Lost my job, found an occupation

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« Se reposer ou être libre »

In Un an en..., Un pavé dans la "Meuse" on 28/12/2012 at 16:03

97f0f9b01ae711e2bf34123138105ced_7Tout a commencé en mars comme un coup de tonnerre. J’ai quitté mon poste de journaliste à La Meuse, sans trop savoir où j’allais. « Comme jeune journaliste, j’ai dû bien vite faire le deuil de ce que j’avais appris à l’école, le deuil de la déontologie, et celui de mes propres valeurs, sans aucune retenue. Dès qu’il y avait un fait divers, chacun de mes articles donnaient lieu à un déballage sur la vie des gens, sans jamais m’interroger sur les conséquences qui pouvaient être très souvent dramatiques pour ces gens “ordinaires”. »

Alors, il a fallu repartir de zéro, relancer la machine, panser ses illusions de journaliste. Puis, il y eut ce blog avec ces « pavés dans La Meuse », un écho sur ma courte expérience chez Sudpresse, puis surtout un terrain à exploiter pour aller à la rencontre du réel, pour repenser modestement le journalisme, loin des rédactions moribondes. Vint enfin une nouvelle aventure, celle d’Apache.be avec la possibilité de développer un pure player belge, bilingue et indépendant avec d’autres journalistes comme Sylvain Malcorps, Damien Spleeters, Tom Cochez, Peter Casteels ou Bram Souffreau.

D’Hénin-Beaumont à Athènes

IMGP3268En mai, ce furent les élections présidentielles françaises. A Hénin-Beaumont aussi où Marine Le Pen est arrivée au premier tour avec 35,48% dans son fief électoral. Alors, entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, on votait surtout parce qu’il le fallait bien, et ce n’est pas un hasard si dans cette ville du Pas-de-Calais de 22.000 habitants, où la présidente du FN est inscrite, le nombre de votes blancs et nuls a été multiplié par six au deuxième tour.

En juin, la Grèce retournait aux urnes. Un scrutin aux allures de référendum : pour ou contre l’euro. Un résultat attendu avec anxiété dans toute l’Europe et ailleurs, car les résultats pourraient déstabiliser la zone euro. Pourtant, loin de cette tension, loin des enjeux financiers ou politiques, au cœur même de la capitale européenne, de nombreux Grecs arrivent chez nous chaque jour à Bruxelles pour trouver un emploi et commencer une nouvelle vie. Tous ont décidé de quitter leur pays, faute d’avenir. Ils s’appellent Janis, Constantina ou Pénélope. Ils ont entre 20 et 50 ans. Ce sont les visages « invisibles » de cette crise grecque qui se vit de Bruxelles à Athène.

IMGP3727Athènes justement où avec un taux de chômage historique, les jeunes sont les premières victimes de la crise. Un jeune sur deux n’a pas d’emploi. Cette explosion du chômage a commencé en 2010 avec la crise de la dette et les mesures d’austérité imposées au pays. Depuis, la situation n’a cessé de s’aggraver en raison de la récession qui frappe actuellement la Grèce. Le pays est à bout de souffle, et la jeunesse sans espoir. De plus en plus, beaucoup de jeunes Grecs entre 20 et 35 ans, décident de quitter le pays pour trouver un emploi à l’étranger. C’est le cas de Michail, Kostas ou Maria.

Autre reflet de cette crise, mais cette fois, c’est en Belgique : le suicide chez les agriculteurs. Un sujet tabou. Tellement tabou qu’il n’y aucun chiffre, aucune statistique pour évaluer ce phénomène préoccupant. Car si on ignore combien d’agriculteurs se suicident chaque année, il est établi que c’est une population à risque. Le suicide, c’est sans conteste le symptôme d’une profession en mal d’avenir.

La tentation de l’impossible

Autre profession en mal d’avenir, celle de journaliste. Il y a quelques semaines déjà, on apprenait que la direction du groupe Rossel prévoyait un plan d’économies de 3 millions d’euros pour 2013, dont la moitié s’appliquant à la masse salariale.

Ces transformations soulèvent effectivement une question essentielle pour l’avenir du journalisme. On mesure aisément les défis et les enjeux auxquels sont confrontés les journalistes en Belgique francophone, à la fois acteurs et otages des changements au sein d’un champ en pleine mutation, tant au niveau de la transformation de leur identité, de leur fonction sociale que du point de vue de leurs trajectoires professionnelles. Alors que faire ?

imgp2631.jpgDevenir porte-parole ? « C’est vrai que la profession de journaliste est une profession très lourde en terme de disponibilité et financièrement peu rentable. En Belgique, avec la crise que rencontre la presse écrite notamment, on sait bien que les salaires ne sont pas très élevés », explique Marc Lits, professeur à l’UCL.

« Ce que je constate, c’est qu’il y a une grande difficulté d’être journaliste aujourd’hui. De plus en plus, les rédactions sont des rédactions « low cost ». Je suis surpris de la paupérisation et de la grande précarité du métier où les journalistes sont amenés à faire, pour des raisons alimentaires, le petit buzz, le petit coup médiatique, le petit truc amusant qui tue totalement l’information et le journalisme », ajoute Frédéric Cauderlier, ancien journaliste de RTL, devenu porte-parole du MR.

Mais il y a aussi d’autres voies possibles comme le passage par le récit et la narration. « Les textes diminuent parce qu’on a décrété que les gens n’aimaient pas lire, et puis surtout, on a coupé les budgets, ce qui fait qu’on n’est plus capable de faire de longs articles, c’est vraiment le reflet de la crise du journalisme, c’est moins cher de faire de l’opinion et de la chronique. Pourtant, il y a un vrai besoin d’aller sur le terrain », souligne la journaliste française Florence Aubenas.

Michel Butel(c) France Culture

Michel Butel
(c) France Culture

« Vous savez, lancer un journal aujourd’hui, cela ne doit plus consister à donner des nouvelles comme c’est le cas dans la presse traditionnelle. Il faut aller vers la divagation car je suis convaincu que le journalisme doit explorer le monde intime. Ce qui me déçoit, dans tous les articles qu’on peut trouver, c’est qu’il n’y a jamais aucun lien avec la vie personnelle. Pour le moment, l’actualité ne nous parle pas, c’est ce qui explique que les journaux sont en voie de disparition parce qu’il n’y a plus d’histoire. En cela, il faut une presse politique dans le sens plein du terme comme au temps de l’âge d’or du journalisme, celui des Hugo et des Vallès. C’est la seule façon pour retrouver cet esprit civique, celui d’une presse citoyenne. Aujourd’hui, c’est de moins en moins imaginable de trouver un journal qui remplit ce rôle, et cela va demander du temps pour redonner du sens au journalisme », poursuit Michel Butel, le rédacteur en chef de L’Impossible.

België Bart

En Belgique, jamais aura-t-on autant sans doute parlé de Bart De Wever qu’en 2012. Le président de la N-VA est devenu aujourd’hui incontournable. S’il n’est pas le premier politique flamand à remettre en question l’avenir de la Belgique, rarement l’un d’eux aura autant bénéficié d’une telle image négative en Belgique francophone, mêlant peur, incompréhension et total rejet. « On assiste du côté francophone à un repli communautaire avec un Bart De Wever représenté comme un leader d’extrême-droite, un peu à la Le Pen. Et puis il y a cet autre aspect qu’est la victimisation des francophones, victimes de l’ogre De Wever », expliquait Nicolas Baygert à Apache.be au lendemain des élections communales d’octobre 2012.

phpThumb_generated_thumbnailjpgAu moment où Bart De Wever appelait les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refaisait elle aussi surface. « Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. Et à d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admettait Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp.

Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune. Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique: « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Alors, comme l’a écrit Thucydide, il faut choisir :  « se reposer ou être libre. »

Frédéric Cauderlier : « On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours. »

In Un pavé dans la "Meuse" on 03/12/2012 at 06:14
Frédéric Cauderlier

Frédéric Cauderlier

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache et Michel Henrion, c’est au tour de Frédéric Cauderlier, actuel directeur de la communication au MR.

