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Wallonie-Bruxelles : Plan B, vous avez dit Plan B ?

In Un an en... on 23/11/2012 at 06:34

Si en Flandre, on se prépare (déjà) pour le confédéralisme, en Wallonie et à Bruxelles, on évoque une autre voie possible, celle d’un Plan B réunissant les deux régions dans une fédération. Scénario réaliste ou coup de bluff des partis francophones face aux exigences nationalistes flamandes ? L’idée n’est pas neuve pour les francophones, elle revient un peu comme les jeux olympiques d’hiver. Un article à lire en intégralité sur le site Apache.be

Au moment où Bart De Wever appelle les francophones à discuter du confédéralisme, l’idée du plan B refait surface. Il y a quelques semaines, les présidents des partis francophones se sont réunis « secrètement » au siège du PS pour définir la meilleure façon d’accueillir les nouvelles compétences vers les entités francophones, en réunissant la Commission Wallonie-Bruxelles, un « machin » qui avait rendu un rapport en 2008 pour essayer de tracer les lignes d’un avenir francophone en Belgique.

En apparence, il s’agissait donc de mener à bien la 6e réforme de l’État, mais on ne doute pas une seconde que les présidents de parti auront aussi évoqué la question du confédéralisme que Bart De Wever veut négocier après sa victoire aux élections communales du 14 octobre dernier. Et pourquoi pas après tout l’idée d’un Plan B ? Après tout, bien avant les élections, en septembre dernier, Charles Piqué appelait sur la RTBF à « ne pas oublier le Plan B pour la Belgique » : « Le plan B ne nous a jamais quittés. Comment voulez-vous que du côté francophone on oublie la nécessité de penser, sans plaisir et enthousiasme, à un plan B alors que les Flamands les plus influents annoncent eux carrément un plan B ? », affirmait-t-il.

Toujours selon le ministre-président bruxellois, l’ensemble du milieu politique francophone ne pensait pas assez à ce Plan B. « Peut-être que certains ont encore l’illusion aujourd’hui de sauver le pays. » Au même moment, dans Le Soir cette fois, Benoît Lutgen, le président du cdH évoquait au sujet d’un Plan B que les francophones devaient « se préparer sans attendre ».

Mais même s’il existe, même si les politiques l’évoquent dans les médias, le Plan B reste encore un projet bien discret. Chez les universitaires, on préfère d’ailleurs rester prudents et ne pas trop évoquer la question. « Dire que le plan B existe et que les francophones le préparent, ce serait faire le jeu de Bart De Wever », avoue un observateur.

« Au sujet du Plan B, on lit tout et son contraire. Selon les moments, on nous dit que tout cela est très discret et qu’effectivement, il y a une série de rencontres, que les francophones se préparent. À d’autres moments, on nous fait comprendre qu’on n’est pas très loin dans la mise en place d’un plan B. Ce n’est de toute façon, à ce stade, qu’une position de repli côté francophone, pas une volonté politique », admet Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp. « C’est depuis septembre 2010 qu’on évoque du côté francophone la possibilité d’un Plan B au moment où Elio Di Rupo demande au roi d’être déchargé de sa tâche de préformateur. On est alors dans un moment de crispation et de blocage au niveau des négociations institutionnelles parce que les partis flamands, CD&V en tête, demandent de discuter de la loi de financement. C’est dans ce cadre que des francophones ont parlé du Plan B avec une certaine consistance, avec les apparences de la détermination. Je dis des francophones parce que toutes les déclarations venaient alors du PS, les autres partis étant restés prudents voire muets à ce sujet. Cela a duré un petit moment puis les négociation ont repris. Mais ce n’était pas une simple sortie isolée du PS. »

Car pour Vincent de Coorebyter, un autre élément a également pesé dans la balance du Plan B : la décision de rebaptiser en la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Cela fait partie d’un même contexte politique. Il est évident que parler d’une Fédération Wallonie-Bruxelles entrait en convergence le Plan B, même si, officiellement, il s’agissait de régler les rapports entre les institutions régionales et communautaires. On voit très bien en quoi ce changement de nom est une perspective symbolique en vue d’une éventuelle fin du pays, avec une Belgique résiduelle composée de la Wallonie et de Bruxelles. Le message étant : nous ne laisserons pas partir la Flandre avec Bruxelles. »

De son côté, Giuseppe Pagano, économiste à l’UMons, explique qu’il n’y a pas encore eu côté francophone une étude complète sur le Plan B en cas de scission du pays.

