même si elle ne l’approuve pas. Pendant cinq ans, le cdH a été moribond avec Jacques Étienne, le roi fainéant. Il a fallu que l’on s’approche des élections et que Maxime Prévot devienne bourgmestre pour que Namur se réveille », explique Olivier Rubay, porte-parole d’Éliane Tillieux qui n’a pas souhaité répondre elle-même à nos questions.

Tous les scénarios sont possibles

A quelques jours du scrutin, tous les scénarios sont donc possibles à Namur : le PS veut revenir au pouvoir tandis que le cdH fera tout pour conserver son mayorat dans une grande ville de Wallonie. « C’est clair que Namur est un enjeu pour le cdH. Le changement de bourgmestre au début de cette année, c’était un changement de génération, un changement de dynamique pour permettre au cdH de conserver la capitale wallonne », avoue Maxime Prévot, tête de liste humaniste et bourgmestre sortant.

Du côté des observateurs de la vie politique namuroise, journalistes comme politologues, on suivra de très près les résultats du 14 octobre prochain. Pour Jean-François Paco, chef d’édition du journal L’Avenir, la campagne électorale est restée jusqu’ici très feutrée. « Elle est même très peu agressive. Le programme du PS critique très, très peu au fond les résultats de la majorité sortante. Il faut vraiment aller dans les détails pour trouver des critiques. » Selon lui, une majorité sans le PS dans la capitale de la Wallonie est tout à fait possible.

« On sait gérer une ville comme Namur sans les socialistes. Même si au début de la législature, les relations entre la majorité actuelle et le PS ont été très tendues. C’est vrai que c’était un fait historique que Namur ne soit plus dirigée par les socialistes. Le PS a eu beaucoup de mal à l’avaler et la nouvelle majorité a suspecté certains socialistes de faire de l’obstruction systématique, un peu par vengeance, et donc de porter des difficultés pour l’octroi de subsides. Cela s’est vérifié dans le dossier des fonds structurels européens, Namur n’a rien eu alors que des villes socialistes de la Province de Namur en ont reçus. »

Un manque de leadership au PS

Pour le journaliste namurois, ces tensions ont disparu au fil des ans, notamment par le fait qu’Éliane Tillieux est devenue ministre. « Elle a joué le jeu et elle n’a pas voulu casser à la région ce qui se décidait à la Ville. Mais pendant les premières années d’opposition du PS, le parti a essayé de renforcer sa position à Namur, notamment en mettant à l’avant-plan des personnalités socialistes namuroises. Ce fut le cas de Frédéric Laloux qu’on a bombardé au fédéral. Résultat, ce fut un fiasco total. Il est resté ministre un mois et aujourd’hui, il se retrouve dernier sur la liste aux élections communales. »

Jean-Benoît Pilet, politologue à l’ULB et directeur du Cevipol, a consacré une étude sur la vie politique namuroise. Il fait le même constat que Jean-François Paco. Durant cette législature, le PS a clairement manqué de leadership à Namur. « On était dans une configuration où le PS était bousculé par les affaires. On ne peut pas dire qu’il était en mesure de faire de l’obstruction à Namur. Le parti a donc eu besoin de se construire un nouveau leadership. Le problème, c’est que les socialistes ont mis beaucoup de temps à le trouver et que le PS s’y est mis un peu tard pour qu’il y ait aujourd’hui un leadership incontestable et incontesté en la personne d’Éliane Tillieux. Au final, elle s’est imposée en devenant la seule femme ministre du gouvernement wallon, mais on ne peut pas dire qu’elle a été jusqu’ici très visible. Que se passera-t-il si un autre candidat socialiste comme Frédéric Laloux par exemple fait un meilleur score qu’Éliane Tillieux ? »