Pendant douze ans, Frédéric Cauderlier a été journaliste à RTL-TVI et animateur de l’émission « Sans langue de bois », une émission qui passe au crible l’actualité politique. En mars 2011, peu de temps après l’arrivée de Charles Michel à la tête du MR, il est devenu le porte-parole du président de parti. Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

« On va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours »

« Je n’avais jamais imaginé que je serais un jour porte-parole dans un parti politique. C’est vrai que je me posais depuis deux, trois ans des questions par rapport à mon métier à RTL. J’estimais que je tournais en rond et que les perspectives d’avenir ne me semblaient pas exceptionnelles. L’autre aspect, j’ai toujours été passionné par deux choses, le journalisme et la communication politique. Quand j’étais à RTL, j’étais journaliste politique. Sur la fin, j’ai recentré mon activité journalistique sur l’analyse de la communication politique avec l’émission « Sans langue de bois ». Finalement, le fait de devenir porte-parole est une suite logique dans mon parcours, avec cette curiosité de voir l’autre aspect des choses dans un parti politique. Puis le reste, c’est le hasard. Charles Michel est devenu président du MR, il m’a contacté, on en a énormément discuté. Il faut l’admettre, ce n’est pas un passage évident car après cela, on va me coller une étiquette politique jusque dans le restant de mes jours, même si je n’ai pas de carte de parti. Mon métier, c’est d’être spécialiste de la communication du MR, sans être pour autant un mandataire politique. »

« Je ne sais pas si j’aurais pu rejoindre un autre parti »

« Quand on est porte-parole, on doit être en accointance avec le parti politique qu’on représente. Cela ne m’empêche pas de ne pas être d’accord avec toutes les décisions du MR. Quand j’étais journaliste, on m’a souvent proposé de rejoindre des cabinets ministériels, mais cela ne me disait pas. Devenir porte-parole d’un président de parti, cela me motivait davantage, c’était lié aux défis du moment pour le MR et à la personne de Charles Michel. En 2007, le MR était le premier parti francophone, puis il s’est retrouvé en grande difficulté. Puis, il y avait la volonté de Charles Michel de réorienter le MR. Il y a deux ans d’ici, c’était un parti qui n’avait pas une bonne image, c’était un parti décrié tant dans l’opinion publique que dans les médias. Donc les défis étaient important pour moi et je ne souhaitais pas m’installer dans un fauteuil de porte-parole. Je ne suis pas sûr que je serais parti de la rédaction de RTL pour aller dans un parti qui, sans rien faire, fait des scores extraordinaires. »

« L’agenda est sans cesse bousculé »

« Le monde politique est un monde qui vit avec ses codes et on a beau comme journaliste le côtoyer en permanence, je pense que tant qu’on n’est pas dedans, on ne peut pas avoir une vue exhaustive de la vie politique. Comme journaliste, je pensais que tout était millimétré, tout était orchestré dans la communication politique. Mais ce n’est pas vrai ! Il se passe des choses qu’un porte-parole ne soupçonne pas quand on se lève le matin. La grande difficulté, c’est qu’on est confronté comme porte-parole à de la communication de crise parce que les journalistes nous appellent rarement pour vous annoncer une bonne nouvelle, c’est plutôt quand il y a des polémiques où il faut réagir dans la seconde. Par exemple, je n’aurais jamais imaginé une seconde le divorce du MR avec le FDF, et même Charles Michel n’aurait pas pu l’imaginer. Pendant des semaines, on a été dans de la communication de crise. Donc l’agenda est sans cesse bousculé, tout évolue si vite, 24 heures, c’est énorme, on travaille plus dans une forme d’improvisation. »

RTL = MR, RTBF = PS ?
« Cette image collée à la chaîne privée m’a toujours énervé. Paul Magnette (PS) a joué sur cette image en parlant de MRTL. Cela a plu à l’univers médiatico-politique qui aime bien cracher sur cette chaîne. Je suis persuadé que le public ne fait cette association entre le MR et RTL. En dix ans de métier à RTL, l’indépendance a toujours été totale, et le seul parti avec lequel j’ai eu des difficultés comme journaliste politique, ce n’était pas le MR. Puis d’autres journalistes de la chaîne sont partis travailler pour les autres partis, Ecolo, PS ou cdH, car l’un dans l’autre, dans chaque rédaction, il y a une connivence naturelle entre les journalistes et les politiques. On peut dire la même de la RTBF. Le raisonnement que je tiens pour mon ancien employeur, je le tiens aussi pour le service public : ce n’est pas la chaîne du PS. D’ailleurs, si on regarde la grille éditoriale des journaux, le JT le plus regardé par les électeurs socialistes, c’est celui de RTL parce que c’est une chaîne populaire, qui joue un peu sur les peurs, tandis que le JT de la RTBF, plus intellectuel, plus scolarisant, c’est au fond plus l’électorat du MR. Selon moi, ce qui peut expliquer une collusion entre les médias et les politiques, c’est quand un porte-parole retourne dans sa rédaction et redevient du jour au lendemain journaliste politique au bout de trois ou six mois comme si de rien n’était. »

A l’heure du buzz et des rédactions « low cost »

« Je crois que c’est important qu’un porte-parole soit un ancien journaliste car il comprend mieux qu’un autre les besoins des journalistes. D’un autre côté, le journaliste ne comprend pas les difficultés du communicateur, en réclamant une réaction dans les quinze secondes. Ce n’est pas toujours faisable, pas parce qu’on n’a pas d’idée, mais viennent se poser des questions de disponibilité, et puis, avant de prendre une position ou de réagir, il est sain d’attendre. Car ce que je constate, il y a une grande difficulté d’être journaliste aujourd’hui. De plus en plus, les rédactions sont des rédactions « low cost ». Je suis surpris de la paupérisation et de la grande précarité du métier où les journalistes sont amenés à faire, pour des raisons alimentaires, le petit buzz, le petit coup médiatique, le petit truc amusant qui tue totalement l’information et le journalisme. Cette attitude-là est risquée car on va en revenir à une forme de communication très institutionnalisée, très quadrillée. Ensuite, du côté du monde politique, cela entraîne une grande méfiance puisque les journalistes sont à la recherche de petit mot. Il est devenu dangereux de faire du off, de l’humour, de laisser la caméra tourner en permanence. C’est un phénomène qui m’inquiète vraiment. »

Michel Henrion : « le risque absolu pour un porte-parole, c’est de devenir militant »

In Un pavé dans la "Meuse" on 26/11/2012 at 07:00

Michel Henrion

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Après Alain Gerlache, c’est au tour de Michel Henrion, journaliste, blogueur et spécialiste des médias, il a surtout été le porte-parole de président du PS, Guy Spitaels, à l’époque où on le surnommait « Dieu ». Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

Michel Henrion, c’est l’un des spécialistes de la communication politique les plus suivis en Wallonie et à Bruxelles : cinquième au ‘‘Top 100 des influenceurs » du Vif-L’Express en février 2012, premier au « Top Ten des journalistes francophones belges » dans ce même classement. Chaque semaine, sur les réseaux sociaux, à la télé ou à la radio, il intervient pour analyser les faits et gestes, faire et défaire les réputations du cirque médiatico-politique de notre pays. C’est que l’homme fréquente depuis longtemps les coulisses de la vie politique belge, des couloirs du Parlement au trottoir de la rue de la Loi. D’abord comme journaliste au Pourquoi Pas ?, puis surtout, pendant huit ans, comme porte-parole de Guy Spitaels, président du PS entre 1981 et 1992, avec lequel il a mené sept campagnes électorales. Rencontre pour Apache.be avec ce « spin doctor » de la politique belge.

Le risque ? « Devenir militant »

« Quand je suis devenu attaché de presse de Guy Spitaels, j’étais journaliste. Je connaissais l’homme, j’avais eu l’occasion de le rencontrer et de l’interviewer. Pour moi, il ne s’agissait en aucun cas de devenir militant ou candidat à une élection, je ne l’ai jamais envisagé. Comme journaliste, on peut avoir des affinités politiques. C’est ce qui conduit d’ailleurs à devenir porte-parole, mais le pire, et c’est qu’il faut éviter à tout prix, c’est de devenir militant. C’est le drame absolu pour un journaliste. Au contraire, on doit garder ses réflexes de journaliste et ne jamais mentir à ses anciens confrères, pour leur raconter des histoires et faire des effets d’annonce dans les journaux, au risque de perdre très vite toute crédibilité. »

Savoir garder ses distances

« Comme porte-parole, il faut savoir garder une distance, une liberté d’action, jouer un jeu personnel par rapport à son ministre ou son président de parti car les cabinets sont un monde clos où l’on ne retrouve que des militants, vénérant leur ministre. Cette distance du porte-parole est essentielle pour pouvoir informer les autres journalistes. C’est la seule façon d’être considéré et de nouer des relations intéressantes avec un homme politique. Car entre les politiques et les journalistes, les normes sont différentes et le monde politique est un monde très arriéré par rapport à la communication. J’ai donné des documents à des journalistes, et si Guy Spitaels l’avait su, il en aurait été horrifié et ne me l’aurait pas permis. Après tout, on ne vend pas un produit alimentaire, on propose de l’information. »

L’envers du décor ? « On n’est plus dupe de rien »

« Quand un journaliste arrive dans un cabinet politique ou quand il devient porte-parole, il découvre l’envers d’un décor qu’il pouvait à peine soupçonner. Pour moi, c’est la meilleure des formations pour les journalistes parce qu’ils méconnaissent les luttes de pouvoir au sein d’un gouvernement, d’un cabinet ou d’un parti, où l’on compte ses pires ennemis, ou encore la pression des lobbys. Après cela, un journaliste n’est plus dupe de rien. Quand j’étais porte-parole, le directeur d’un groupe de presse et son directeur de rédaction sont venus me trouver pour demander des subsides pour ouvrir une imprimerie, en me disant que les colonnes dans ses journaux étaient ouvertes pour toute interview avec Guy Spitaels. Je peux comprendre l’argument économique du directeur du groupe de presse, mais pas celle du directeur de la rédaction qui ne disait rien. Moi, comme journaliste, j’étais ahuri, je n’en revenais pas. Mais c’est le genre de chose que l’on ne sait découvrir que quand on est porte-parole. Avant cette expérience, j’étais d’une grande naïveté. »

Devenir porte-parole, souvent une nécessité financière pour les journalistes

« Depuis les années 80, on n’imagine plus un politique sans un attaché de presse ou un conseiller en communication. Du coup, le milieu journalistique, c’est le milieu dans lequel les politiques vont puiser puisque les tâches d’un journaliste ou d’un porte-parole sont très proches : il s’agit de communiquer à des électeurs ou à l’opinion publique. Sans compter que le métier de journaliste est dévalorisé depuis longtemps : les salaires sont bas, beaucoup de journalistes ont du mal à nouer les deux bouts, les rédactions réduisent les coûts. C’est un métier où il est difficile d’en vivre, et si on n’a pas tout ce qu’il faut pour s’installer dans cette profession, le métier de porte-parole apparaît pour beaucoup comme une solution. »

Michel Henrion sur sa passion des médias (RTL.be)

Wallonie-Bruxelles : Plan B, vous avez dit Plan B ?