« Le Plan B est un scénario peu probable à court terme, même si la N-VA a la majorité absolue en Flandre en 2014. Il faudra quand même négocier, et vu le temps que cela a pris pour la 6e réforme de l’État qui va beaucoup moins loin que le confédéralisme ou la scission du pays, on imagine aisément le temps qu’il faudrait pour une scission complète du pays avec au centre des négociations la question de la dette publique et de Bruxelles. »

Actuellement, Giuseppe Pagano est l’un des experts à la tête du plan Horizon 2022, un plan lancé en Wallonie en septembre dernier, mais qui est loin de faire l’unanimité au Sud du pays.

« L’idée de ce plan, ce n’est pas du tout de préparer un Plan B. Il s’agit de voir comment la région peut intégrer les nouvelles compétences prévues dans la 6e réforme de l’État, et avec ces nouveaux leviers, comment on peut réduire l’écart économique entre la Wallonie et la Flandre. »

Reste qu’en cas de scission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si la Belgique éclate, la Wallonie ne pourrait faire cavalier seul. Sans transfert financier de la Flandre, la Wallonie perdrait 6 milliards d’euros, soit le budget wallon actuel. Avec Bruxelles, une scission du pays serait moins difficile pour le sud du pays.

A côté de ces données chiffrées, il y a une autre réalité. Plus qu’un simple transfert financier de 6 milliards d’euros, un Plan B serait une « perte pour toutes les régions du pays ». C’est ce qu’affirme Robert Deschamps, économiste au Cerpe à Namur. En 2007, il a étudié le coût d’une scission du pays comme une « hypothèse plausible ».

« Flandre, Wallonie et Bruxelles, les trois régions vont toutes perdre si l’on négocie une scission du pays. Si chacun pense que la négociation sera à son avantage, ce ne sera évidemment pas le cas. Le coût d’une scission du pays entraînerait une perte du bien-être économique et une baisse de l’emploi pour les trois régions. »

A l’époque, et bien avant son apparition en mai 2011, Robert Deschamps prônait la création d’une Fédération Wallonie-Bruxelles qui « réduirait la perte du bien-être économique que la scission leur imposerait ». Il ajoute aussi que le confédéralisme aboutirait d’une manière ou d’une autre à la scission du pays.

« Autrement dit, on scinde toutes les compétences qu’un partenaire au moins (la Flandre, en général) veut scinder. Au vu des compétences scindées dans les propositions confédéralistes connues, on aboutirait rapidement à la scission du pays : les dépenses de sécurité sociale, les soins de santé, le chômage, la fiscalité, la SNCB, la négociation salariale, le droit du travail, la justice. »

Avec la victoire de la N-VA aux dernières élections communales et la proposition de Bart De Wever de négocier un modèle confédéral, ne risque-t-on pas de devoir mettre la 6e réforme de l’État en veilleuse ? « En aucun cas », souligne Benoît Bayenet, économiste et expert en finances publiques, qui a suivi les négociations institutionnelles pour le PS.

« Ce qui est perturbant dans le débat actuellement, c’est que la 6e réforme de l’État n’est pas encore écrite, ni votée, qu’on n’a pas encore mesurer l’impact de ces transferts de compétences sur les politiques régionales qu’on prépare déjà une nouvelle réforme, nettement plus difficile et plus longue à négocier, celle du confédéralisme, sans trop savoir ce qu’on y met dedans. Cette 6e réforme donne un pouvoir considérable aux régions et aux communautés du pays. Désormais, les entités fédérées auront des leviers budgétaires bien plus importants que ceux de l’État fédéral. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on n’a pas encore épuisé les cinq résolutions du parlement flamand et qu’une 7e réforme de l’État est incontournable, mais cela peut tout à fait se faire dans un cadre fédéral. »

Quant au Plan B, même s’il est difficilement imaginable à court terme, il faut effectivement pouvoir réfléchir à ce Plan B francophone :

« on ne doit pas avoir peur d’examiner du côté francophone la possibilité de pouvoir assumer des compétences qui donneraient de nouveaux leviers politiques et économiques pour assurer le développement de la Wallonie et de Bruxelles. Il faut oser débattre et examiner cette question », ajoute encore Benoît Bayenet.

