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La France vue d’en haut (ép.3) : Jean Quatremer et les journalistes « convenables »

In La France vue d'en haut, Un pavé dans la "Meuse" on 10/04/2012 at 19:04
 "Sexe, mensonges et médias", paru chez Plon

Le livre de Jean Quatremer "Sexe, mensonges et médias" est paru chez Plon

Chaque jour, « l’information continue règne sur la campagne ».  Voilà ce qu’écrit Raphaëlle Bacqué dans un article du Monde (daté du 4 avril) où la journaliste souligne que les candidats s’adaptent au « temps réel » des chaînes d’info, d’Internet et de Twitter qui relaient faits et gestes, entre deux flashs d’info sur LCI, I-télé ou BFM. Et malgré cette « information continue », on découvre, et ce fut le cas ce mardi, que d’anciens candidats à la fonction suprême, d’anciens présidents de la République ont eu des secrets bien gardés, souvent mieux protégés que tous les secrets sur l’arme atomique, et parfois même partagés avec les journalistes politiques, comme ce fut le cas sur l’état de santé ou sur la vie privée des résidents de l’Elysée.

Plus de quinze ans après sa mort, on apprend justement ce mardi de la part de deux journalistes que François Mitterrand « aurait vu son calvaire » abrégé à la suite d’une « injection » (il souffrait d’un cancer de la prostate depuis 1981, et ce, peu après le début de ses prises de fonction à la tête de la France), comprenez il a choisi d’être euthanasié. Toute cette journée, les sites des journaux s’en donnent à cœur joie pour révéler des « extraits chocs » ou revenir sur ces « malades qui nous gouvernent »…mais toujours après-coup!

A côté de cela, on apprend que Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, a été écroué le 22 mars 2012  pour « abus de faiblesse » à l’encontre de l’héritière du groupe L’Oréal. Peu après, Le Journal du dimanche révélait des soupçons de financement illégal de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Pourquoi cette information a-t-elle été si peu reprise dans la presse française, si ce n’est sur des sites d’info comme Mediapart, le site lancé par Edwy Plenel  ou dans des journaux étrangers ? Pourquoi le président-candidat n’a pas été interrogé, sur ce sujet, par les médias ? Et qu’en est-il des « autres affaires » comme l’affaire Karachi ou la piste libyenne sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007, autant d’affaires qui reviennent dans les médias comme les jeux olympiques d’hiver… Enfin, ces infos, on les retrouve surtout sur les sites d’information comme Mediapart, Rue 89 ou Atlantico, car dans les médias traditionnels, c’est plutôt le silence et l’omerta. Comme ce fut la cas avec DSK avant New York ou le Carlton…

La connivence, une maladie « française »?

Rappelez-vous, c’était en juillet 2007. DSK est nommé à la tête du FMI, choisi par Nicolas Sarkozy. Dans son blog « Coulisses de Bruxelles », le journaliste français Jean Quatremer, correspondant pour Libération à Bruxelles, évoque les raisons de ce choix, tout en rappelant en quelques phrases seulement le « rapport aux femmes » de Dominique Strauss-Kahn :

« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale. »

On connaît la suite de l’histoire, et il ne s’agit de revenir sur ce « nouveau scandale ». Par contre, à partir de cette « affaire DSK », Jean Quatremer a décidé d’analyser très finement les rapports de connivence entre les journalistes et les hommes politiques. Car depuis le 15 mai 2011, la vie privée des politiques ne peut plus être un argument derrière lequel les journalistes français (mais belges également) peuvent se cacher, un argument qui a souvent primé sur le devoir d’informer le public. Dans son livre, « Sexe, mensonges et médias » (Plon), le journaliste français indique comment son propre journal, Libération, n’a pas voulu enquêter sur les mœurs strauss-khaniennes alors même que Jean Quatremer disposait d’informations, notamment au moment de l’affaire Piroska Nagy.

A côté de cela, le journaliste revient aussi sur les conditions des journalistes français pour exercer leur métier, notamment pour enquêter sur les politiques dès que l’on sort de la connivence, du communiqué ou de la conférence de presse.

« La connivence ne donne aucun accès privilégié à l’information, elle crée une barrière entre le journaliste et le citoyen qui a de moins en moins confiance dans sa presse. »

Car, et c’est sans doute une des causes de la crise de la presse actuellement, c’est que les médias répondent très rarement à la demande des lecteurs, et surtout à leurs réponses. Les journalistes se retiennent, et cultivent cette retenue, notamment à l’égard des politiques, mais aussi des puissances économiques ou sociales, à ceux-là, le bénéfice de l’omerta, le respect de la vie privée et un silence assourdissant ; là où, et surtout face aux drames des citoyens ordinaires, et comme l’a montré l’accident de Sierre, la presse n’hésite pas justement à franchir les limites de la vie privée au nom du « droit de l’information », en faisant alors de la presse, une « espèce de grand déballage sur la vie des gens ».

Selon Jean Quatremer, cette connivence est aussi renforcée par la « dépolitisation » des rédactions et le renforcement du « politiquement correct » au sein du personnel journalistique, alors justement que le rôle de la presse devrait être de ne jamais « s’interdire d’enquêter ». Sans compter, et moi le premier, que tous les journalistes sortent désormais des mêmes écoles de journalisme. Nous sommes, comme l’écrit Jean Quatremer, des « généralistes », « censés être capables d’écrire dans tous les domaines, sans en maîtriser aucun. » D’où ce conformisme des articles face à la complexité des informations à traiter, les journalistes sont « dépassés » et se réfugie derrière les dépêches d’agence de presse, plus que derrière un travail individuel et intellectuel, faute de temps et de moyens…

Dans son livre, Jean Quatremer revient très justement sur la perversité du modèle économique de la presse française, un modèle qui est exactement le même qu’en Belgique où pour sauver une presse en crise, on a inventé les « aides d’Etat ». Comme le montre le journaliste, nos quotidiens sont dépendants de ces aides quasi « organiques », et ces aides sont actuellement le seul modèle économique viable… Comment prétendre que la presse est encore « un contre-pouvoir » quand son avenir dépend du « pouvoir » ?