In Un an en... on 23/11/2012 at 06:34

Si en Flandre, on se prépare (déjà) pour le confédéralisme, en Wallonie et à Bruxelles, on évoque une autre voie possible, celle d’un Plan B réunissant les deux régions dans une fédération. Scénario réaliste ou coup de bluff des partis francophones face aux exigences nationalistes flamandes ? L’idée n’est pas neuve pour les francophones, elle revient un peu comme les jeux olympiques d’hiver. Un article à lire en intégralité sur le site Apache.be

Au moment où Bart De Wever appelle les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refait surface. Il y a quelques semaines, les présidents des partis francophones se sont réunis « secrètement » au siège du PS pour définir la meilleure façon d’accueillir les nouvelles compétences vers les entités francophones, en réunissant la Commission Wallonie-Bruxelles, un « machin » qui avait rendu un rapport en 2008 pour essayer de tracer les lignes d’un avenir francophone en Belgique.

En apparence, il s’agissait donc de mener à bien la 6e réforme de l’État, mais on ne doute pas une seconde que les présidents de parti auront aussi évoqué la question du confédéralisme que Bart De Wever veut négocier après sa victoire aux élections communales du 14 octobre dernier. Et pourquoi pas après tout l’idée d’un Plan B ? Après tout, bien avant les élections, en septembre dernier, Charles Piqué appelait sur la RTBF à « ne pas oublier le Plan B pour la Belgique » : « Le plan B ne nous a jamais quittés. Comment voulez-vous que du côté francophone on oublie la nécessité de penser, sans plaisir et enthousiasme, à un plan B alors que les Flamands les plus influents annoncent eux carrément un plan B ? », affirmait-t-il.

Toujours selon le ministre-président bruxellois, l’ensemble du milieu politique francophone ne pensait pas assez à ce Plan B. « Peut-être que certains ont encore l’illusion aujourd’hui de sauver le pays. » Au même moment, dans Le Soir cette fois, Benoît Lutgen, le président du cdH évoquait au sujet d’un Plan B que les francophones devaient « se préparer sans attendre ».

Mais même s’il existe, même si les politiques l’évoquent dans les médias, le Plan B reste encore un projet bien discret. Chez les universitaires, on préfère d’ailleurs rester prudents et ne pas trop évoquer la question. « Dire que le plan B existe et que les francophones le préparent, ce serait faire le jeu de Bart De Wever », avoue un observateur.

« Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. À d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admet Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp. « C’est depuis septembre 2010 qu’on évoque du côté francophone la possibilité d’un Plan B au moment où Elio Di Rupo demande au roi d’être déchargé de sa tâche de préformateur. On est alors dans un moment de crispation et de blocage au niveau des négociations institutionnelles parce que les partis flamands, CD&V en tête, demandent de discuter de la loi de financement. C’est dans ce cadre que des francophones ont parlé du Plan B avec une certaine consistance, avec les apparences de la détermination. Je dis des francophones parce que toutes les déclarations venaient alors du PS, les autres partis étant restés prudents voire muets à ce sujet. Cela a duré un petit moment puis les négociation ont repris. Mais ce n’était pas une simple sortie isolée du PS. »

Car pour Vincent de Coorebyter, un autre élément a également pesé dans la balance du Plan B : la décision de rebaptiser en la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Cela fait partie d’un même contexte politique. Il est évident que parler d’une Fédération Wallonie-Bruxelles entrait en convergence le Plan B, même si, officiellement, il s’agissait de régler les rapports entre les institutions régionales et communautaires. On voit très bien en quoi ce changement de nom est une perspective symbolique en vue d’une éventuelle fin du pays, avec une Belgique résiduelle composée de la Wallonie et de Bruxelles. Le message étant : nous ne laisserons pas partir la Flandre avec Bruxelles. »

De son côté, Giuseppe Pagano, économiste à l’UMons, explique qu’il n’y a pas encore eu côté francophone une étude complète sur le Plan B en cas de scission du pays.

« Le Plan B est un scénario peu probable à court terme, même si la N-VA a la majorité absolue en Flandre en 2014. Il faudra quand même négocier, et vu le temps que cela a pris pour la 6e réforme de l’État qui va beaucoup moins loin que le confédéralisme ou la scission du pays, on imagine aisément le temps qu’il faudrait pour une scission complète du pays avec au centre des négociations la question de la dette publique et de Bruxelles. »

Actuellement, Giuseppe Pagano est l’un des experts à la tête du plan Horizon 2022, un plan lancé en Wallonie en septembre dernier, mais qui est loin de faire l’unanimité au Sud du pays.

« L’idée de ce plan, ce n’est pas du tout de préparer un Plan B. Il s’agit de voir comment la région peut intégrer les nouvelles compétences prévues dans la 6e réforme de l’État, et avec ces nouveaux leviers, comment on peut réduire l’écart économique entre la Wallonie et la Flandre. »

Reste qu’en cas de scission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si la Belgique éclate, la Wallonie ne pourrait faire cavalier seul. Sans transfert financier de la Flandre, la Wallonie perdrait 6 milliards d’euros, soit le budget wallon actuel. Avec Bruxelles, une scission du pays serait moins difficile pour le sud du pays.

A côté de ces données chiffrées, il y a une autre réalité. Plus qu’un simple transfert financier de 6 milliards d’euros, un Plan B serait une « perte pour toutes les régions du pays ». C’est ce qu’affirme Robert Deschamps, économiste au Cerpe à Namur. En 2007, il a étudié le coût d’une scission du pays comme une « hypothèse plausible ».

« Flandre, Wallonie et Bruxelles, les trois régions vont toutes perdre si l’on négocie une scission du pays. Si chacun pense que la négociation sera à son avantage, ce ne sera évidemment pas le cas. Le coût d’une scission du pays entraînerait une perte du bien-être économique et une baisse de l’emploi pour les trois régions. »

A l’époque, et bien avant son apparition en mai 2011, Robert Deschamps prônait la création d’une Fédération Wallonie-Bruxelles qui « réduirait la perte du bien-être économique que la scission leur imposerait ». Il ajoute aussi que le confédéralisme aboutirait d’une manière ou d’une autre à la scission du pays.

« Autrement dit, on scinde toutes les compétences qu’un partenaire au moins (la Flandre, en général) veut scinder. Au vu des compétences scindées dans les propositions confédéralistes connues, on aboutirait rapidement à la scission du pays : les dépenses de sécurité sociale, les soins de santé, le chômage, la fiscalité, la SNCB, la négociation salariale, le droit du travail, la justice. »

Avec la victoire de la N-VA aux dernières élections communales et la proposition de Bart De Wever de négocier un modèle confédéral, ne risque-t-on pas de devoir mettre la 6e réforme de l’État en veilleuse ? « En aucun cas », souligne Benoît Bayenet, économiste et expert en finances publiques, qui a suivi les négociations institutionnelles pour le PS.

« Ce qui est perturbant dans le débat actuellement, c’est que la 6e réforme de l’État n’est pas encore écrite, ni votée, qu’on n’a pas encore mesurer l’impact de ces transferts de compétences sur les politiques régionales qu’on prépare déjà une nouvelle réforme, nettement plus difficile et plus longue à négocier, celle du confédéralisme, sans trop savoir ce qu’on y met dedans. Cette 6e réforme donne un pouvoir considérable aux régions et aux communautés du pays. Désormais, les entités fédérées auront des leviers budgétaires bien plus importants que ceux de l’État fédéral. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on n’a pas encore épuisé les cinq résolutions du parlement flamand et qu’une 7e réforme de l’État est incontournable, mais cela peut tout à fait se faire dans un cadre fédéral. »

Quant au Plan B, même s’il est difficilement imaginable à court terme, il faut effectivement pouvoir réfléchir à ce Plan B francophone :

« on ne doit pas avoir peur d’examiner du côté francophone la possibilité de pouvoir assumer des compétences qui donneraient de nouveaux leviers politiques et économiques pour assurer le développement de la Wallonie et de Bruxelles. Il faut oser débattre et examiner cette question », ajoute encore Benoît Bayenet.