En attendant, et avant 2014 au moins, le Plan B restera, un peu comme le confédéralisme, à l’état de questions, tant pour les spécialistes que pour les citoyens.

Belgique, le mal du pays

In La France vue d'en haut, Un an en... on 12/10/2012 at 07:30
"Singulière Belgique", sous la direction d'Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

« Singulière Belgique », sous la direction d’Astrid von Busekist (Fayard, 2012)

Avec « Singulière Belgique » (Fayard), Astrid von Busekist, spécialiste du nationalisme et de la politique des langues, offre le portrait d’un pays qui a tendance à l' »anomie », tant il demeure divisé politiquement, culturellement et linguistiquement. Pour ce livre, cette professeur de science politique à Sciences Po s’est entourée des meilleurs spécialistes belges, wallons, flamands et bruxellois.

Dans quelques jours, la Belgique retournera aux urnes pour les élections communales. En Flandre, l’enjeu est de taille : quel sera le score du parti de Bart De Wever, la N-VA ? Le leader nationaliste voit dans ce scrutin un référendum contre la politique fédérale du premier ministre socialiste et francophone, Elio Di Rupo. Car depuis 2010, et les dernières élections législatives qui ont conduit le pays à la crise politique la plus longue de son histoire (540 jours sans gouvernement !), la N-VA est le premier parti en Belgique, et l’avenir du pays semble chaque jour plus contrarié, mal assuré, à tel point qu’il fait dire aux « belgo-sceptiques » qu’il est impossible désormais de faire maison commune.

Du coup, et même si le spectacle n’est pas nouveau, on s’interroge sur la réalité d’une Belgique unitaire et démocratique, et le livre « Singulière Belgique » (Fayard) publié sous la direction d’Astrid von Busekist remplit pleinement son rôle en interrogeant le problème « multinational » en Belgique : « faut-il donc se demander quand la Belgique cessera d’exister ou plutôt comprendre à quoi est due cette longévité remarquable ? »

Un millefeuille de contre-pouvoir

Autour de quatre axes (politique, institutionnel, social et culturel), ce livre met la démocratie belge à l’épreuve de son architecture constitutionnelle et des forces centrifuges qui traversent l’État fédéral face aux entités fédérées, les régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et les communautés (française, flamande, allemande), avec un législateur qui complique parfois davantage les choses qu’il ne les facilite. Au final, au fur et à mesure des différentes réformes de l’État, la Belgique ressemble à « un millefeuille de compétences tellement enchevêtré que tout pouvoir contient son propre contre-pouvoir ».

En Belgique, le système fédéral est d’une complexité sans nom, avec au niveau fédéré, deux collectivités politiques distinctes, et pas forcément compatibles : la communauté et la région.

« Celles-ci se superposent sans pour autant se recouvrir exactement. En réalité, la Belgique pratique un double fédéralisme, territorial et personnel […] le fédéralisme belge combine ses deux perspectives. Il opte, en principe, en faveur d’un fédéralisme territorial pour les questions régionales (tels l’aménagement du territoire ou le logement) et communautaires (tel l’enseignement ou la culture). »

L’enchevêtrement des régions et communautés est donc « à la source d’une complexité lourde à gérer et d’un manque d’efficience de plusieurs politiques publiques ». À tel point qu’une partition de l’État semble difficile à concevoir. Pourtant, c’est dans les institutions que la Belgique a tenté de trouver une réponse aux demandes d’autonomie des régions et des communautés : « elle a autant précipité le divorce qu’offert les garanties d’un mariage durable entre ses différentes composantes. »

Un fédéralisme de « dissociation »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque dans les médias l’existence d’un plan B en vue de la séparation du pays et que les questions sur l’avenir de l’État fédéral occupent une part importante du débat public, le tableau de la Belgique est de plus en plus contrasté, si ce n’est inquiétant : si, d’un côté, la Belgique est un membre très actif de l’Union européenne, réclamant une Europe réellement fédérale, si le pays est fort d’une politique sociale efficace, la Belgique est aussi, et de plus en plus, un pays divisé et compartimenté linguistiquement, culturellement, politiquement avec des partis propres à chacune des communautés. Aussi, les élus francophones ou flamands ne sont-ils jamais obligés de s’expliquer devant l’autre groupe linguistique, et du point de vue de la communication, « la Belgique n’existe plus ».