Namur, une ville laboratoire

Toujours selon le politologue, Namur est une ville laboratoire : « c’est la plus grosse ville de Wallonie où il y a autant de suspense. Pour le cdH, Namur est l’enjeu principal de ces élections. Si le cdH perd Namur, le parti se retrouvera cantonné à des zones rurales ou à des villes de taille moyenne comme Bastogne ou Mouscron. C’est aussi une ville intéressante à analyser parce qu’il y a à Namur des vraies questions idéologiques sur le type de société qu’on veut avoir en Wallonie. On a vu émerger des choses intéressantes à analyser, notamment avec l’arrivée d’Ecolo qui avait adopté des positions très différentes par rapport à ce qui se faisait avant en matière d’aménagement du territoire. »

Sur le même sujet, un entretien avec Pascal Delwit, politologue à l’ULB

 

La France vue d’en haut (ép.6) : un dimanche à Hénin-Beaumont

In La France vue d'en haut on 07/05/2012 at 18:29

A Hénin-Beaumont, toutes les rues portent un nom d’écrivain. Rue Victor Hugo, rue Jean-Jacques Rousseau, rue Lamartine, rue Voltaire, presque un hommage à Nicolas Sarkozy.

A Hénin-Beaumont, des gosses traînent devant la gare SNCF, fermée le dimanche, et sur un parking à moitié vide. Ils tournent sans but avec leur vélo, ils crient, ils s’amusent à jeter des pierres, à casser des bouteilles entre les voies. Un vieux scooter Peugeot est attaché devant un panneau publicitaire tout défraîchi.

A Hénin-Beaumont, il y a des terrils, il y a L’Estaminet où l’on peut louer une chambre pour 32 € la nuit. Il y a des maisons à vendre, des maisons vides, des vitres cassées, peu de passage dans les rues.

A Hénin-Beaumont, on peut laver sa voiture pour 30 €, « la totale » annonce l’affiche orange fluo.

A Hénin-Beaumont, il y a Marine Le Pen, la candidate est arrivée au premier tour des élections présidentielles avec 35,48% dans son fief électoral. Alors, entre Hollande et Sarkozy, on vote surtout parce qu’il le faut bien, et ce n’est pas un hasard si dans cette ville du Pas-de-Calais de 22.000 habitants, où la présidente du FN est inscrite, le nombre de votes blancs et nuls a été multiplié par six au deuxième tour.

10h56 – Au bureau électoral n°12 de l’école Jean-Jacques Rousseau

Le cerisier de l’école est en fleur. On se dit bonjour, on se salue, chacun a hâte de rentrer chez lui préparer son repas. On parle cuisine, des courses que l’on a faites hier, des enfants et du ciel toujours aussi gris. Dans la cour de l’école, des photographes attendent. Dans la cantine transformée en bureau de vote, des journalistes préparent leur direct sur I-télé et BFM. « On attend Marine Le Pen qui viendra voter ici à Hénin-Beaumont, dans son fief électoral… »

La présidente du FN est attendue vers 12h30, et j’entends une vieille dame rouspéter et s’énerver dans son coin. Je la suis à la sortie du bureau électoral. Elle est en colère, elle voit que je la regarde, elle s’appelle Maryse, elle a 62 ans. Elle vient de voter « pour le candidat du changement », me lance-t-elle alors avec sa voix criarde. « Marine Le Pen, c’est une parachutée. Elle ne vit pas à Hénin-Beaumont, mais elle ramasse les voix de la misère parce qu’il y a trop de chômage, trop d’entreprises qui ont fermé. C’est triste de voir sa ville associée au nom de Le Pen », poursuit Maryse. « J’ai toujours vécu ici, et Hénin-Beaumont est une belle ville, on y trouve de tout, les gens sont très ouverts et il y a énormément d’écoles. C’est cela l’essentiel, il faut rassembler les gens autour de l’école, c’est cela la République ! »