En attendant, et avant 2014 au moins, le Plan B restera, un peu comme le confédéralisme, à l’état de questions, tant pour les spécialistes que pour les citoyens.

Alain Gerlache : « on n’imagine pas la part d’improvisation au 16, rue de la Loi »

In Un pavé dans la "Meuse" on 18/11/2012 at 07:00

Alain Gerlache

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes franchissent ce pas au point que le phénomène soit devenu banal. Rencontre avec ces visages, ces voix ou ces signatures connues qui ont décidé du jour au lendemain de quitter leur rédaction pour devenir attaché de presse auprès d’un ministre, d’un président de parti ou même au sein d’une entreprise. Aujourd’hui, rencontre avec Alain Gerlache, journaliste à la RTBF et ancien porte-parole de Guy Verhofstadt entre 1999 et 2003.

Un article à lire en intégralité sur le site APACHE.BE

Aujourd’hui, Alain Gerlache est le spécialiste des médias interactifs sur la RTBF. Chaque matin, les auditeurs peuvent l’entendre dans Mediatic où il revient sur la révolution numérique. On l’oublierait presque mais pendant des années, Alain Gerlache a été le journaliste politique de la RTBF avec son émission A bout portant qui voyait défiler tout les hommes et femmes politiques du moment. C’était en 1996 et 1999, année où il est devenu, à la surprise générale, le porte-parole de Guy Verhofstadt. Pour nous, il revient sur son métier de porte-parole.

La rencontre avec Guy Verhofstadt

« C’est Guy Verhofstadt qui m’a appelé. Je ne le connaissais pas très bien. Je l’avais interviewé quelques fois. C’est lui qui m’a fait la proposition et cela correspondait à un moment où j’avais envie de changer d’air à la RTBF. Ce qui m’a plus dans cette proposition, c’est que c’était une époque où il y avait un grand changement. C’est un gouvernement inédit, une coalition qui n’avait jamais existé avec un premier ministre libéral. J’ai trouvé que c’était une aventure à tenter. Cela avait surpris tout le monde, et je ne crois pas que dans une autre situation, j’aurais franchi le pas. »

La fin d’un sacerdoce

« Si de plus en plus de journalistes quittent leur rédaction, c’est parce qu’il y a une grande précarité dans le métier. Devenir porte-parole, cela permet de mieux gagner sa vie, en continuant de faire un métier dans la communication. Ce à quoi on assiste, c’est à une banalisation de ce changement qui s’accompagne d’une désacralisation du journalisme où on n’a plus l’impression que le journalisme est un sacerdoce, le journalisme est une profession. Comme n’importe quel métier, on peut passer à un autre métier, à une autre entreprise. Cela fait partie de l’évolution du monde journalistique. Désormais, on a une vision plus professionnelle de cette fonction, d’où le fait qu’on puisse y passer de l’une à l’autre, sans trop de problème. C’est devenu banal, et plus comme une trahison des idéaux journalistiques. »

De l’autre côté de la rue de la Loi… l’improvisation et le hasard

« Je ne dirais pas qu’on découvre tout, ce n’est pas cela. Mais comme journaliste, il y a quand même des choses que je connaissais mal, que je n’imaginais même pas. Ce ne sont pas les jeux politiques qui m’ont le plus frappé, mais ce qui m’a étonné, c’est que comme tout journaliste, on a l’impression que tout en politique a été pensé, réfléchi, mais en réalité, la part d’improvisation et du hasard est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. C’est ce qui fait qu’on croit qu’il y a des tas de tractations, là où il n’y a que l’effet du hasard. Il n’y a pas que cela. La vie politique est quand même moins organisée et systématisée qu’on ne le croit. Régulièrement, il m’est arrivé de devoir répondre à des questions, sans encore connaître la position de Guy Verhofstadt, et je ne pouvais pas le montrer car on a sa crédibilité à conserver. Je répondais donc comme je pensais qu’il allait répondre. Pour pallier à cette difficulté de l’improvisation, c’est important d’avoir un œil sur tous les dossiers et d’avoir une connaissance approfondie avec la personne pour laquelle on travaille. Il faut être plongé là-dedans à 1000 % »

En dix ans, le métier a changé

« Mais le métier que j’ai fait avec Guy Verhofstadt entre 1999 et 2003 n’a plus rien à voir avec celui qui existe aujourd’hui. C’est plus complexe, plus compliqué, plus lourd à gérer. Quand j’étais porte-parole de Guy Verhofstadt, on était rythmé par la télé, la radio, la presse, mais maintenant, tout est instantané, il faut réagir en permanence. Cela change complètement le travail de l’attaché de presse. C’est plus compliqué aujourd’hui et en même temps, cela permet de développer un autre type de communication.  »

Devenir militant ?

« Comme il s’agissait de devenir le premier ministre flamand, ce n’est pas aussi marqué que si j’avais travaillé pour un ministre ou un parti francophone. Ensuite, le premier ministre n’est pas amené définir la position d’un parti, mais celle d’un gouvernement et des partis qui le compose. On le voit bien avec Di Rupo aujourd’hui, il n’est plus aussi marqué socialiste qu’avant, cela vaut aussi pour son service de presse. Puis, ce n’est pas nécessaire d’être dans un parti ou de passer dans un cabinet pour un journaliste militant. Je connais des journalistes, passés par la case attaché de presse, qui sont d’une rigueur totale. Mais passer par un cabinet ministériel, cela apporte énormément à un journaliste. Le paradoxe, c’est que je serais un bien meilleur journaliste politique maintenant qu’avant. »

Retour à la rédaction

« Ce qui m’a toujours posé question, c’est de savoir comment on est perçu par le public quand on passe de journaliste à porte-parole, et inversement ? Quand je suis devenu porte-parole, je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire par la suite. Mais en revenant à la RTBF, j’ai préféré ne plus faire d’actualité politique car quelque soit mon engagement pour être rigoureux, impartial dans mon travail de journaliste, je ne serais pas perçu par le public comme objectif ou neutre. J’ai donc préféré m’abstenir et me consacrer plutôt aux évolutions de la communication. »

Un pavé dans « La Meuse » (ép.16) : journaliste, une illusion perdue ?

In Un pavé dans la "Meuse" on 23/10/2012 at 07:31

Jusqu’ici, les contours de la profession journalistique sont restés difficiles à observer, il n’en reste qu’en Belgique francophone, le groupe professionnel des journalistes n’a eu de cesse de se modifier ces dernières années, notamment par la féminisation du métier, l’élévation du niveau d’études, mais aussi par des conditions de production dégradées ou par une plus grande diversité des statuts des journalistes en fonction du média, du type de travail ou d’entreprise (EGMI, 2011).

Ces transformations soulèvent une question essentielle pour l’avenir du journalisme, celle de la métamorphose du support d’information comme pourvoyeur de nouvelles, celle aussi de la qualité et de la fiabilité de l’information, de la spécificité des contenus, celle enfin du rôle et de la responsabilité sociale du journaliste.

Ces dernières années, cette évolution s’est d’ailleurs amplifiée avec l’avènement du journalisme sur le web. Le statut des journalistes comme leurs pratiques s’en sont retrouvés bouleversés, si l’on en croit les propos de certains éditeurs de presse comme Bernard Marchant du groupe Rossel : « Le travail du journaliste ne sera plus d’informer, les gens sont déjà surinformés ».

Ces propos datent de février 2012 au moment même où le premier éditeur de presse francophone annonçait des synergies entre Sudpresse et Le Soir, pour la déclinaison des informations locales et régionales dans plusieurs journaux du groupe, sans contrepartie financière pour les journalistes employés et indépendants.

À partir de cet exemple récent, on mesure aisément les défis et les enjeux auxquels sont confrontés les journalistes en Belgique francophone, à la fois acteurs et otages des changements au sein d’un champ en pleine mutation, tant au niveau de la transformation de leur identité, de leur fonction sociale que du point de vue de leurs trajectoires professionnelles.

La fin du professionnel de l’information ?

D’abord, on assiste à la remise en cause de l’un des rôles premiers (si ce n’est le premier rôle ?) des journalistes, à savoir celui d’ « informer », c’est-à-dire « ce qui apprend quelque chose au destinataire du message et le rend plus riche en connaissances » (EGMI, 2011 : 171). En contestant cette fonction sociale, en admettant que le public est déjà « surinformé », on peut se demander quels sont les rôles actuels du journaliste. S’il n’est plus un professionnel de l’information, que lui reste-t-il alors comme rôle social ? Aujourd’hui, avec la révolution technologique, on constate un renversement du statut du journaliste, à savoir que ses interventions sont de plus en plus limitées, en lien notamment avec la refonte des modes d’accès classiques à l’information.