Tout cela installe de part et d’autre de la « frontière linguistique » une méconnaissance des réalités de l’ensemble du pays, et jusqu’ici, depuis plus de quarante ans de réforme institutionnelle, on n’a pas vu des mécanismes efficaces de forces centripètes face à ce « fédéralisme de dissociation » :

« toutes les mutations vont dans le même sens, transformant un État unitaire en État fédéral, confiant toujours davantage de compétences et d’autonomie à ses entités fédérées, elles-mêmes démultipliées et dont l’autonomie repose entre autres sur le fait qu’elles agissent dans des territoires linguistiquement distincts. Aucune réforme institutionnelle n’a vu des compétences revenir des entités fédérées vers le pouvoir fédéral. »

Depuis la fédéralisation du pays, lancée au début des années 1970, les flamands et les francophones sont entrés dans une logique institutionnelle bipolaire, dissociative et asymétrique, chacune des communautés et des régions du pays se regardant à chaque réforme de l’État comme un obstacle à plus d’autonomie politique, sociale et économique. Le fédéralisme est à la fois la cause et la conséquence des clivages communautaires qui conduisent à l’effacement de l’État belge. Un phénomène d’autant plus accru que le différentiel de prospérité entre la Flandre et la Wallonie n’a pas cessé de croître, « au point qu’aujourd’hui le nord du pays doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre quand les régions bruxelloise et wallonne connaissent des taux de chômage très préoccupants. »

Vers le confédéralisme ?

Une architecture institutionnelle qui pousse les plus pessimistes à dire que nul espoir d’avenir n’est permis car depuis 2007, la vie politique du pays est largement dominée par les revendications contradictoires des deux principales communautés. Avec du côté flamand, une volonté de faire de la Belgique une « confédération », « une accentuation de la tendance centrifuge, conciliable avec la conservation d’un État unique, mais si celui-ci se réduirait à une coquille largement vidée et de sa substance. »

En l’absence d’un espace public commun,le livre interroge la conscience collective des Belges, construite autour d’un double clivage : au clivage linguistique entre francophones et flamands se superpose le clivage idéologique entre un centre de gravité des forces politiques flamandes se situant nettement plus à droite que celui des forces politiques francophones. Une conscience collective qui s’évalue aussi dans le rôle que joue la Belgique dans l’Europe, ce petit pays d’à peine dix millions d’habitants devenu en quelques décennies une fédération multinationale, avec Bruxelles pour capitale. Face à la fédéralisation de l’État belge, la construction européenne est pour la Belgique aussi bien une histoire d’amour qu’un mariage de raison « puisque le terrain européen permet de canaliser les querelles domestiques ».

Par ailleurs, la crise que rencontre cette « unité par défaut » qu’est la Belgique s’ancre bien au cœur des tensions traversées actuellement par l’Union européenne, sans doute parce que ce pays est « un formidable analyseur de l’inconscient historique de l’Europe » à travers « un système institutionnel difficile à lire, une compétition entre États-nations, une légitimité démocratique contestée ; les Belges sont à l’image des Européens ; la Belgique réunit toutes les difficultés de penser et de stabiliser l’Europe. »

D’où dans cet ouvrage, la présentation d’une démocratie belge qui doit repenser ses fondements car son avenir n’est pas assuré : « aujourd’hui, la Belgique oscille entre le projet d’une démocratie multiculturelle et une lente évolution vers une petite enclave balkanisée au cœur de l’Europe. »

INVITE : Astrid von Busekist – RTBF Vidéo.

La face cachée de la crise : « on assiste à une marginalisation de la Grèce »

In Un an en... on 10/10/2012 at 08:00
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Le journaliste Vangelis Demiris

Rencontre avec Vangelis Demiris, journaliste et auteur de « La face cachée de la crise grecque ». Il y révèle les coulisses de cette tragédie économique. (Une interview à lire en intégralité dans la revue Alter Echos)

Depuis le début de la crise, de plus en plus de jeunes quittent la Grèce pour trouver un emploi à l’étranger. Peut-on parler au sujet de ces jeunes d’une génération perdue ?

