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La face cachée de la crise : « on assiste à une marginalisation de la Grèce »

In Un an en... on 10/10/2012 at 08:00
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Le journaliste Vangelis Demiris

Rencontre avec Vangelis Demiris, journaliste et auteur de « La face cachée de la crise grecque ». Il y révèle les coulisses de cette tragédie économique. (Une interview à lire en intégralité dans la revue Alter Echos)

Depuis le début de la crise, de plus en plus de jeunes quittent la Grèce pour trouver un emploi à l’étranger. Peut-on parler au sujet de ces jeunes d’une génération perdue ?

Oui, c’est une catastrophe, une hémorragie pour l’avenir du pays de voir quitter des gens doués, qualifiés, qui ont un diplôme, qui parlent plusieurs langues. Mais ils se retrouvent sans emploi et sont désespérés face à l’avenir. C’est la raison pour laquelle ils quittent le pays. Attention, ce sont des gens qui ne vont jamais rentrer dans le pays. C’est une génération sacrifiée de jeunes gens, victimes d’un système qui a très mal marché pendant trente ans. C’est vraiment un drame car il n’y a à l’heure actuelle aucune perspective d’avenir, on est dans l’impasse.

Pour quelle raison ?

Parce que les mesures d’austérité qui ont été imposées à la Grèce ne fonctionnent pas. Les services publics sont à l’arrêt, les retraités sont désespérés, et les salaires ont diminué énormément. On se rend compte qu’on s’est trompé, mais c’est un peu tard. Cela fait cinq ans que la Grèce est en récession, et tout le monde ne parle que de croissance. Quand on voit que 54 % des jeunes sont au chômage, c’est que la recette est inappropriée. La priorité absolue pour le moment, c’est le besoin de liquidité sur le marché. Tant qu’il n’y en aura pas, rien n’ira, rien n’avancera. On ne peut pas renégocier l’entièreté du programme de ces mesures d’austérité. Par contre, on devrait l’étaler sur plusieurs années. Car pour que la dette soit viable en 2020 comme c’est prévu actuellement, il faudrait la croissance dès 2014. Mais au rythme où l’on va, c’est impossible. Je suis très inquiet de ce qui va se passer. Je crains vraiment une explosion sociale et une montée de la xénophobie. C’est très inquiétant.   

Avec cette politique d’austérité, l’Europe fait fausse route ?

Ma conviction, c’est qu’il faut de la rigueur, de la discipline budgétaire, mais il faut aussi de la solidarité, surtout à partir du moment que la Grèce et que le gouvernement sont prêts à défendre ces mesures d’austérité. Ce qu’il faut, c’est une maturité politique. On ne peut plus exploiter le désespoir des gens pour gagner les élections. Notre avenir est dans l’euro, mais il faut nous donner un peu de souffle. On est dans un cercle vicieux et les Grecs n’en peuvent plus. On a l’impression que l’Europe n’a pas joué un rôle très constructif avec tous ces chantages sur la sortie ou non de la Grèce de la zone euro, tout cela n’a pas contribué à stabiliser le pays. Qui va vouloir encore oser investir en Grèce ? Personne. Du coup, on assiste à une marginalisation de la Grèce.

Vous êtes le correspondant à Bruxelles pour la télévision publique grecque ERT et l’agence de presse ANA, j’imagine que pour vous aussi la crise a dû vous toucher…

Comme tous les Grecs, j’ai été affecté par cette crise. Je vis à Bruxelles, mais avec des salaires grecs. Ce qui fait que je gagne moins de 1.000 € par mois. Le salaire des journalistes comme celui de la population a été réduit de 50 à 60 %. On se retrouve tous à avoir plusieurs collaborations, soit à la télé, la presse écrite ou dans les agences de presse. Puis, il y a eu aussi beaucoup de journalistes licenciés et d’autres partis à la retraite, sans être remplacés. Avant la crise, on était quinze journalistes grecs à Bruxelles, aujourd’hui, nous sommes six. C’est vraiment triste.

La suite de l’entretien avec Vangelis Demiris 

A lire le livre de Vangelis Demiris, La face cachée de la crise grecque, paru aux éditions La Boîte à Pandore 

A lire sur le même sujet :

Grèce : l’exil d’une « génération perdue »

Janis, Constantina, Pénélope et les autres, les visages de la crise grecque en Belgique

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