« Pour que la presse retrouve ce goût de l’enquête dérangeante, cette envie de subvertir le pouvoir, encore faut-il qu’elle lutte contre cette connivence multiforme avec les politiques qui l’entrave. »

En guise de conclusion, le journaliste en appelle à la révolution numérique de l’information (après tout, n’est-ce pas sur son blog que Jean Quatremer osa et fut le premier à révéler en 2007 les travers de DSK ?), car « la Gazette de Renaudot est définitivement morte et enterrée, et le Net est prêt à prendre la relève. » Une Bastille imprenable pour les médias traditionnels, le défi est de taille  en tout cas…


  1. L’ Hellenisme et La France

    Rappel historique et analyse = En fait le problème est culturel, La France est une société démocratique Helléniste, dont la base repose sur les privilèges, comme les grecs les avaient établis. La France n’a pas fait la rupture avec l’Hellénisme, ou plutôt, la rupture a été faite en 1789 à la révolution et a durée 10 années, NAPOLEON a rétabli l’Hellénisme en 1799. L’Allemagne, Le CANADA ….etc ont fait la rupture avec l’Hellénisme. Donc se rapprocher actuellement de l’Allemagne c’est faire une rupture culturelle, un progrès considérable, supérieur selon mon point de vue aux problèmes financiers car les problèmes financiers viennent de notre culture. C’est pour cette raison que L’Allemagne demande que les pays Hellénistes fassent en 1er cette rupture et ensuite il faudra régler les autres. Si non les pays Helléniste recommenceront. C’est mon point de vue . La France est une société sans contrôle qui est soumise à la médiocrité des hommes, ce qui ne se contrôle pas ne progresse pas !

    Ce ne sont pas les politiques qui sont responsables, ils sont le résultat d’un fonctionnement inadapté de la démocratie. Rappel: Une démocratie sans contrôle est soumise à la médiocrité des Hommes, ce qui ne se contrôle pas ne progresse pas. Il faut une autre démocratie, mais les conservateurs de tous les bords ont le pouvoir. Cumul des mandats, le temps des mandats trop long développent les connivences…etc. IL faut donc supprimer le cumul et limiter les mandats, pour permettre un renouvellement des Femmes et des Hommes politiques.

    J’ai publié un article dans la revue de l’INHESJ n°36 de janvier 2012 invitation à le lire ci-dessous=
    La justice et l’administration ont un rôle économique évident:
    http://www.facebook.com/media/set/?set=a.1074872788458.2012057.1125356334&l=005b4303b1#!/notes/richard-armenante/la-justice-et-ladministration-ont-un-r%C3%B4le-%C3%A9conomique-%C3%A9vident/10150849802720456

  2. ‘L’aide à la presse’, toujours la même rengaine, le même fantasme.. Que représente-t-elle ? Tentez d’y répondre. Pas sur que ce soit le nœud du problème…

    • En attendant, sans elle, je ne suis pas certain qu’on aurait encore autant de journaux en Belgique francophone. Sans compter que ces aides ne sont ni une garantie pour garantir l’emploi des journalistes, ni pour assurer une pluralité de titres… Quant aux chiffres, je vais me renseigner, et je reviens vers vous…

  3. Je découvre votre blog, et donc ce papier avec retard. La mise en examen et la mise en détention de M. de Maistre pour « versement à deux reprises de 400 000 euros en liquide, en pleine campagne électorale de 2007 » ont bien été répercutées le lundi dans au moins un quotidien de la presse française… En l’occurrence le journal régional « Sud-Ouest » du 26 mars, au tirage de 340.000 exemplaires – (article en ligne ici: http://www.sudouest.fr/2012/03/26/a-qui-a-profite-l-argent-de-bettencourt-669925-710.php)

  4. N’ayant pas lu Quatremer, je ne sais s’il évoque un point, dont je vais brièvement, et peut-être maladroitement parler, dans son ouvrage. Un des éléments explicatifs de l’ « auto-censure » journalistique, et particulièrement en France, relève, en autres explications, de la concentration des titres de presses par quelques groupes, qui ont bien évidemment des relations privilégiées (parfois même une grande amitié) avec le pouvoir politique. C’est particulièrement évident en ce qui concerne le cas Sarkozy et ses très bonnes amitiés avec Serge Dassault, Arnaud Lagardère ou Martin Bouygues. Et la gauche sociale-démocrate n’est pas épargnée non plus, c’est juste un peu plus subtil. En définitive, même si les titres sont gérés par des intérêts privés, ils n’en sont pas moins directement connectés à des intérêts politiques dans ces réseaux oligarchiques. Mais là, on est dans dans la censure.
    Pour expliquer une révérence face au pouvoir, ce seul élément n’est pas suffisant, comme le disait Bourdieu : conditions de travail (comme vous en parlez régulièrement dans vos articles, Pierre Jassogne), connaissance très évasive des sujets, proximité idéologique, et surtout sociale entre hommes politiques et journalistes.

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