Oui, c’est une catastrophe, une hémorragie pour l’avenir du pays de voir quitter des gens doués, qualifiés, qui ont un diplôme, qui parlent plusieurs langues. Mais ils se retrouvent sans emploi et sont désespérés face à l’avenir. C’est la raison pour laquelle ils quittent le pays. Attention, ce sont des gens qui ne vont jamais rentrer dans le pays. C’est une génération sacrifiée de jeunes gens, victimes d’un système qui a très mal marché pendant trente ans. C’est vraiment un drame car il n’y a à l’heure actuelle aucune perspective d’avenir, on est dans l’impasse.

Pour quelle raison ?

Parce que les mesures d’austérité qui ont été imposées à la Grèce ne fonctionnent pas. Les services publics sont à l’arrêt, les retraités sont désespérés, et les salaires ont diminué énormément. On se rend compte qu’on s’est trompé, mais c’est un peu tard. Cela fait cinq ans que la Grèce est en récession, et tout le monde ne parle que de croissance. Quand on voit que 54 % des jeunes sont au chômage, c’est que la recette est inappropriée. La priorité absolue pour le moment, c’est le besoin de liquidité sur le marché. Tant qu’il n’y en aura pas, rien n’ira, rien n’avancera. On ne peut pas renégocier l’entièreté du programme de ces mesures d’austérité. Par contre, on devrait l’étaler sur plusieurs années. Car pour que la dette soit viable en 2020 comme c’est prévu actuellement, il faudrait la croissance dès 2014. Mais au rythme où l’on va, c’est impossible. Je suis très inquiet de ce qui va se passer. Je crains vraiment une explosion sociale et une montée de la xénophobie. C’est très inquiétant.   

Avec cette politique d’austérité, l’Europe fait fausse route ?

Ma conviction, c’est qu’il faut de la rigueur, de la discipline budgétaire, mais il faut aussi de la solidarité, surtout à partir du moment que la Grèce et que le gouvernement sont prêts à défendre ces mesures d’austérité. Ce qu’il faut, c’est une maturité politique. On ne peut plus exploiter le désespoir des gens pour gagner les élections. Notre avenir est dans l’euro, mais il faut nous donner un peu de souffle. On est dans un cercle vicieux et les Grecs n’en peuvent plus. On a l’impression que l’Europe n’a pas joué un rôle très constructif avec tous ces chantages sur la sortie ou non de la Grèce de la zone euro, tout cela n’a pas contribué à stabiliser le pays. Qui va vouloir encore oser investir en Grèce ? Personne. Du coup, on assiste à une marginalisation de la Grèce.

Vous êtes le correspondant à Bruxelles pour la télévision publique grecque ERT et l’agence de presse ANA, j’imagine que pour vous aussi la crise a dû vous toucher…

Comme tous les Grecs, j’ai été affecté par cette crise. Je vis à Bruxelles, mais avec des salaires grecs. Ce qui fait que je gagne moins de 1.000 € par mois. Le salaire des journalistes comme celui de la population a été réduit de 50 à 60 %. On se retrouve tous à avoir plusieurs collaborations, soit à la télé, la presse écrite ou dans les agences de presse. Puis, il y a eu aussi beaucoup de journalistes licenciés et d’autres partis à la retraite, sans être remplacés. Avant la crise, on était quinze journalistes grecs à Bruxelles, aujourd’hui, nous sommes six. C’est vraiment triste.

La suite de l’entretien avec Vangelis Demiris 

A lire le livre de Vangelis Demiris, La face cachée de la crise grecque, paru aux éditions La Boîte à Pandore 

A lire sur le même sujet :

Grèce : l’exil d’une « génération perdue »

Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

In Un an en... on 17/06/2012 at 17:10
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Photo d’Isabelle Marchal

Ce dimanche, la Grèce retourne aux urnes. Un scrutin aux allures de référendum : pour ou contre l’euro. Un résultat attendu avec anxiété dans toute l’Europe et ailleurs, car les résultats pourraient déstabiliser la zone euro. Pourtant, loin de cette tension, loin des enjeux financiers ou politiques, au cœur même de la capitale européenne, de nombreux Grecs arrivent chez nous à Bruxelles pour trouver un emploi et commencer une nouvelle vie. Tous ont décidé de quitter leur pays, faute d’avenir. Pendant plusieurs semaines, je suis allé à leur rencontre. Ils s’appellent Janis, Constantina ou Pénélope. Ils ont entre 20 et 50 ans. Ce sont les visages « invisibles » de cette crise grecque qui se vit d’Athènes à Bruxelles.