En Belgique comme ailleurs, avec les développements du journalisme sur Internet, les contextes de production, de diffusion et de réception de l’information ont été totalement bouleversés, très souvent au profit du « développement de la dictature du culte de l’immédiateté » (EGMI, 2011 : 167). Désormais, informer le public consiste la plupart du temps en une course à l’instantanéité, dans un contexte de concurrence accrue, de « marchandisation » croissante de l’information (Jespers, 2006), où le rôle de fournisseur d’information du journaliste se réduit à n’être qu’un simple relais, sa seule compétence étant celle d’instiller des articles le plus rapidement possible, souvent au détriment de la fiabilité et de la vérification des informations (EGMI, 2011 : 165).

D’où des informations de plus en plus factuelles, souvent événementielles, quand elles ne sont pas uniformisées ou formatées. Un phénomène qui dénature le modèle journalistique, qui altère la sélection des informations, leur hiérarchisation et qui réduit la mission d’explication et d’interprétation du journaliste à peau de chagrin puisque « la quantité et la qualité du contenu informatif des médias dépendent moins aujourd’hui de facteurs idéologiques que de facteurs socio-économiques » (Jespers, 2006).

Le risque de la « malinformation »

Ce phénomène, c’est ce qu’on a appelé la « malinformation » (Heinderyckx, 2003) ou la « surabondance informative » (Grevisse, 2010). Cela s’apparente à une menace pour l’activité journalistique, parce que la profession est d’abord et surtout exposée aux mutations technologiques et organisationnelles.

Car pour les opérateurs médiatiques, il s’agit de disposer d’un personnel polyvalent capable de décliner sur plusieurs supports le même contenu, d’en faire davantage, en moins de temps, sans recul parfois par rapport à l’événement. En cela, la fonction majeure du journaliste se résume à n’être plus qu’un « médiateur », un relais « officiel » entre les contenus et le public puisqu’avec Internet, il connaît désormais les intérêts effectifs des lecteurs et va donc chercher à capter un plus grand nombre (Degand, 2012).

La logique commerciale l’emporterait ainsi sur une logique culturelle du journalisme, celle du décryptage, de l’analyse et plus globalement celle de contre-pouvoir, pour pousser au contraire à une « mercantilisation de l’information » (Woodrow, 1992), une « spectacularisation » (Libois, 1994) au détriment de l’intérêt public dans une confusion constante entre information et consommation :

« Les médias recherchent le plus haut niveau de consommation possible et, pour attirer davantage de lecteurs et d’auditeurs ou de téléspectateurs, ils choisissent des options consensuelles, finissant par tous se ressembler »(Jespers, 2006).

L’édifice journalistique ébranlé

Par ailleurs, à côté de l’organisation des contenus et des modifications de consommation de l’information, il y a une autre réalité, économique celle-là, qui touche directement aux conditions de production, dans un secteur en pleine mutation, atteint à sa base, par l’éclatement du lien entre le média et le support. D’où la nécessité de l’adaptation d’un journalisme qui doit passer « par la mise au jour d’un nouveau modèle d’adéquation de ces multiples contenus à des temps recomposés de consommation » (Grevisse, 2010).

Une réalité économique qui, certes n’est pas neuve, ni strictement limitée à un marché comme la Belgique mais qui s’intensifie selon les médias, notamment par des baisses d’effectifs, des restructurations, plans sociaux ou synergies, quand ce ne sont pas des manques de moyens, tout simplement pour développer de nouvelles stratégies rédactionnelles.

En presse écrite quotidienne, par exemple, l’effectif moyen a diminué de près de 200 unités en dix ans entre 2000 et 2009. (EGMI, 2011 : 29) Tandis que sur Internet, les journalistes, exposés à l’immédiateté, sont exclus des tâches valorisantes du journalisme, et voient ce pôle novateur sous-financé par les éditeurs. (Degand, 2012) Avec un sentiment pour les journalistes, en tant que groupe professionnel, celui d’une « précarisation du métier », notamment auprès des plus jeunes, avec un nombre de journalistes pigistes qui a augmenté de manière significative1 tandis que le nombre de journalistes employés diminuait:

« Cette précarisation de la profession se traduit également par l’augmentation du recours aux pigistes. Extérieurs à l’entreprise, ils sont plus facilement corvéables et n’ont pas leur mot à dire sur le contenu, le choix et l’angle des papiers qui leur sont commandés » (Broissia, 2007).

À côté de cela, et compte tenu des difficultés financières rencontrées par de nombreux quotidiens, il faut souligner des conditions de travail dégradées pour les journalistes, « premières victimes de la crise de la presse », « privés de terrain par le manque de moyen, contraints de se limiter au desk  » (EGMI, 2011 : 133).

Un phénomène d’autant plus accru qu’avec la révolution numérique, les opérateurs médiatiques préfèrent investir davantage dans la distribution que dans le rédactionnel où la plupart des entreprises d’information persistent notamment à offrir en ligne, gratuitement des contenus, vendus sur des supports traditionnels dont les bénéfices diminuent d’année en d’année. Difficile dès lors d’investir sur le « terrain » du journalisme, spécialement au niveau de l’offre des contenus éditoriaux (enquête, reportage…) ou du développement de nouvelles approches rédactionnelles (Grevisse, 2010).

Tout cela ébranle l’édifice journalistique, et avec lui, la constitution d’un espace public démocratiquement adapté à notre époque où les journalistes assumeraient totalement leur rôle de contre-pouvoir. Car «  […] parallèlement à la dégradation de leurs conditions matérielles de travail, nombre de journalistes dénoncent la multiplication des atteintes portées à leur indépendance »(Broissia, 2007 ).

Et l’on peut se demander, à la lueur de ce constat, si la logique commerciale ne risque pas de l’emporter sur la logique culturelle du journalisme, en favorisant un journalisme de la demande, et plus de l’offre, en faisant peser de plus en plus aussi les contraintes économiques sur la fabrication de l’information et la recherche de la vérité ?

Car c’est à partir de ce double statut paradoxal, de cette ambiguïté intrinsèque entre la liberté d’expression et la liberté d’entreprise que le journalisme n’a cessé de définir et de réinventer ses identités professionnelles et ses enjeux éthiques. C’est donc ce fragile équilibre entre les valeurs d’usage et les valeurs d’échange qu’il s’agit d’interroger pour analyser les mutations des identités professionnelles et des conditions de travail des journalistes en Belgique francophone.

« Tout est plus flou » : une complexification des statuts du journaliste

Par ailleurs, cette accélération de la fabrication de l’information a conduit à une évolution des statuts du journaliste qui se sont multipliés et complexifiés. En ce sens, le journalisme sur Internet a secoué les habitudes des médias et les pratiques journalistiques, il a bouleversé les circuits de production, de diffusion et de réception de l’information, et ce, auprès d’un public de plus en plus difficile à cerner. Il a fait peser davantage sur les journalistes les contraintes de production, faute d’un modèle rédactionnel et économique adéquat, tout en réduisant les marges d’autonomie de ceux-ci face aux méthodes et aux techniques de la communication politique, économique ou culturelle (Grevisse, 2010).

Car aujourd’hui, comme les contraintes et les doutes sont multiples, on assiste donc au sein de la profession à « un inconfort identitaire en constante reconfiguration », et on constate enfin, au sujet des fonctions sociales du journalisme auprès du public, (et parfois auprès des journalistes eux-mêmes), « des représentations fortes et stéréotypées » (Grevisse, 2010).

D’où l’impression actuelle d’une crise des valeurs auprès des journalistes qui voient leurs fonctions sociales remises en question, leur métier se transformer avec les évolutions technologiques, socio-économiques ou même juridiques du statut de la profession : « […] tout est plus flou : activités journalistiques et non-journalistiques, variété des supports, des fonctions, des modèles éditoriaux » (EGMI, 2011 : 133).

Bibliographie

Antoine, F., & Heinderyckx, F., État des lieux des médias d’information en Belgique francophone, Parlement de la Communauté française de Belgique Wallonie-Bruxelles, Bruxelles, 2011.

de Broissia, L., Rapport d’information fait au nom de la commission des Affaires culturelles sur la crise de la presse, N°13, 2007.

Degand, A., Le journalisme face au web : Reconfiguration des pratiques et des représentations dans les rédactions belges francophones, Thèse de doctorat, Louvain-la-Neuve, 2012. Récupéré le 10 septembre 2012 sur http://uclouvain.academia.edu/AmandineDegand/

Grevisse, B., Déontologie du journalisme : Enjeux éthiques et identités professionnelles, De Boeck, Bruxelles, 2010.

Heinderyckx, F., La malinformation : Plaidoyer pour une refondation de l’information, Labor, Bruxelles, 2003.

Jespers, J.-J., La déontologie face au marketing rédactionnel ou une arbalète contre les vaisseaux de l’Empire, ULB, Bruxelles, 2006. Récupéré le 10 septembre 2012 sur http://www.mlouest.be/documents/Marchandisation.pdf

Le Cam, F., « Histoires et filiations du terme ‘weblog’ (1992-2003). Perspectives pour penser l’histoire de certaines pratiques sociales sur le web », in Les Enjeux de l’information et de la communication, vol. 1, 2010. Récupéré le 12 septembre 2012 sur http://www.cairn.info/publications-de-%20Le%20%20Cam-Florence—67397.htm.

