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Un pavé dans La Meuse (ép.10) : Raphaëlle Bacqué et la tragédie du pouvoir

In La France vue d'en haut, Un pavé dans la "Meuse" on 10/07/2012 at 13:42

ImageJournaliste au Monde depuis 1999, Raphaëlle Bacqué est l’auteure de plusieurs enquêtes et reportages sur la vie politique française. Passant de Ségolène Royal en pleine campagne présidentielle avec La Femme fatale à L’Enfer de Matignon où la journaliste revient avec les locataires du poste de premier ministre sur « cette magnifique machine à broyer » qu’est la politique. Elle aborde avec Le dernier mort de Mitterrand le suicide de François de Grossouvre, l’un des plus fidèles compagnon de route de François Mitterrand, mais aussi un homme amer, un ami déçu du président de la République. Elle revient aujourd’hui avec Ariane Chemin sur l’affaire DSK, avec les Strauss-Kahn où la journaliste du Monde sait mieux que personne mettre en scène les coulisses de la vie politique. Surtout quand l’amour, la mort, le sexe et l’argent y jouent les premiers rôles.

« A cette époque, j’ignorais encore la fragilité du cœur des hommes. J’avais bien appris la science politique, mais je n’avais jamais côtoyé le pouvoir. » Ces lignes ouvrent le récit du Dernier mort de Mitterrand, l’un des derniers livres de Raphaëlle Bacqué. Mais elles auraient très bien pu ouvrir ses autres livres. Car c’est sans conteste la constante des enquêtes et des reportages de la journaliste sur la vie politique française, celle de « redonner sens à une vie qui s’est perdue dans les querelles de palais et la vanité du pouvoir. » Que ce soit sur Dominique Strauss-Kahn, François de Grossouvre, Ségolène Royal ou sur l’exercice du pouvoir des premiers ministres de la Ve République, les livres de Raphaëlle Bacqué sont à chaque fois un formidable observatoire de la nature humaine, à chaque instant une réflexion sur le pouvoir qui aimante tant les hommes, les femmes, avant de les broyer. Et le journalisme un formidable exercice d’autopsie et de taxidermie.

L’ambition « littéraire » du journalisme

« Dans ces essais, ces enquêtes, il y a clairement une ambition plus littéraire que dans un article, à savoir la possibilité d’aller plus loin, de mettre en perspective, de raconter l’histoire dans sa complexité. Ce fut le cas avec le Dernier mort de Mitterrand, on ne se retrouve pas dans une enquête avec un enjeu politique, il y a quelque chose de plus profond : s’approcher d’une part de l’âme car le pouvoir, c’est avant tout un précipité des passions. Le livre permet d’aller et d’exploiter tous les ressorts de la machine politique, la mise en récit d’un épisode de la vie politique permet aussi de se mettre à distance de ce qui fait l’excitation de l’instant pour en faire un roman d’une amitié amoureuse, contrariée, amère et déçue entre deux hommes. »

Décrire la tragédie du pouvoir

« Je ne me vois pas passer par la fiction, je n’ai pas assez d’imagination et je ne me prends pas pour un écrivain. Il n’y a rien de romanesque, mais à partir d’un fait politique, une fois dégagé de l’excitation de l’instant, une fois mis à distance, on peut décrire la tragédie du pouvoir, la tragédie d’hommes et de femmes qui mettent complètement leur vie au service de la politique ou qui sont emportés dans l’histoire d’un autre. Car c’est là que les hommes se révèlent pleinement, c’est dans ces instants que l’on peut comprend pourquoi l’échec d’une élection, le suicide d’un homme ou les jeux de pouvoir. Je reste une journaliste, et la matière première de mes livres reste le rapport à l’actualité la récolte d’informations que j’ai pu recueillir auprès de témoins comme n’importe quel travail d’enquête avant l’écriture d’un article ou d’un livre. Tout se base sur la véracité et la recherche de témoignages. »