Devant les portes du petit café Kosani, on discute autour d’une bière, on fume une cigarette avant le match Grèce-Russie. On a sorti le drapeau qui flotte déjà avec des airs de victoire. Tout le monde est certain que le pays a ses chances face à la Russie. Dans le café, la télé est désespérément branchée sur une émission de variété que personne ne regarde, tout le monde attend le match. Sur les petites tables, on joue aux cartes, on boit un verre. Personne ne parle des élections de dimanche.

Pénélope est au bar. Elle attend son fils Janis, 28 ans. Il vient d’arriver en Belgique depuis quelques semaines. Pénélope, elle, a vécu en Belgique quand ses parents sont venus travailler dans les charbonnages dans les années 60. Puis, elle est retournée en Grèce, dans sa province, la province de Kosani dans le nord du pays, « où il pleut comme en Belgique ». Elle s’est mariée, elle a eu trois enfants, et c’est en 2001, après son divorce, qu’elle est revenue vivre à Bruxelles. « C’était plus simple pour trouver un emploi. Je ne pouvais rien faire là-bas », m’avoue-t-elle entre deux commandes.

Janis (28 ans) : « Impossible pour un jeune de s’en sortir ! »

ImageJanis arrive. « Comme d’habitude, il est en retard », plaisante Pénélope. Est-ce par provocation ou sens de l’humour, mais Janis porte un maillot de foot aux couleurs de l’Allemagne. On s’installe, et puis la discussion commence en anglais. Cela fait quatre ans qu’il est au chômage, qu’il ne trouve pas d’emploi et qu’il ne touche pas d’argent. « Quand on est au chômage, on touche 400 € par mois pendant un an, et puis c’est tout. C’est impossible pour un jeune de s’en sortir ! » En Grèce, Janis vivait avec son père, un ambulancier. Mais depuis la crise, son salaire a diminué de moitié. Impossible pour Janis de vivre plus longtemps à ses crochets. « Il y a deux ans, il gagnait 1.300 €, mais aujourd’hui, c’est à peine 700 €, et même s’il fait des heures supplémentaires. Comment vivre à deux personnes avec cette somme-là quand tout augmente en plus. Même chez Lidl, c’est plus cher en Grèce qu’ici à Bruxelles. »

C’est depuis le mois dernier que Janis a décidé de quitter son père et la Grèce pour venir trouver un emploi en Belgique, près de sa mère Pénélope. « Beaucoup de jeunes sont prêts à partir, à quitter le pays pour trouver du travail en Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne car il y a encore des emplois et des possibilités, même si c’est la crise. Beaucoup de mes amis aimeraient partir, mais ils n’en ont pas les moyens. Chaque jour, on pense tous à la même chose, on veut vivre une vie comme tout le monde avec un emploi, une maison, des enfants, ici ou ailleurs. Mais quand on se décide à quitter le pays, on se dit aussi que c’est provisoire, cinq, dix ans peut-être pour se faire une situation ici, et puis retourner en Grèce quand tout ira mieux. » 

Quant à son parcours, Janis n’a pas fait d’études et pendant quelques mois, à 19 ans, il a décidé de rejoindre l’armée, avant de devenir peintre. Janis parle un peu l’anglais, pas un mot de français, et jusqu’ici, il accumulé les petits boulots avant de se retrouver définitivement sans emploi. Voilà quatre ans maintenant. « Quand tu as entre 18 et 50 ans, c’est impossible de trouver un travail chez nous, que tu sois diplômé ou pas, tout le monde est dans la même merde. Puis, les banques nous mettent la pression, et la situation dégénère pas seulement en Grèce, mais aussi dans le reste de l’Europe, en Espagne, en Italie. Personne n’est épargné et les États sont impuissants. C’est comme au domino… »