Libois, B., Éthique de l’information. Essai sur la déontologie journalistique, Éditions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1994.

Nies, G. & Pedersini, R., Les journalistes free-lances dans l’industrie médiatique européenne, FIJ, 2003.

Rieffel, R, Sociologie des médias, Ellipse, Paris, 2001.

Ringoot, R., & Utard, J. (Dir.), Le Journalisme En Invention: Nouvelles Pratiques, Nouveaux Acteurs, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2005.

Ruellan, D., Le professionnalisme du flou, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 1993.

Woodrow, A. (1992), « Retours aux sources », in La Revue Nouvelle, Bruxelles, 1992, 62-64.

1 « Le nombre de journalistes free-lance augmente constamment depuis quelques années, généralement à un rythme plus rapide que les journalistes salariés dans leur ensemble. » (Nies & Pedersini, 2003 : 7)

Belgique, le mal du pays

In La France vue d'en haut, Un an en... on 12/10/2012 at 07:30
"Singulière Belgique", sous la direction d'Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

« Singulière Belgique », sous la direction d’Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

Avec « Singulière Belgique » (Fayard), Astrid von Busekist, spécialiste du nationalisme et de la politique des langues, offre le portrait d’un pays qui a tendance à l' »anomie », tant il demeure divisé politiquement, culturellement et linguistiquement. Pour ce livre, cette professeur de science politique à Sciences Po s’est entourée des meilleurs spécialistes belges, wallons, flamands et bruxellois.

Dans quelques jours, la Belgique retournera aux urnes pour les élections communales. En Flandre, l’enjeu est de taille : quel sera le score du parti de Bart De Wever, la N-VA ? Le leader nationaliste voit dans ce scrutin un référendum contre la politique fédérale du premier ministre socialiste et francophone, Elio Di Rupo. Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune.

Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique, et le livre « Singulière Belgique » (Fayard) publié sous la direction d’Astrid von Busekist remplit pleinement son rôle en interrogeant le problème « multinational » en Belgique : « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Un millefeuille de contre-pouvoir

Autour de quatre axes (politique, institutionnel, social et culturel), ce livre met la démocratie belge à l’épreuve de son architecture constitutionnelle et des forces centrifuges qui traversent l’État fédéral face aux entités fédérées, les régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et les communautés (française, flamande, allemande), avec un législateur qui complique parfois davantage les choses qu’il ne les facilite. Au final, au fur et à mesure des différentes réformes de l’État, la Belgique ressemble à « un millefeuille de compétences tellement enchevêtré que tout pouvoir contient son propre contre-pouvoir ».

En Belgique, le système fédéral est d’une complexité sans nom, avec au niveau fédéré, deux collectivités politiques distinctes, et pas forcément compatibles : la communauté et la région.

« Celles-ci se superposent sans pour autant se recouvrir exactement. En réalité, la Belgique pratique un double fédéralisme, territorial et personnel […] le fédéralisme belge combine ses deux perspectives. Il opte, en principe, en faveur d’un fédéralisme territorial pour les questions régionales (tels l’aménagement du territoire ou le logement) et communautaires (tel l’enseignement ou la culture). »

L’enchevêtrement des régions et communautés est donc « à la source d’une complexité lourde à gérer et d’un manque d’efficience de plusieurs politiques publiques ». À tel point qu’une partition de l’État semble difficile à concevoir. Pourtant, c’est dans les institutions que la Belgique a tenté de trouver une réponse aux demandes d’autonomie des régions et des communautés : « elle a autant précipité le divorce qu’offert les garanties d’un mariage durable entre ses différentes composantes. »

Un fédéralisme de « dissociation »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque dans les médias l’existence d’un plan B en vue de la séparation du pays et que les questions sur l’avenir de l’État fédéral occupent une part importante du débat public, le tableau de la Belgique est de plus en plus contrasté, si ce n’est inquiétant : si, d’un côté, la Belgique est un membre très actif de l’Union européenne, réclamant une Europe réellement fédérale, si le pays est fort d’une politique sociale efficace, la Belgique est aussi, et de plus en plus, un pays divisé et compartimenté linguistiquement, culturellement, politiquement avec des partis propres à chacune des communautés. Aussi, les élus francophones ou flamands ne sont-ils jamais obligés de s’expliquer devant l’autre groupe linguistique, et du point de vue de la communication, « la Belgique n’existe plus ».

Tout cela installe de part et d’autre de la « frontière linguistique » une méconnaissance des réalités de l’ensemble du pays, et jusqu’ici, depuis plus de quarante ans de réforme institutionnelle, on n’a pas vu des mécanismes efficaces de forces centripètes face à ce « fédéralisme de dissociation » :

« toutes les mutations vont dans le même sens, transformant un État unitaire en État fédéral, confiant toujours davantage de compétences et d’autonomie à ses entités fédérées, elles-mêmes démultipliées et dont l’autonomie repose entre autres sur le fait qu’elles agissent dans des territoires linguistiquement distincts. Aucune réforme institutionnelle n’a vu des compétences revenir des entités fédérées vers le pouvoir fédéral. »

Depuis la fédéralisation du pays, lancée au début des années 1970, les flamands et les francophones sont entrés dans une logique institutionnelle bipolaire, dissociative et asymétrique, chacune des communautés et des régions du pays se regardant à chaque réforme de l’État comme un obstacle à plus d’autonomie politique, sociale et économique. Le fédéralisme est à la fois la cause et la conséquence des clivages communautaires qui conduisent à l’effacement de l’État belge. Un phénomène d’autant plus accru que le différentiel de prospérité entre la Flandre et la Wallonie n’a pas cessé de croître, « au point qu’aujourd’hui le nord du pays doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre quand les régions bruxelloise et wallonne connaissent des taux de chômage très préoccupants. »

Vers le confédéralisme ?

Une architecture institutionnelle qui pousse les plus pessimistes à dire que nul espoir d’avenir n’est permis car depuis 2007, la vie politique du pays est largement dominée par les revendications contradictoires des deux principales communautés. Avec du côté flamand, une volonté de faire de la Belgique une « confédération », « une accentuation de la tendance centrifuge, conciliable avec la conservation d’un État unique, mais si celui-ci se réduirait à une coquille largement vidée et de sa substance. »

En l’absence d’un espace public commun,le livre interroge la conscience collective des Belges, construite autour d’un double clivage : au clivage linguistique entre francophones et flamands se superpose le clivage idéologique entre un centre de gravité des forces politiques flamandes se situant nettement plus à droite que celui des forces politiques francophones. Une conscience collective qui s’évalue aussi dans le rôle que joue la Belgique dans l’Europe, ce petit pays d’à peine dix millions d’habitants devenu en quelques décennies une fédération multinationale, avec Bruxelles pour capitale. Face à la fédéralisation de l’État belge, la construction européenne est pour la Belgique aussi bien une histoire d’amour qu’un mariage de raison « puisque le terrain européen permet de canaliser les querelles domestiques ».

Par ailleurs, la crise que rencontre cette « unité par défaut » qu’est la Belgique s’ancre bien au cœur des tensions traversées actuellement par l’Union européenne, sans doute parce que ce pays est « un formidable analyseur de l’inconscient historique de l’Europe » à travers « un système institutionnel difficile à lire, une compétition entre États-nations, une légitimité démocratique contestée ; les Belges sont à l’image des Européens ; la Belgique réunit toutes les difficultés de penser et de stabiliser l’Europe. »

D’où dans cet ouvrage, la présentation d’une démocratie belge qui doit repenser ses fondements car son avenir n’est pas assuré : « aujourd’hui, la Belgique oscille entre le projet d’une démocratie multiculturelle et une lente évolution vers une petite enclave balkanisée au cœur de l’Europe. »

INVITE : Astrid von Busekist – RTBF Vidéo.

Un pavé dans La Meuse (ép.11) : Alain Lallemand à la recherche du « souffle du réel »

In Un pavé dans la "Meuse" on 11/07/2012 at 12:19

Grand reporter au journal Le Soir où il est devenu spécialiste des groupes criminels, des réseaux clandestins et guérillas, Alain Lallemand a retiré de son expérience une méthode spécifique de collecte d’information et de restitution du récit : « un journalisme en action, sous le souffle du réel ». A côté de cela, le journaliste est maître de conférence à l’UCL où il s’occupe tout spécialement du journalisme narratif. C’est à ce titre qu’il a rédigé un manuel précieux et unique en son genre dans le domaine francophone, Journalisme narratif en pratique, paru aux éditions De Boeck.