Je laisse Maryse, et je continue d’interroger les gens à la sortie du bureau de vote. Avec sa petite fille sous le bras, Angélique me dit qu’elle a été trop roulée, qu’elle ne croit plus aux promesses. Pascal vient de partir à la retraite. Il a 63 ans. Ce dimanche, il est venu voter, mais sans enthousiasme. « Hollande ou Sarkozy, ce sont deux blaireaux. J’ai voté pour le moins pire. » Deux vieilles dames, Émilienne et Denise, me disent qu’à leur âge, elles ont 83 ans, on n’y comprend plus rien. Derrière leur tailleur rose et vert, elles sont tristes pourtant qu’Hénin-Beaumont soit devenue la ville de Marine Le Pen. « Ce n’est pas une ville pour elle! Mais ça commence à devenir dangereux. »

Beaucoup d’Héninois ont honte que leur ville soit devenu le symbole de la montée du FN et de Marine Le Pen en France. « C’est triste, c’était très vivant avant, il y a 20 ans, mais aujourd’hui, il n’y a plus rien, ni logement, ni emploi, c’est la misère, me confie Yvette, 62 ans. Marine Le Pen, elle manipule les gens à Hénin, c’est tout ce qu’elle sait faire, et ça me fait mal. »

Cette tristesse, je la trouverai encore sur les visages, dans les mots des personnes que je rencontre. « La vie à Hénin-Beaumont ? C’est du n’importe quoi…on n’est pas extrémiste, mais que ce soit la gauche ou la droite, on ne voit rien qui change. Alors Marine Le Pen, ce n’est pas un vote de conviction, mais de contestation à l’Europe, au chômage… », avoue Micheline, 59 ans. Sa fille Marie a 21 ans, elle partage l’avis de sa mère. « J’espère qu’elle sera élue aux législatives, elle le mérite. Aujourd’hui, j’ai voté blanc. Nicolas Sarkozy a donné aux riches, François Hollande aux assistés, à ceux qui profitent du système, et nous, on attend, on espère. Ici, à Hénin-Beaumont, il n’y a rien, même pas aux alentours, c’est une ville morte… »

12h32 – Marine Le Pen est là.

Dans la cantine, il y a des caméras dans tous les coins. Dans la cour de l’école, les photographes attendent en train de mordre sur leur cigarette, ils s’échangent des souvenirs de campagne, le programme de la journée « jusqu’à ce soir à la Bastille ». Un journaliste dit : « je fais le vote de Marine Le Pen en direct ».

Dans le couloir, il y a une journaliste de l’AFP, elle s’appelle Delphine. Je lui demande si je peux lui poser quelques questions sur Hénin-Beaumont. Elle me dit que ce serait avec plaisir, mais c’est la première fois qu’elle vient dans le coin. D’habitude, elle travaille à Lille, et puis, elle revient de congé. Comme moi, elle interroge les électeurs de cette ville du Pas-de-Calais, elle veut recueillir les impressions des électeurs dans cette « terre socialiste sinistrée où Marine Le Pen a été plébiscitée», écrira-t-elle plus tard dans sa dépêche.

Une journaliste de France Bleue vient d’arriver. C’est Claire Mesureur. Elle suit l’actualité à Hénin-Beaumont depuis quelques années déjà. Comme les autres journalistes, elle est venue faire un papier sur le vote de Marine Le Pen pour le journal, un « papier pour rien ». « Tu vas voir, elle vient de Paris dans sa grosse voiture avec ses gardes du corps, et tout le monde l’attend à Hénin parce que c’est ici qu’elle a été élue et elle le sera sans doute aux législatives, élue dans un fief de gauche où elle fait son plus gros score alors que l’UMP n’a jamais réussi à s’implanter ici, même du temps du RPR. »

Dans quelques minutes, Marine Le Pen arrivera. Dans la cantine, il y a soudain plus de journalistes que d’électeurs. Nous sommes peut-être 20, 30 pour voir la présidente du FN à Hénin-Beaumont déposer un bulletin de vote nul. Chacun se prépare. Un journaliste de BFM en costume, « un Parisien » me glisse Claire, répète l’arrivée de Marine Le Pen avec son cameraman. Soudain, des photographes crient : « elle est là! »