Constantina (24 ans) : « L’espoir ou la mort »

ImageLa situation de Janis est loin d’être unique. A Bruxelles, ils sont des centaines de ressortissants grecs à avoir quitté leur ville, leur province, abandonné leur famille, leurs amis pour trouver un emploi en Belgique. Seul problème, c’est que la majorité des Grecs ne parlent ni français, ni néerlandais, et ont, du coup, pas mal de difficultés pour trouver un emploi chez nous. C’est ainsi qu’au centre hellénique de Bruxelles, des cours de français sont organisés chaque mercredi et vendredi pour les aider dans leur recherche d’un emploi. C’est le cas pour Constantina, Pénélope et Vassilis.

Constantina a 24 ans. Elle est originaire de Rhodes. Elle est arrivée à Bruxelles en décembre 2010. Avant de venir en Belgique, elle travaillait dans un institut de beauté comme esthéticienne. Famille, amis, emploi, elle a tout abandonné pour trouver « une meilleure situation ». « J’avais de quoi vivre, mais pas suffisamment pour développer mon avenir professionnel. J’ai toujours voulu avoir mon salon de beauté, mais c’est impossible en Grèce. Tout stagne chez nous : l’emploi, l’économieBeaucoup de gens ferment leur commerce pour ne pas s’endetter, et comme il n’y a plus de travail, le chômage augmente. Aujourd’hui, on se retrouve avec le couteau sur la gorge et les choses s’empirent parce qu’il n’y a plus d’argent et que les taxes ne cessent d’augmenter pour la population. »

Aujourd’hui, Constantina se retrouve seule à Bruxelles et est toujours à la recherche d’un emploi. C’est son père qui l’aide financièrement. « Mais c’est difficile pour lui avec les 900 € qu’il touche par mois. Il y a un an encore, il gagnait près de 1.400 €. On craint vraiment de tout perdre, et c’est pour cela que les jeunes décident de partir, de tenter leur chance ailleurs. C’est impossible de faire sa vie en Grèce, ceux qui veulent travailler ont deux choix : soit partir, soit se faire exploiter pour un salaire de misère. »

Quant aux élections, Constantina n’en espère rien. « Tous disent vouloir sortir de la crise, mais qu’importe le parti, les sacrifices seront insupportables pour le peuple. Il ne nous reste que l’espoir ou la mort », ajoute-t-elle, un sanglot dans la voix. « Vous savez, la vie est merveilleuse en Grèce, seulement, il faut gagner sa vie, et cela, ce n’est plus possible chez nous. »

Pénélope, 36 ans, est, elle aussi, « déçue de l’évolution de la crise en Grèce». Selon elle, tout « dégénère à cause de la corruption et du clientélisme des politiciens ». Il y a quelques mois, elle a perdu son emploi de puéricultrice pour lequel elle gagnait 700 € par mois, en travaillant plus dix heures par jour. Cela fait trois mois qu’elle est à Bruxelles, elle aussi à la recherche d’un emploi. « Je prendrai n’importe quoi, ce sera quand même mieux payé qu’en Grèce. Car il n’y a plus d’espoir dans mon pays. »

A ses côtés, il y a le jeune Vassilis, 20 ans à peine. Cela fait un an et demi qu’il était au chômage depuis la fin de ses études, qu’il ne trouvait pas d’emploi comme plombier à Athènes. Voici trois mois qu’il est en Belgique. « Quand je suis parti, c’était le chaos, aujourd’hui, c’est encore pire. Dans chaque famille, les enfants partent à l’étranger à cause de la crise. Chez moi, quand ma sœur et moi, on a décidé de partir, ce fut le pire jour de notre vie, tout comme pour nos parents. Mais on n’a pas le choix, il n’y a rien pour nous. Puis pour les jeunes qui restent, il n’y aucune perspective. Ils risquent de tomber dans la criminalité, la violence, rien que pour s’en sortir. »

« Au centre, leur nombre a triplé depuis 2009 »