Il est enfin l’auteur de plusieurs récits sur ses périples en Irak, en Afghanistan ou en Colombie, comme avec N’oubliez pas le guide (éditions Luce Wilquin)un récit sur la relation entre un journaliste et son guide arabe jusqu’à la mort de ce dernier. Nous sommes en Irak, au plus fort de la guerre. Plus qu’un « carnet de la drôle de guerre », ce texte est surtout une réflexion sur le journalisme où le reporter prend la plume pour rendre hommage aux guides et aux interprètes anonymes qui permettent la survie de l’information.

 « Il n’y a pas de journalisme sans entretien amoureux ». De cette maxime, tirée du livre d’Alain Lallemand, N’oubliez pas le guide, paru en 2007 aux éditions Luce Wilquin, on pourrait en faire découler toutes les règles du récit journalistique tel que il l’enseigne à l’UCL : « pour comprendre l’action, le journaliste l’approche, l’expérimente, la digère. La proximité, l’implication personnelle serait la règle du journalisme narratif. »

Redécouvrir l’œuf de Colomb

« Quand j’ai commencé à me saisir de cette matière, j’ai tout de suite constaté qu’on manquait d’outil de définition du journalisme narratif dans le domaine francophone, alors que c’est une évidence aux États-Unis depuis des années. Pour écrire mon manuel, pour élaborer mon cours, cela m’a pris cinq ans parce qu’il ne fallait pas faire un décalque du journalisme narratif américain. Je me suis lancé dans la relecture de grands reporters comme Tolstoï avec ses Récits de Sébastopol ou encore les textes de Joseph Kessel. Mais je me suis aussi basé sur le New Yorker, qui est une référence en la matière, ou tout dernièrement sur la revue XXI. On le voit ces dernières années, il y a clairement un intérêt pour cette démarche narrative dans les rédactions où le texte se conçoit comme un récit avec les critères du reportage ou du portrait. Mais cette redécouverte du récit dans la presse n’est pas neuve : les journalistes ont toujours fait du récit sans le savoir. Ce qui a changé, et c’est le cas avec la revue XXI, c’est cette volonté de retrouver le temps long de l’enquête, cette liberté qui fait que la voix et le ton du récit journalistique sont parfaitement travaillés. On joue sur le fond et la forme dans l’organisation de l’info, et cela marche, on propose une info exclusive avec un traitement inédit. Plus globalement, et même si l’intérêt est là, on voit que la plupart des journalistes ont beaucoup mal à s’emparer du récit et à en faire pour traiter leur sujet. « 

N’oubliez pas le guide : à la rencontre du « souffle du réel »

N'oubliez pas le guide, paru aux éditions Luce Wilquin« Pour ce livre, le choix était simple, c’était celui du journalisme. On est pleinement dans une narration de non-fiction : le récit est extrêmement subjectif, c’est vrai, on est dans l’introspection, celle d’un correspondant de guerre confronté en Irak à la mort de son guide arabe par la rébellion. Ce texte se demande si l’exercice du journalisme vaut une mort de plus, et si la guerre n’est plus couverte, que devient l’honneur de la presse, la survie de l’information ? Pourtant, tout dans ce texte est vrai. Mais ce travail, je le fais aussi pour un article dans les pages internationales, je me mets à la première personne, dans la peau d’un rebelle 60 minutes avant sa mort, et je le fais sur base, non pas de l’imagination, mais des informations sérieuses comme n’importe quel article. L’avantage du journalisme narratif, c’est que l’enquête peut être plus poussée. Par exemple, en 1996, j’ai écrit un livre au cœur de la mafia russe. Sur le fond, les faits sont exacts, et pourtant, quand je le reprends aujourd’hui, il est illisible. Cela ne sert à rien d’être exhaustif si l’on ne sait pas écrire. »

« Et là, je tombe dans un roman de Kipling »

« Pour faire une bonne enquête, il faut savoir raconter, faire vivre les faits avec une voix. Le vrai déclic, ce fut septembre 2001 où je suis parti en Afghanistan, puis au Pakistan, et là, je tombe dans un roman de Kipling, ce fut un moment de grâce pour un journaliste, et le début de ma démarche autour du journalisme narratif, celui d’une implication. Car c’est là la clé pour un journaliste : se placer en situation d’être affecté. Nous voilà en zone de prise de risques, même si ce risque est limité dans le temps ou par la nationalité de notre passeport, comme c’est le cas lors d’un reportage en zone de conflit. Dans le cadre du journalisme narratif, l’implication est très exactement celle du souffle du réel : être assez près de l’explosion pour en entendre la détonation, mais aussi pour en sentir le souffle. Sans se laisser submerger par l’explosion… »

 A lire aussi le blog d’Alain Lallemand : http://alainlallemand.be/

A lire aussi : http://www.ajp.be/multimedia/blog/index.php?journalisme-narratif-et-nouveaux-formats-decriture

Un pavé dans « La Meuse » (ép. 9) : du journalisme « palliatif »

In Un pavé dans la "Meuse" on 18/06/2012 at 21:26

Ce lundi, j’étais l’invité d’un débat sur la chaîne locale namuroise Canal C. Avec au programme : quel avenir pour les jeunes journalistes ? Du salaire des pigistes au traitement de l’information, tout y passe (en 26 minutes !).

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Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

In Un an en... on 17/06/2012 at 17:10
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Photo d’Isabelle Marchal

Ce dimanche, la Grèce retourne aux urnes. Un scrutin aux allures de référendum : pour ou contre l’euro. Un résultat attendu avec anxiété dans toute l’Europe et ailleurs, car les résultats pourraient déstabiliser la zone euro. Pourtant, loin de cette tension, loin des enjeux financiers ou politiques, au cœur même de la capitale européenne, de nombreux Grecs arrivent chez nous à Bruxelles pour trouver un emploi et commencer une nouvelle vie. Tous ont décidé de quitter leur pays, faute d’avenir. Pendant plusieurs semaines, je suis allé à leur rencontre. Ils s’appellent Janis, Constantina ou Pénélope. Ils ont entre 20 et 50 ans. Ce sont les visages « invisibles » de cette crise grecque qui se vit d’Athènes à Bruxelles.

Devant les portes du petit café Kosani, on discute autour d’une bière, on fume une cigarette avant le match Grèce-Russie. On a sorti le drapeau qui flotte déjà avec des airs de victoire. Tout le monde est certain que le pays a ses chances face à la Russie. Dans le café, la télé est désespérément branchée sur une émission de variété que personne ne regarde, tout le monde attend le match. Sur les petites tables, on joue aux cartes, on boit un verre. Personne ne parle des élections de dimanche.

Pénélope est au bar. Elle attend son fils Janis, 28 ans. Il vient d’arriver en Belgique depuis quelques semaines. Pénélope, elle, a vécu en Belgique quand ses parents sont venus travailler dans les charbonnages dans les années 60. Puis, elle est retournée en Grèce, dans sa province, la province de Kosani dans le nord du pays, « où il pleut comme en Belgique ». Elle s’est mariée, elle a eu trois enfants, et c’est en 2001, après son divorce, qu’elle est revenue vivre à Bruxelles. « C’était plus simple pour trouver un emploi. Je ne pouvais rien faire là-bas », m’avoue-t-elle entre deux commandes.

Janis (28 ans) : « Impossible pour un jeune de s’en sortir ! »

ImageJanis arrive. « Comme d’habitude, il est en retard », plaisante Pénélope. Est-ce par provocation ou sens de l’humour, mais Janis porte un maillot de foot aux couleurs de l’Allemagne. On s’installe, et puis la discussion commence en anglais. Cela fait quatre ans qu’il est au chômage, qu’il ne trouve pas d’emploi et qu’il ne touche pas d’argent. « Quand on est au chômage, on touche 400 € par mois pendant un an, et puis c’est tout. C’est impossible pour un jeune de s’en sortir ! » En Grèce, Janis vivait avec son père, un ambulancier. Mais depuis la crise, son salaire a diminué de moitié. Impossible pour Janis de vivre plus longtemps à ses crochets. « Il y a deux ans, il gagnait 1.300 €, mais aujourd’hui, c’est à peine 700 €, et même s’il fait des heures supplémentaires. Comment vivre à deux personnes avec cette somme-là quand tout augmente en plus. Même chez Lidl, c’est plus cher en Grèce qu’ici à Bruxelles. »

C’est depuis le mois dernier que Janis a décidé de quitter son père et la Grèce pour venir trouver un emploi en Belgique, près de sa mère Pénélope. « Beaucoup de jeunes sont prêts à partir, à quitter le pays pour trouver du travail en Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne car il y a encore des emplois et des possibilités, même si c’est la crise. Beaucoup de mes amis aimeraient partir, mais ils n’en ont pas les moyens. Chaque jour, on pense tous à la même chose, on veut vivre une vie comme tout le monde avec un emploi, une maison, des enfants, ici ou ailleurs. Mais quand on se décide à quitter le pays, on se dit aussi que c’est provisoire, cinq, dix ans peut-être pour se faire une situation ici, et puis retourner en Grèce quand tout ira mieux. » 

Quant à son parcours, Janis n’a pas fait d’études et pendant quelques mois, à 19 ans, il a décidé de rejoindre l’armée, avant de devenir peintre. Janis parle un peu l’anglais, pas un mot de français, et jusqu’ici, il accumulé les petits boulots avant de se retrouver définitivement sans emploi. Voilà quatre ans maintenant. « Quand tu as entre 18 et 50 ans, c’est impossible de trouver un travail chez nous, que tu sois diplômé ou pas, tout le monde est dans la même merde. Puis, les banques nous mettent la pression, et la situation dégénère pas seulement en Grèce, mais aussi dans le reste de l’Europe, en Espagne, en Italie. Personne n’est épargné et les États sont impuissants. C’est comme au domino… »

Constantina (24 ans) : « L’espoir ou la mort »

ImageLa situation de Janis est loin d’être unique. A Bruxelles, ils sont des centaines de ressortissants grecs à avoir quitté leur ville, leur province, abandonné leur famille, leurs amis pour trouver un emploi en Belgique. Seul problème, c’est que la majorité des Grecs ne parlent ni français, ni néerlandais, et ont, du coup, pas mal de difficultés pour trouver un emploi chez nous. C’est ainsi qu’au centre hellénique de Bruxelles, des cours de français sont organisés chaque mercredi et vendredi pour les aider dans leur recherche d’un emploi. C’est le cas pour Constantina, Pénélope et Vassilis.