Le journalisme selon Stendhal

« Aujourd’hui, ces jeux de pouvoir sont plus difficiles à saisir, à appréhender. Tout simplement, parce que le pouvoir a perdu beaucoup de sa puissance et a vu ses marges de manœuvre s’affaiblir. Pourtant, ce qui est passionnant, c’est cette confrontation des hommes à l’histoire, et pour les journalistes, de raconter comment la vie d’individus peut être transformée par les événements, et c’est ce qu’il y a de plus difficile, décrire cette réalité et en faire quelque chose qui parle à tous. C’est ce que font des livres comme La Chartreuse de Parme, Docteur Jivago, rien n’a vieilli, ces textes restent universels dans la façon de décrire comment les personnages tentent de prendre le pouvoir, dans cette spirale constante des passions. Pour un journaliste, ce dialogue entre la politique et la littérature, cette permanence aussi, continue de nous apprendre énormément. »

A lire de Raphaëlle Bacqué :

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La France vue d’en haut (ép.3) : Jean Quatremer et les journalistes « convenables »

In La France vue d'en haut, Un pavé dans la "Meuse" on 10/04/2012 at 19:04
 "Sexe, mensonges et médias", paru chez Plon

Le livre de Jean Quatremer "Sexe, mensonges et médias" est paru chez Plon

Chaque jour, « l’information continue règne sur la campagne ».  Voilà ce qu’écrit Raphaëlle Bacqué dans un article du Monde (daté du 4 avril) où la journaliste souligne que les candidats s’adaptent au « temps réel » des chaînes d’info, d’Internet et de Twitter qui relaient faits et gestes, entre deux flashs d’info sur LCI, I-télé ou BFM. Et malgré cette « information continue », on découvre, et ce fut le cas ce mardi, que d’anciens candidats à la fonction suprême, d’anciens présidents de la République ont eu des secrets bien gardés, souvent mieux protégés que tous les secrets sur l’arme atomique, et parfois même partagés avec les journalistes politiques, comme ce fut le cas sur l’état de santé ou sur la vie privée des résidents de l’Elysée.

Plus de quinze ans après sa mort, on apprend justement ce mardi de la part de deux journalistes que François Mitterrand « aurait vu son calvaire » abrégé à la suite d’une « injection » (il souffrait d’un cancer de la prostate depuis 1981, et ce, peu après le début de ses prises de fonction à la tête de la France), comprenez il a choisi d’être euthanasié. Toute cette journée, les sites des journaux s’en donnent à cœur joie pour révéler des « extraits chocs » ou revenir sur ces « malades qui nous gouvernent »…mais toujours après-coup!

A côté de cela, on apprend que Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, a été écroué le 22 mars 2012  pour « abus de faiblesse » à l’encontre de l’héritière du groupe L’Oréal. Peu après, Le Journal du dimanche révélait des soupçons de financement illégal de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Pourquoi cette information a-t-elle été si peu reprise dans la presse française, si ce n’est sur des sites d’info comme Mediapart, le site lancé par Edwy Plenel  ou dans des journaux étrangers ? Pourquoi le président-candidat n’a pas été interrogé, sur ce sujet, par les médias ? Et qu’en est-il des « autres affaires » comme l’affaire Karachi ou la piste libyenne sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007, autant d’affaires qui reviennent dans les médias comme les jeux olympiques d’hiver… Enfin, ces infos, on les retrouve surtout sur les sites d’information comme Mediapart, Rue 89 ou Atlantico, car dans les médias traditionnels, c’est plutôt le silence et l’omerta. Comme ce fut la cas avec DSK avant New York ou le Carlton…

La connivence, une maladie « française »?

Rappelez-vous, c’était en juillet 2007. DSK est nommé à la tête du FMI, choisi par Nicolas Sarkozy. Dans son blog « Coulisses de Bruxelles », le journaliste français Jean Quatremer, correspondant pour Libération à Bruxelles, évoque les raisons de ce choix, tout en rappelant en quelques phrases seulement le « rapport aux femmes » de Dominique Strauss-Kahn :

« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale. »

On connaît la suite de l’histoire, et il ne s’agit de revenir sur ce « nouveau scandale ». Par contre, à partir de cette « affaire DSK », Jean Quatremer a décidé d’analyser très finement les rapports de connivence entre les journalistes et les hommes politiques. Car depuis le 15 mai 2011, la vie privée des politiques ne peut plus être un argument derrière lequel les journalistes français (mais belges également) peuvent se cacher, un argument qui a souvent primé sur le devoir d’informer le public. Dans son livre, « Sexe, mensonges et médias » (Plon), le journaliste français indique comment son propre journal, Libération, n’a pas voulu enquêter sur les mœurs strauss-khaniennes alors même que Jean Quatremer disposait d’informations, notamment au moment de l’affaire Piroska Nagy.