Elle entre dans le bureau de vote, entourée par les caméras et des gardes du corps, j’aperçois son visage, celui que j’ai vu mille fois à la télévision. À ses côtés, il y a Steeve Briois, conseiller municipal FN d’Hénin-Beaumont. La scène dure quelques minutes à peine, les gens regardent, certains habitués, d’autres étonnés comme Séverine, 35 ans. Elle semble perdue, elle me demande pourquoi il y a toutes ces caméras, je lui explique. Elle s’en va, Marine Le Pen aussi. Elle vient de quitter le bureau de vote, la troupe de journalistes la suit dans la cour, puis dans la rue Jean-Jacques Rousseau où se trouve la permanence du FN et où serait domiciliée Marine Le Pen.

12h46 – « A Hénin-Beaumont, on est plus fâchés que fachos »

Les journalistes sont partis, certains sont repartis à Lille, d’autres à Paris. Ils se demandent ce qu’ils vont pouvoir manger car la journée sera longue. Je les regarde partir, Marie-Françoise aussi du haut de ses petites lunettes rouges. Elle a voté Mélenchon au premier tour, et « le changement » au second.

« Quand il y a des journalistes à Hénin, on sait que Marine Le Pen est là. Chaque fois qu’elle éternue, ils sont là pour lui tendre un mouchoir.» Quand je lui dis que je suis belge, Marie-Françoise me dit qu’elle vend des frites dans le centre-ville en face de l’église. « Chez Gonzalez, me dit-elle. Je suis d’origine espagnole, et ce qu’on voit avec la montée du FN à Hénin-Beaumont, c’est dramatique. Le chômage augmente, rien ne redémarre, puis il y a la précarité et la corruption… »
Marie-Françoise m’explique que l’ancien maire socialiste, Gérard Dalongeville, a été mis en examen en 2009 pour faux en écritures et usage de faux, détournement de fonds publics. « Le FN y a vu la brèche et en a profité pour s’étendre à Hénin-Beaumont, poursuit Marie-Françoise. C’est très dur car les gens osent s’afficher aujourd’hui en ville comme adhérents du Front national. Beaucoup sont plus fâchés que fachos. »

Depuis que Marine Le Pen s’est installée à Hénin-Beaumont, c’était en 2007, et à chaque jour d’élection quand la présidente du FN vient voter, Marie-Françoise déserte sa ville. Sa friterie est fermée, un peu comme un geste de protestation. « On est présenté partout dans les journaux, à la télé, à l’étranger comme la ville qui vote FN, et le pire, c’est que le phénomène s’étend. Même au lycée de mon fils, en classe, on fait des réflexions racistes. »

Un vieux couple sort de l’isoloir. Ils se tiennent par la main pour s’aider. Ils avancent lentement vers la petite cour de l’école. Je vais les rejoindre pour leur demander mon chemin. C’est Michel, 80 ans et Jeannette, 76 ans. « Tout fout le camp, sauf l’église à Hénin-Beaumont. C’est ce qui nous raccroche », me dit Jeannette. Ils se sont rencontrés à une « surprise-party », me dit Michel. Il était boucher et a toujours vécu à Hénin-Beaumont. « A l’époque, il y avait trois ou quatre ; aujourd’hui, il n’y a plus rien. Pour faire ses courses, il faut aller ailleurs. C’est triste à voir, la ville se vide petit à petit, tout le monde s’en va, il y a beaucoup de maisons à vendre, il y a le chômage qui augmente et les magasins qui ferment les uns après les autres. C’est devenu une ville triste qui a perdu son âme, une ville qui n’attire plus », me dit-il avec aigreur, résignation.

Michel et Jeannette ont voté Marine Le Pen au premier tour, Nicolas Sarkozy au second. « C’est un devoir d’aller voter, mais c’est dommage que ce ne soit pas Le Pen face à Hollande. Car elle sait parler aux gens, elle aurait dû être maire« , ajoute Jeannette. Je leur demande si Hénin-Beaumont est une ville sûre. Michel me dit sans hésitation : « ici, ils vous tuent facilement. » Je ne lui demande pas qui sont ces « ils ». « On ne se sent pas en sécurité, tous les jours, tout est fermé chez à sept heures. » Il m’explique qu’il y a huit jours, un de leurs voisins a vu ses vitres cassées.

