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Un pavé dans La Meuse (ép.11) : Alain Lallemand à la recherche du « souffle du réel »

In Un pavé dans la "Meuse" on 11/07/2012 at 12:19

Grand reporter au journal Le Soir où il est devenu spécialiste des groupes criminels, des réseaux clandestins et guérillas, Alain Lallemand a retiré de son expérience une méthode spécifique de collecte d’information et de restitution du récit : « un journalisme en action, sous le souffle du réel ». A côté de cela, le journaliste est maître de conférence à l’UCL où il s’occupe tout spécialement du journalisme narratif. C’est à ce titre qu’il a rédigé un manuel précieux et unique en son genre dans le domaine francophone, Journalisme narratif en pratique, paru aux éditions De Boeck.

Il est enfin l’auteur de plusieurs récits sur ses périples en Irak, en Afghanistan ou en Colombie, comme avec N’oubliez pas le guide (éditions Luce Wilquin)un récit sur la relation entre un journaliste et son guide arabe jusqu’à la mort de ce dernier. Nous sommes en Irak, au plus fort de la guerre. Plus qu’un « carnet de la drôle de guerre », ce texte est surtout une réflexion sur le journalisme où le reporter prend la plume pour rendre hommage aux guides et aux interprètes anonymes qui permettent la survie de l’information.

 « Il n’y a pas de journalisme sans entretien amoureux ». De cette maxime, tirée du livre d’Alain Lallemand, N’oubliez pas le guide, paru en 2007 aux éditions Luce Wilquin, on pourrait en faire découler toutes les règles du récit journalistique tel que il l’enseigne à l’UCL : « pour comprendre l’action, le journaliste l’approche, l’expérimente, la digère. La proximité, l’implication personnelle serait la règle du journalisme narratif. »

Redécouvrir l’œuf de Colomb

« Quand j’ai commencé à me saisir de cette matière, j’ai tout de suite constaté qu’on manquait d’outil de définition du journalisme narratif dans le domaine francophone, alors que c’est une évidence aux États-Unis depuis des années. Pour écrire mon manuel, pour élaborer mon cours, cela m’a pris cinq ans parce qu’il ne fallait pas faire un décalque du journalisme narratif américain. Je me suis lancé dans la relecture de grands reporters comme Tolstoï avec ses Récits de Sébastopol ou encore les textes de Joseph Kessel. Mais je me suis aussi basé sur le New Yorker, qui est une référence en la matière, ou tout dernièrement sur la revue XXI. On le voit ces dernières années, il y a clairement un intérêt pour cette démarche narrative dans les rédactions où le texte se conçoit comme un récit avec les critères du reportage ou du portrait. Mais cette redécouverte du récit dans la presse n’est pas neuve : les journalistes ont toujours fait du récit sans le savoir. Ce qui a changé, et c’est le cas avec la revue XXI, c’est cette volonté de retrouver le temps long de l’enquête, cette liberté qui fait que la voix et le ton du récit journalistique sont parfaitement travaillés. On joue sur le fond et la forme dans l’organisation de l’info, et cela marche, on propose une info exclusive avec un traitement inédit. Plus globalement, et même si l’intérêt est là, on voit que la plupart des journalistes ont beaucoup mal à s’emparer du récit et à en faire pour traiter leur sujet. « 

N’oubliez pas le guide : à la rencontre du « souffle du réel »

N'oubliez pas le guide, paru aux éditions Luce Wilquin« Pour ce livre, le choix était simple, c’était celui du journalisme. On est pleinement dans une narration de non-fiction : le récit est extrêmement subjectif, c’est vrai, on est dans l’introspection, celle d’un correspondant de guerre confronté en Irak à la mort de son guide arabe par la rébellion. Ce texte se demande si l’exercice du journalisme vaut une mort de plus, et si la guerre n’est plus couverte, que devient l’honneur de la presse, la survie de l’information ? Pourtant, tout dans ce texte est vrai. Mais ce travail, je le fais aussi pour un article dans les pages internationales, je me mets à la première personne, dans la peau d’un rebelle 60 minutes avant sa mort, et je le fais sur base, non pas de l’imagination, mais des informations sérieuses comme n’importe quel article. L’avantage du journalisme narratif, c’est que l’enquête peut être plus poussée. Par exemple, en 1996, j’ai écrit un livre au cœur de la mafia russe. Sur le fond, les faits sont exacts, et pourtant, quand je le reprends aujourd’hui, il est illisible. Cela ne sert à rien d’être exhaustif si l’on ne sait pas écrire. »

« Et là, je tombe dans un roman de Kipling »

« Pour faire une bonne enquête, il faut savoir raconter, faire vivre les faits avec une voix. Le vrai déclic, ce fut septembre 2001 où je suis parti en Afghanistan, puis au Pakistan, et là, je tombe dans un roman de Kipling, ce fut un moment de grâce pour un journaliste, et le début de ma démarche autour du journalisme narratif, celui d’une implication. Car c’est là la clé pour un journaliste : se placer en situation d’être affecté. Nous voilà en zone de prise de risques, même si ce risque est limité dans le temps ou par la nationalité de notre passeport, comme c’est le cas lors d’un reportage en zone de conflit. Dans le cadre du journalisme narratif, l’implication est très exactement celle du souffle du réel : être assez près de l’explosion pour en entendre la détonation, mais aussi pour en sentir le souffle. Sans se laisser submerger par l’explosion… »

 A lire aussi le blog d’Alain Lallemand : http://alainlallemand.be/

A lire aussi : http://www.ajp.be/multimedia/blog/index.php?journalisme-narratif-et-nouveaux-formats-decriture

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