ImageDans la petite classe du centre hellénique, ils sont une dizaine à venir suivre les cours de français chaque semaine. C’est Nancy qui les aide à apprendre la langue, et les accompagne dans leur recherche d’un emploi. « Cela fait trois ans que je m’occupe de ressortissants grecs arrivés à Bruxelles, et depuis 2009, leur nombre a triplé au cours de français que propose le centre hellénique. Il n’y a pas de limite d’âge, cela va de 20 à 50 ans. Le problème, c’est que beaucoup ne trouve pas d’emploi par la suite en Belgique car il y a la barrière de langue, et puis ils rencontrent les mêmes problèmes que les Belges à la recherche d’un travail. Certains retournent alors en Grèce ou s’en vont ailleurs tenter leur chance comme en Allemagne ou en Angleterre. D’autres sont prêts à tout pour gagner leur vie, quitte à être exploités. C’est à nous alors de les protéger. »

Partir ? « Une aventure sans lendemain »

Dimitri Argyropoulos est président de la communauté hellénique de Belgique. Depuis deux ans, il a reçu plus de 2.000 demandes d’aide de la part de ressortissants grecs, tout juste débarqués à Bruxelles. « Tout s’est précipité au début de l’année 2010. On a vu arriver énormément de compatriotes, surtout des diplômés qui ont voulu fuir les problèmes économiques et le chômage. Tous ces jeunes qui décident de fuir le pays, ce sont des générations perdues. Aujourd’hui, la situation s’est empirée, et la Grèce est littéralement étouffée. Aujourd’hui, on ne vit plus, on survit. C’est la panique, et malgré les élections, on ne sait pas où l’on va, ni avec qui, il n’y a aucune vision à long terme, et on ne prépare pas l’avenir. Les gens votent parce qu’ils sont désespérés, pas parce qu’ils attendent une solution des partis politiques », avoue-t-il amèrement.

Dimitri reçoit encore des dizaines de mails de Grecs prêts à partir du pays pour venir trouver un emploi en Belgique. « Mais c’est souvent une aventure sans lendemain, si l’on ne parle pas le français ou le néerlandais, cela ne sert à rien de venir en Belgique, surtout si c’est pour faire un métier qui n’est pas en pénurie. Dans ces conditions-là, on leur dit qu’ils ne trouveront pas d’emploi chez nous, surtout qu’au bout de trois mois, s’ils sont sans emploi, ils doivent retourner en Grèce à la case départ. »

« La crise grecque est devenue aussi notre réalité »

C’est ainsi que chaque jour, à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, où les restaurants grecs sont légion, les patrons reçoivent la visite de ressortissants grecs à la recherche d’un emploi. « Ce sont des jeunes, entre 25 et 35 ans, souvent diplômés, qui viennent nous trouver. Mais on ne sait pas les aider, on n’a pas le temps de les former, et puis, ils ne parlent pas français. C’est vraiment une situation dramatique mais le marché du travail est aussi saturé ici, explique Maria. « Chaque jour, on a au moins une personne qui vient nous trouver. Il y a aussi des étrangers qui viennent du Pakistan et d’Afghanistan qui quittent la Grèce pour venir s’installer en Belgique », poursuit Alexandro.

Image« Avec tout ce qui passe en Grèce, il n’y a plus de travail, plus d’argent, tout le monde essaie de partir. Cela fait un an que beaucoup de Grecs ont décidé de quitter le pays et viennent en Belgique. C’est par famille entière, ajoute Constantinos. On a eu récemment un médecin qui nous demandait d’être plongeur, mais on a dû le refuser parce qu’il n’avait jamais travaillé dans la restauration. Pour beaucoup, c’est un travail provisoire en attendant de trouver mieux. Chaque jour, même pour nous qui sommes en Belgique depuis des années, la crise grecque est devenue aussi notre réalité. Tout simplement parce qu’on en parle dans les médias, mais aussi parce qu’on a notre famille là-bas, une grand-mère, un oncle, un cousin qui nous demandent de l’aide.»

Retour au café Kosani, le match Grèce-Russie va commencer dans quelques minutes. Janis en profite pour se rouler une cigarette. Je lui demande un pronostic. Il parie sur une victoire de la Grèce. « C’est quelque chose que les banquiers ne nous prendront pas au moins ! », plaisante-t-il. Ah, les banquiers, je les avais oubliés, ceux-là…

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