13h24 – « C’est pour la viande halal ? »

On se laisse. Je poursuis ma route dans les rues d’Hénin-Beaumont. Au bout de la rue Jean-Jacques Rousseau, j’arrive devant la permanence du FN, je sonne, il n’y a personne. Plus loin, un cinéma, et la place Carnot avec l’église. Quelques cafés, des kebabs aussi où l’on vend de la viande halal. Je rentre au « Kebab Istanbul ». Je rencontre Mehmet, le patron du restaurant. Il me dit qu’il habite à côté de chez Marie Le Pen, mais qu’il ne l’a jamais vue, qu’elle ne vient jamais à Hénin-Beaumont. Il me dit aussi que je ne suis pas le premier journaliste qui vient l’interroger. Il sait pourquoi je suis là. « C’est pour la viande halal ? » On discute.

Il me dit qu’à Hénin-Beaumont, la vie n’est pas facile, il me dit que les gens ne vous parlent pas trop quand vous êtes « étranger ». Cela fait deux ans qu’il vit dans cette petite ville de 22.000 habitants. Il me dit qu’il ne se sent pas à l’aise et qu’on le considère comme un « assisté » alors qu’il travaille « 50 heures par semaine » et qu’à la fin de mois, « tu te retrouves quand même avec rien du tout! ». « Pourtant, sans les étrangers comme moi, il n’y aurait plus rien d’ouvert à Hénin-Beaumont. » Il me parle de sa fille. « Je fais tout pour qu’elle parle bien le français, car c’est très important pour trouver un travail. » Des clients viennent d’arriver, des habitués. « Comme d’habitude, Mehmet! » 

13h56 – « Vous jouez aux courses ? »

Je poursuis mon chemin, je me dirige vers l’hôtel de ville où juste à côté, il y a un bar PMU, « Le Bellevue ». Ici, les seuls résultats qui comptent, ce sont ceux des courses. Les têtes sont tournées vers l’écran de télé, la chaîne Equidia retransmet une course à Agen, d’autres prennent l’apéro en famille. Au bar, au milieu des exemplaires de « Paris Turf », il y a « La Voix du Nord » avec ce titre : « Elysée : élisons ». Je commande un café crème. Personne ne parle des élections, personne n’ira voter ce dimanche.

Derrière le bar, il y a le patron. C’est Momo. Pendant dix ans, il a été taxi à Paris, et depuis un an, il a repris ce bar car à Hénin-Beaumont, « c’est tranquille, même si le business ne suit pas. » Momo a quitté Paris pour le Nord. « Je voulais être éloigné du rythme parisien. Avant de venir ici, je ne connaissais même pas Hénin-Beaumont de nom. Je suis arrivé ici par hasard. »

Quand je lui parle des élections, il me répond : « comment voulez-vous que je vous réponde! Je ne suis pas d’ici, et même si mon café est en face de la mairie, je n’ai jamais vu personne. Ni le maire, ni Marine Le Pen, personne ! » La course va bientôt commencer, tout le monde se tait, je regarde les gens serrer leur billet. « Vous ne jouez pas aux courses ?« , me demande Momo. Je lui dis que non. « Vous avez raison car une fois qu’on a commencé, on ne sait plus s’en passer, c’est comme les femmes. » Plus d’un million d’euros à la clé. Momo a parié sur le six. La course a commencé, les yeux sont braqués sur l’écran, les visages serrés. C’est fini. Le six est arrivé deuxième. « Comme Sarkozy », glisse un client.