A côté de cela, le journaliste revient aussi sur les conditions des journalistes français pour exercer leur métier, notamment pour enquêter sur les politiques dès que l’on sort de la connivence, du communiqué ou de la conférence de presse.

« La connivence ne donne aucun accès privilégié à l’information, elle crée une barrière entre le journaliste et le citoyen qui a de moins en moins confiance dans sa presse. »

Car, et c’est sans doute une des causes de la crise de la presse actuellement, c’est que les médias répondent très rarement à la demande des lecteurs, et surtout à leurs réponses. Les journalistes se retiennent, et cultivent cette retenue, notamment à l’égard des politiques, mais aussi des puissances économiques ou sociales, à ceux-là, le bénéfice de l’omerta, le respect de la vie privée et un silence assourdissant ; là où, et surtout face aux drames des citoyens ordinaires, et comme l’a montré l’accident de Sierre, la presse n’hésite pas justement à franchir les limites de la vie privée au nom du « droit de l’information », en faisant alors de la presse, une « espèce de grand déballage sur la vie des gens ».

Selon Jean Quatremer, cette connivence est aussi renforcée par la « dépolitisation » des rédactions et le renforcement du « politiquement correct » au sein du personnel journalistique, alors justement que le rôle de la presse devrait être de ne jamais « s’interdire d’enquêter ». Sans compter, et moi le premier, que tous les journalistes sortent désormais des mêmes écoles de journalisme. Nous sommes, comme l’écrit Jean Quatremer, des « généralistes », « censés être capables d’écrire dans tous les domaines, sans en maîtriser aucun. » D’où ce conformisme des articles face à la complexité des informations à traiter, les journalistes sont « dépassés » et se réfugie derrière les dépêches d’agence de presse, plus que derrière un travail individuel et intellectuel, faute de temps et de moyens…

Dans son livre, Jean Quatremer revient très justement sur la perversité du modèle économique de la presse française, un modèle qui est exactement le même qu’en Belgique où pour sauver une presse en crise, on a inventé les « aides d’Etat ». Comme le montre le journaliste, nos quotidiens sont dépendants de ces aides quasi « organiques », et ces aides sont actuellement le seul modèle économique viable… Comment prétendre que la presse est encore « un contre-pouvoir » quand son avenir dépend du « pouvoir » ?

« Pour que la presse retrouve ce goût de l’enquête dérangeante, cette envie de subvertir le pouvoir, encore faut-il qu’elle lutte contre cette connivence multiforme avec les politiques qui l’entrave. »

En guise de conclusion, le journaliste en appelle à la révolution numérique de l’information (après tout, n’est-ce pas sur son blog que Jean Quatremer osa et fut le premier à révéler en 2007 les travers de DSK ?), car « la Gazette de Renaudot est définitivement morte et enterrée, et le Net est prêt à prendre la relève. » Une Bastille imprenable pour les médias traditionnels, le défi est de taille  en tout cas…


Un pavé dans « La Meuse » (ép.4) : 24 modules, 6 colonnes

In Un pavé dans la "Meuse" on 01/04/2012 at 09:40

Cela fait un mois. Un mois que je ne suis plus journaliste, un mois que je n’ai plus mis un pied dans une rédaction, et pourtant, j’ai l’impression, peut-être naïve, de n’avoir jamais autant parlé ou réfléchi sur ce métier. Je me souviens très bien le jour où j’ai remis ma démission à mon chef d’édition, c’était un peu comme une rupture amoureuse où l’on annonce à l’autre que l’on quitte le domicile conjugal, les larmes en moins. On cherche une excuse, une explication valable, mais rien de très convaincant en fait. Puis, chaque histoire d’amour  devrait peut-être commencer par une rupture, une séparation, enfin soit… Je me rappelle, c’était un lundi, ce jour-là, et depuis quelques semaines déjà, je ne trouvais plus de sujet, plus rien à écrire, et j’attendais la matinée, parfois même jusqu’en début de l’après-midi pour me mettre au travail.