Constantina a 24 ans. Elle est originaire de Rhodes. Elle est arrivée à Bruxelles en décembre 2010. Avant de venir en Belgique, elle travaillait dans un institut de beauté comme esthéticienne. Famille, amis, emploi, elle a tout abandonné pour trouver « une meilleure situation ». « J’avais de quoi vivre, mais pas suffisamment pour développer mon avenir professionnel. J’ai toujours voulu avoir mon salon de beauté, mais c’est impossible en Grèce. Tout stagne chez nous : l’emploi, l’économieBeaucoup de gens ferment leur commerce pour ne pas s’endetter, et comme il n’y a plus de travail, le chômage augmente. Aujourd’hui, on se retrouve avec le couteau sur la gorge et les choses s’empirent parce qu’il n’y a plus d’argent et que les taxes ne cessent d’augmenter pour la population. »

Aujourd’hui, Constantina se retrouve seule à Bruxelles et est toujours à la recherche d’un emploi. C’est son père qui l’aide financièrement. « Mais c’est difficile pour lui avec les 900 € qu’il touche par mois. Il y a un an encore, il gagnait près de 1.400 €. On craint vraiment de tout perdre, et c’est pour cela que les jeunes décident de partir, de tenter leur chance ailleurs. C’est impossible de faire sa vie en Grèce, ceux qui veulent travailler ont deux choix : soit partir, soit se faire exploiter pour un salaire de misère. »

Quant aux élections, Constantina n’en espère rien. « Tous disent vouloir sortir de la crise, mais qu’importe le parti, les sacrifices seront insupportables pour le peuple. Il ne nous reste que l’espoir ou la mort », ajoute-t-elle, un sanglot dans la voix. « Vous savez, la vie est merveilleuse en Grèce, seulement, il faut gagner sa vie, et cela, ce n’est plus possible chez nous. »

Pénélope, 36 ans, est, elle aussi, « déçue de l’évolution de la crise en Grèce». Selon elle, tout « dégénère à cause de la corruption et du clientélisme des politiciens ». Il y a quelques mois, elle a perdu son emploi de puéricultrice pour lequel elle gagnait 700 € par mois, en travaillant plus dix heures par jour. Cela fait trois mois qu’elle est à Bruxelles, elle aussi à la recherche d’un emploi. « Je prendrai n’importe quoi, ce sera quand même mieux payé qu’en Grèce. Car il n’y a plus d’espoir dans mon pays. »

A ses côtés, il y a le jeune Vassilis, 20 ans à peine. Cela fait un an et demi qu’il était au chômage depuis la fin de ses études, qu’il ne trouvait pas d’emploi comme plombier à Athènes. Voici trois mois qu’il est en Belgique. « Quand je suis parti, c’était le chaos, aujourd’hui, c’est encore pire. Dans chaque famille, les enfants partent à l’étranger à cause de la crise. Chez moi, quand ma sœur et moi, on a décidé de partir, ce fut le pire jour de notre vie, tout comme pour nos parents. Mais on n’a pas le choix, il n’y a rien pour nous. Puis pour les jeunes qui restent, il n’y aucune perspective. Ils risquent de tomber dans la criminalité, la violence, rien que pour s’en sortir. »

« Au centre, leur nombre a triplé depuis 2009 »

ImageDans la petite classe du centre hellénique, ils sont une dizaine à venir suivre les cours de français chaque semaine. C’est Nancy qui les aide à apprendre la langue, et les accompagne dans leur recherche d’un emploi. « Cela fait trois ans que je m’occupe de ressortissants grecs arrivés à Bruxelles, et depuis 2009, leur nombre a triplé au cours de français que propose le centre hellénique. Il n’y a pas de limite d’âge, cela va de 20 à 50 ans. Le problème, c’est que beaucoup ne trouve pas d’emploi par la suite en Belgique car il y a la barrière de langue, et puis ils rencontrent les mêmes problèmes que les Belges à la recherche d’un travail. Certains retournent alors en Grèce ou s’en vont ailleurs tenter leur chance comme en Allemagne ou en Angleterre. D’autres sont prêts à tout pour gagner leur vie, quitte à être exploités. C’est à nous alors de les protéger. »

Partir ? « Une aventure sans lendemain »

Dimitri Argyropoulos est président de la communauté hellénique de Belgique. Depuis deux ans, il a reçu plus de 2.000 demandes d’aide de la part de ressortissants grecs, tout juste débarqués à Bruxelles. « Tout s’est précipité au début de l’année 2010. On a vu arriver énormément de compatriotes, surtout des diplômés qui ont voulu fuir les problèmes économiques et le chômage. Tous ces jeunes qui décident de fuir le pays, ce sont des générations perdues. Aujourd’hui, la situation s’est empirée, et la Grèce est littéralement étouffée. Aujourd’hui, on ne vit plus, on survit. C’est la panique, et malgré les élections, on ne sait pas où l’on va, ni avec qui, il n’y a aucune vision à long terme, et on ne prépare pas l’avenir. Les gens votent parce qu’ils sont désespérés, pas parce qu’ils attendent une solution des partis politiques », avoue-t-il amèrement.

Dimitri reçoit encore des dizaines de mails de Grecs prêts à partir du pays pour venir trouver un emploi en Belgique. « Mais c’est souvent une aventure sans lendemain, si l’on ne parle pas le français ou le néerlandais, cela ne sert à rien de venir en Belgique, surtout si c’est pour faire un métier qui n’est pas en pénurie. Dans ces conditions-là, on leur dit qu’ils ne trouveront pas d’emploi chez nous, surtout qu’au bout de trois mois, s’ils sont sans emploi, ils doivent retourner en Grèce à la case départ. »

« La crise grecque est devenue aussi notre réalité »

C’est ainsi que chaque jour, à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, où les restaurants grecs sont légion, les patrons reçoivent la visite de ressortissants grecs à la recherche d’un emploi. « Ce sont des jeunes, entre 25 et 35 ans, souvent diplômés, qui viennent nous trouver. Mais on ne sait pas les aider, on n’a pas le temps de les former, et puis, ils ne parlent pas français. C’est vraiment une situation dramatique mais le marché du travail est aussi saturé ici, explique Maria. « Chaque jour, on a au moins une personne qui vient nous trouver. Il y a aussi des étrangers qui viennent du Pakistan et d’Afghanistan qui quittent la Grèce pour venir s’installer en Belgique », poursuit Alexandro.

Image« Avec tout ce qui passe en Grèce, il n’y a plus de travail, plus d’argent, tout le monde essaie de partir. Cela fait un an que beaucoup de Grecs ont décidé de quitter le pays et viennent en Belgique. C’est par famille entière, ajoute Constantinos. On a eu récemment un médecin qui nous demandait d’être plongeur, mais on a dû le refuser parce qu’il n’avait jamais travaillé dans la restauration. Pour beaucoup, c’est un travail provisoire en attendant de trouver mieux. Chaque jour, même pour nous qui sommes en Belgique depuis des années, la crise grecque est devenue aussi notre réalité. Tout simplement parce qu’on en parle dans les médias, mais aussi parce qu’on a notre famille là-bas, une grand-mère, un oncle, un cousin qui nous demandent de l’aide.»

Retour au café Kosani, le match Grèce-Russie va commencer dans quelques minutes. Janis en profite pour se rouler une cigarette. Je lui demande un pronostic. Il parie sur une victoire de la Grèce. « C’est quelque chose que les banquiers ne nous prendront pas au moins ! », plaisante-t-il. Ah, les banquiers, je les avais oubliés, ceux-là…

A lire aussi sur le site Apache.be :

http://www.apache.be/2012/06/19/het-gezicht-van-de-griekse-crisis-in-belgie/

http://www.apache.be/2012/06/19/janis-penelope-et-les-autres-les-visages-de-la-crise-grecque-en-belgique/

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