Lost my job, found an occupation

Pourquoi devenir porte-parole quand on est journaliste ?

In Un pavé dans la "Meuse" on 10/12/2012 at 06:22
Marc Lits

Marc Lits

Passer d’une rédaction à un cabinet ministériel ou à un bureau de parti, il n’y a qu’un pas. De plus en plus de journalistes le franchissent au point que le phénomène soit devenu banal en Belgique. Analyse du phénomène avec Marc Lits, professeur de communication et directeur de l’Observatoire du récit médiatique à l’UCL. Il est l’auteur du livre « Communication politique et lobbying », paru aux éditions De Boeck. Un article à lire en intégralité sur APACHE.BE

Quelles sont les raisons qui expliquent le départ des journalistes vers le métier de porte-parole?

En général, ce ne sont pas des jeunes journalistes qui se tournent vers ce métier. Souvent, les journalistes qui quittent la profession pour être porte-parole ont passé entre cinq et dix ans dans une rédaction. Ce sont des gens qui ont un statut, qui sont installés, qui ont une stabilité professionnelle, mais qui ont le sentiment d’avoir le tour du métier et qui ont l’envie d’aller voir ailleurs. C’est vrai que la profession de journaliste est une profession très lourde en terme de disponibilité et financièrement peu rentable. En Belgique, avec la crise que rencontre la presse écrite notamment, on sait bien que le salaires ne sont pas très élevés. Tous ces facteurs amènent à une forme de mobilité qui est plus forte qu’avant, qui permet à certains journalistes de se dire : je peux capitaliser sur mon expérience et mon carnet d’adresse de journaliste d’être engagé par des entreprises, des partis ou des ministères avec des horaires plus supportables et des conditions salariales plus intéressantes.

Justement y’a-t-il des différences entre le métier de porte-parole pour une entreprise et celui pour un parti ?

Oui, il y en a. Quand vous êtes porte-parole pour une entreprise, vous portez le point de vue de cette entreprise, c’est clairement affiché et il n’y a pas d’interférence avec le débat politique. Par contre, en tant que porte-parole pour un parti ou un ministère, vous êtes quand même fameusement étiqueté politiquement. Surtout quand vous travaillez pour un cabinet ministériel, vous savez que cela n’a qu’un temps et vous risquez de revenir assez vite dans votre rédaction du jour au lendemain. C’est ce qu’on a vu notamment avec la journaliste Hakima Darhmousch qui a été la porte-parole de Louis Michel et qui présente aujourd’hui le journal sur RTL. Cela pose tout de même question.

Il y a le risque pour le journaliste de devenir militant ?

En tout cas, contrairement à des journalistes qui se tournent vers une carrière politique, le choix de devenir porte-parole est moins clair. Prenons le cas de Frédéric Cauderlier, ancien journaliste à RTL et actuel directeur de la communication au MR, il n’a pas de carte de parti mais il a des sympathies pour les idées du MR. On peut difficilement être porte-parole d’un parti ou d’un ministre, si on n’a pas de sympathie pour lui. Quand ces journalistes reviennent dans leur rédaction, on peut les soupçonner d’avoir une carte de parti inscrite dans la tête. Cela laisse auprès du public l’impression que les rédactions sont politisées, mais surtout cela entraîne une méfiance du public par rapport aux médias traditionnels, par rapport à un discours dominant qui serait partagé par les journalistes et les politiques.

Quelles sont les règles dans les rédactions pour gérer le retour de ces journalistes ?

A la RTBF, les journalistes peuvent prendre un congé politique. Quand ils reviennent à la rédaction, il y a toujours une période de mise au placard de plusieurs mois. A RTL, c’est plus strict, les journalistes sont censés démissionner, mais c’est vrai que certains reviennent plus vite que d’autres parce qu’ils ont une expertise et les réseaux qui vont avec.

Un passage par un cabinet politique, c’est un plus pour un journaliste ?

Le grand avantage, c’est d’avoir été de l’autre côté et de découvrir au fond comment se fabriquent et s’entretiennent les relations entre politiques et journalistes. On est totalement du côté du off, de tout ce qui ne se retrouve pas dans les médias, de tout ce qui ne se dit pas aux journalistes. Être à l’intérieur d’un cabinet ou d’un parti, cela permet de développer ses contacts, ses réseaux avec ceux qui ne sont pas forcément à l’avant-plan, comme les parlementaires, les chefs de cabinet, tous ceux qui sont en deuxième ligne au fond, mais qui jouent un rôle déterminant pour définir les lignes idéologiques d’un parti ou les gros dossiers politiques.

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