Était-ce parce que j’étais un mauvais journaliste? Peut-être, même si je m’étonne d’avoir des idées à la chaîne pour le moment, mais pas de journal. Sans doute, est-ce prétentieux, mais j’avais l’impression d’avoir fait le tour des articles à traiter dans La Meuse : de l’énième polémique autour d’un projet immobilier où il faut sans cesse contacter les mêmes personnes, à l’affaire de mœurs dans telle école, telle église, en passant par des riverains qui se plaignent des travaux dans une rue, du voisin d’à côté ou d’avoir acheté trop cher une machine à laver, j’en avais fait le tour. Chaque jour, je me voyais écrire le même article, utiliser les mêmes termes pour raconter des histoires différentes, enfin presque… Mon écriture était standardisée comme les 24 modules, 6 colonnes qu’il fallait remplir quotidiennement.

Depuis quelques semaines, je n’avais plus aucune motivation, je me sentais comme à l’usine à courir après les faits, en vain, à trouver les mots, pour rien. Puis, on le sait peu, mais un journaliste employé (du moins chez Sudpresse) travaille près de 10 heures par jour, même s’il n’en est payé que 8, en réalité. On arrive vers 9h30 et on rentre chez soi, si tout va bien, vers 20h30, et le lendemain, c’est pareil jusqu’au vendredi. Sauf si vous êtes de garde le week-end, où là c’est une panique sans nom pour un jeune journaliste qui débute car vous êtes seul pour sortir le journal du lundi, seul à relire les articles, monter les pages, et parfois à devoir écrire une page alors que tout peut venir basculer à un moment ou à un autre. Pour moi, c’était un vrai calvaire, je craignais les week-ends comme la peste, tout simplement parce que je n’avais pas l’expérience suffisante. Bref, devant l’écran de l’ordinateur, devant cette page blanche divisée en 24 modules, j’avais l’impression d’être à bord du Costa Concordia, sans trop savoir qui était le capitaine à bord, et voir mes illusions de journaliste partir à la dérive.

Florence Aubenas

Florence Aubenas

Est-ce un hasard, mais cette semaine, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs journalistes pour lesquels j’ai énormément d’admiration, Florence Aubenas (qui recommence ce lundi au Monde), Raphaëlle Bacqué (Le Monde) et Damien Spleeters (Le Soir/Le Vif), et tous me disaient que ce n’était plus possible d’aller sur le terrain quand on était attaché à une rédaction, qu’on n’avait pas le temps comme journalistes de voir la réalité à hauteur d’homme. Quand on est journaliste, on passe plus de temps au téléphone que sur le terrain, tout simplement parce que nos conditions de travail ne nous le permettent pas, tout simplement parce qu’il faut remplir les pages de votre journal et qu’il n’y a pas assez de journalistes pour le faire à votre place, et puis à côté de votre article, de son écriture, il y a le reste, relire et corriger les autres, mettre en page, faire la une… Ce qui fait que nos journaux se ressemblent tellement car au fond, on interroge tout le temps les mêmes personnes, les mêmes experts, et ce, même si la situation et le contexte changent au fil des pages… On rejoue sans cesse la même scène d’un film dont on connaît déjà la fin, une « comédie humaine ».

Étonnamment, paradoxalement même, ce sont les mesures d’économie prises dans les rédactions, prises par les patrons de presse qui éloignent nos pages de journaux du terrain, de la réalité, et au final des lecteurs, de l’essence-même du journalisme. Que l’on ne s’étonne pas tantôt de la méfiance des citoyens vis-à-vis des médias en général, que l’on ne s’étonne plus de la désaffection des lecteurs pour la presse, réduite malgré elle, à l’événementiel, au spectaculaire, au commentaire… Pour aller sur le terrain, il faut écrire un livre, recevoir une bourse du Fonds pour le journalisme et avoir le temps de l’enquête, de la création, du style et de l’imagination. C’était mon credo en sortant de la rédaction, c’était il y a un mois, il était 20h30 et je ne savais pas trop où j’allais…

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