On remet la musique, c’est Django Reinhardt et sa guitare. « Sur la politique, je ne dis rien, j’aime mieux rester neutre, continue Momo. Mais c’est vrai, Hénin-Beaumont, c’est une ville triste… » Je règle mon café, une nouvelle course doit commencer. Cette fois, Momo a décidé  de laisser parler la machine, ce sera le numéro 13.

14h28 – Les convoyeurs attendent.

Je passe devant la mairie. En face, c’est la salle des fêtes, transformée ce dimanche, en bureau de vote. Des gens arrivent, on vient en famille, mais les mines sont graves, désabusées, un peu tristes aussi. Un peu plus loin, le club de colombophilie d’Hénin-Beaumont, j’entends des rires, je rentre. Le lieu est délicieusement désuet. Une vieille carte de France, des photos en noir et blanc, la moyenne d’âge est de 50 ans, au moins.

On me regarde étonnés de voir un jeune en ce lieu. Je me présente, on me demande si je fais un article sur la colombophilie. Je dis que non. On me présente Julien, le plus vieux membre du club. Il a 86 ans. A ses côtés, l’équipe de Julien. Il y a Paul, Patrick et Jacques. Ils boivent du Suze, du rosé dans des verres Duralex. J’ai l’impression d’être dans « Les Vieux de la vieille ».

On parle de colombophilie. « C’est de père en fils, on est un jeune colombophile à partir de 50 ans, me dit Patrick avec sa voix d’ogre. On n’a pas été voté, on n’a pas le temps. Les pigeons nous piqueront quand même moins d’argent que les politiciens. » Tout le monde abonde, on se ressert un verre, on me propose aussi un verre de vin. « Le pays est triste, mais pas nous. Ici, c’est le rendez-vous de l’amitié, on se retrouve tous les dimanches depuis des années. On a le moral, et puis la vie est belle puisqu’on vit. »

On parle de politique. « En 2014, Marine Le Pen sera maire d’Hénin-Beaumont, quoi qu’il arrive, explique Patrick. Le FN va y arriver, par la force des choses. Il y a eu trop d’affaires dans la région, trop de corruption : responsables, mais pas coupables. La droite et la gauche ont réussi à nous museler au fil du temps, ces gens-là jouent avec nos voix et la France coule, et nous avec. »

On se ressert un verre. « Quand on rentre ici, on n’est pas prêt de sortir », me lance Julien avec un sourire en coin. On fait des pronostics. « Si c’est Hollande qui gagne, je veux trop voir la gueule de Morano, Copé et Kosciusko-Morizet sur les plateaux télé », ajoute avec un gros rire et la cigarette au coin, Jacques. A Hénin-Beaumont, on appelle François Hollande, « mimolette » parce que c’est « rouge et tendre ». Patrick critique la gestion socialiste à Hénin-Beaumont : « ici, pour une maison qu’on loue 600 €, on paie 1.000 € d’impôts locaux. C’est énorme! »

Il poursuit avec grogne : « je gagne deux fois le SMIC, je suis la vache-à-lait. Je paie à la fois pour les chômeurs et les patrons. » On achève nos verres, il est temps de se quitter. Avant de partir, Jacques me montre des photos avec l’ancien maire socialiste d’Hénin-Beaumont, mis en examen pour détournement de fonds.

16h13 – « On ne vous voit que quand Marine Le Pen est là »

Je poursuis ma route dans les rues d’Hénin-Beaumont. Partout, on voit sur les panneaux des affiches dénonçant le fascisme ou la montée du FN. Partout, dans ce fief où elle ne vient que pour les élections, Marine Le Pen apparaît comme un fantôme. Je repasse devant la permanence du FN, je sonne à la porte, toujours personne.

Un peu plus loin, rue Victor Hugo, la permanence du PS d’Hénin-Beaumont. Le bâtiment est recouvert d’affiches à l’effigie de François Hollande. Des militants attendent et préparent la soirée. Quand je dis que je suis belge, on me demande si je n’ai pas des premiers résultats. Je leur donne les tendances qui donnent François Hollande vainqueur, ils sont tout heureux, prêts à crier victoire.

Ils me disent qu’ils en ont marre de voir des journalistes à Hénin-Beaumont. « On ne vous voit que quand Marine Le Pen est là », se plaint Geoffroy Gorillot. « On récuse vraiment le fait qu’Hénin-Beaumont soit le fief de Marine Le Pen car si elle a été élue conseillère municipale en 2009, elle ne l’est plus aujourd’hui pour cause de cumul de mandats. Elle a laissé tomber les Héninois, le seul mandat où elle n’était pas rémunérée. On déplore surtout que dans la presse, dans les médias, on la qualifie toujours d’élue d’Hénin-Beaumont alors qu’elle n’a plus rien à y faire. »

A quelques heures de la fin du scrutin, Geoffroy n’a qu’une seule idée en tête : la victoire de la gauche et de son candidat. « Concrètement, c’est de l’espoir pour Hénin-Beaumont avec une région qui connaît plus de 20% de chômage, l’un des taux les plus importants de France. Avec François Hollande, on a l’espoir de voir notre région enfin se réindustrialiser. »

16h47 – « Je veux vivre mes rêves, ça ne sert à rien de rêver la bouche ouverte »

Je laisse Geoffroy à ses espoirs, le train pour Lille part dans quelques minutes. Direction la gare d’Hénin-Beaumont où, depuis ce matin, des gosses jouent sur le parking à moitié vide, balancent des pierres sur les voies, cassent des bouteilles en verre. Ils s’amusent, ils rigolent sur leur terrain de jeux improvisé. Je m’approche d’eux. Ce sont des ados à la recherche d’un chien prénommé « NJ ».

Il y a Sarah, elle a 15 ans, elle me demande si je n’ai pas une cigarette. Comme je n’en ai pas, elle retourne à ses occupations, elle trace à la pierre « son nom de scène » : Tchiki Beby. Sarah me dit qu’elle écrit des chansons, qu’elle en a écrit 52, et qu’elle voudrait être un jour chanteuse. Pour le moment, c’est dans sa chambre qu’elle vit sa passion. « Je veux vivre mes rêves, ça ne sert à rien de rêver la bouche ouverte. » Elle me demande si je suis en vacances à Hénin-Beaumont, je lui dis que non. « Dommage, on vous aurait montré les endroits chics. » Je lui demande pourquoi elle aime traîner à la gare. « On voit tout le temps des nouvelles têtes, et puis, à la gare, pas moyen de trouver les embrouilles car à Hénin-Beaumont, il y a beaucoup de jeunes qui les cherchent. » Puis, des agents de sécurité de la SNCF arrivent, ils sont quatre, ils nous interrompent. Ils nous demandent nos billets, je sors le mien, Sarah n’en a pas. Je lui dis au revoir, elle s’en va rejoindre ses potes, un peu plus loin.

17h09- « La montée des extrêmes en Europe »

Les agents partis, les gosses reviennent « squatter » la gare. Sarah revient vers moi, elle veut me chanter une chanson. « C’est du R&B, tu comprends ? » Je l’écoute, et dans une phrase, ce mot inventé par hasard : « politicier ». Elle me demande comment c’est en Belgique. Le train arrive, on se dit au revoir, ses amis la rejoignent, on vient de retrouver le chien « NJ ». Et en montant dans le train, -est-ce un hasard ?-, un passager lit un article dans un numéro d’ Alternatives économiques au titre évocateur : « la montée des extrêmes en Europe » Je me dis en partant d’Hénin-Beaumont qu’il n’y a pas de journalisme sans implication, sans « entretien amoureux ».

A lire aussi une autre version de mon article sur le site Apache.be : « A Hénin-Beaumont, il n’y a pas que Marine Le Pen. Même un dimanche de présidentielles. »

« Op zoek naar Marine Le Pen in Hénin-Beaumont. »

A lire aussi sur Libé.fr : «Mélenchon-Le Pen ? C’est bien pour la région, ça fait venir les journalistes»

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